E112: Samedi 21 mai // Ledges – Enterprise

E112: Samedi 21 mai // Ledges – Enterprise

72,19km – 10h19′

Départ depuis Ledges ce matin. Cela fait maintenant deux jours nous profitons du véhicule de Bertrand et Monika pour y déposer quelques bagages, et ainsi alléger notre Jeep. Quel luxe.
Hier Serge a couru la fin de son étape sur une piste cyclable parallèle à la route. Mais ce matin il décide de ne pas la réemprunter. « C’est trop les montagnes russes » nous explique-t-il.
Premier ravitaillement sous une certaine fraîcheur matinale. En fin de compte le short dès le début de journée, c’était un peu présomptueux…
Dès les premiers kilomètres, nous apercevons le Gunlock State Park, qui semble avoir été le terrain de nombreuses coulées de lave. En tout cas le paysage est sacrément tourmenté.
D’une manière générale, après pratiquement un mois passé dans les Rocheuses, je reste impressionné de la puissance dégagée par cette chaîne de montagnes. Je vous ai déjà parlé de cette plaque tectonique Pacifique, qui en s’enfonçant sous la plaque Nord-Américaine, à donné naissance à ces massifs montagneux. Mais jour après jour, à en voir le résultat, je ne peux que rester ébahi devant les forces qui semblent s’activer sous nos pieds.
Mais revenons à notre course, et plus précisément notre série « Monika et le drone », épisode 2. A peine le temps de prendre des images que rebelote, une ranger arrive quelques minutes seulement après le début d’utilisation de Cassiopée (et oui, même le drone à un nom). Et pourtant nous sommes au milieu de nulle part. A en croire qu’elle nous surveillait depuis le haut des reliefs. Aucune animosité entre elle et nous, mais elle demande à ce qu’on arrête d’utiliser l’engin, car celui-ci pourrait perturber les oiseaux du parc.
Il est 9h, et se produit un petit événement sur la croisette : Monika ravitaille Serge pour la première fois. Et ils en profitent pour parler du film qui sera réalisé à la fin de cette course. Tellement longtemps qu’on récupère madame un kilomètre et demi plus loin.
Ravitaillement suivant, c’est au tour de Bertrand de s’y coller. Petit « muesli / yaourt » histoire de se mettre en jambe. Attentif et désireux d’apprendre, l’élève Plaquevent est un bon élément. Mais il est bien souvent déconcentré par l’élève Trzcinska (Monika), un poil perturbateur.
Alors que nous reprenons notre route vers le prochain ravito, voilà que nous apercevons notre premier roadrunner ! Vous savez, c’est le fameux « bip bip » qui passe ses journées à échapper au Coyote. Sauf qu’en vérité il est bien plus petit que dans le dessin animé. Mais tout aussi rapide. Pas le temps de dégainer les appareils photos que celui-ci traverse la route à toute vitesse, et s’en va dans les bosquets.
Au 35ème kilomètre nous rentrons de nouveau dans la Dixie Forest. Ça ne vous rappelle rien ? La première fois que nous l’avons traversée, c’était il y a plus d’une semaine ! Car le moins que l’on puisse dire, c’est que cette forêt est grande. Elle est en effet la plus grande de tout l’Utah, couvrant 8000 km2,  s’étendant sur 270 km. Ce n’est donc pas étonnant de finir par retomber dessus…
Une demi-heure plus tard nous accueillons un nouveau membre dans l’équipe, en la personne de Nicolas ! C’est le fils ainé de Serge, et il a déjà été suiveur sur les deux premières traversées, à savoir les Etats-Unis en 1997 et l’Australie en 1999. Il vit à Chicago depuis 7 mois, et il a profité de notre proximité avec Las Vegas pour venir nous voir ce week-end.
Serge est évidemment très heureux de retrouver un autre de ses fils, et de voir tout ce beau monde autour de lui. La journée se déroule dans l’allégresse, et notre coureur chambre pas mal Bertrand concernant la finale de coupe de France de ce soir… et oui même à l’autre bout du monde les rivalités PSG/OM persistent.
Ce soir nous dormons à Enterprise, mais notre étape ne s’arrête pas là. Une fois la « ville » atteinte, nous bifurquons vers l’ouest, sur une route bien plus déserte et tranquille que les jours précédents. Malgré le vent il fait bon, et tout le monde profite de cette baisse du trafic.
Ce soir nous revenons donc sur nos pas, et profitons de notre dernière soirée en Utah. Et cette fois-ci pour de bon, car demain nous arrivons au Nevada dès le début d’étape, et continuerons notre route vers Vegas.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 22 mai: Etape 113

E111: Vendredi 20 mai // Colorado City – Ledges

E111: Vendredi 20 mai // Colorado City – Ledges

72,03km – 10h29′

Départ aux aurores ce matin. Et pour cause nous avons prévu d’aller faire des images du Zion National Park, un autre des nombreux parcs nationaux des Etats-Unis, qui n’est situé qu’à 35 kilomètres de l’hôtel. Tout le monde se lève donc à 4h30, et le départ à lieu une heure plus tard. D’un côté il ne faut pas que Serge commence à courir trop tard, et de l’autre il est important de ne pas louper le lever du soleil, qui est aux yeux de Monika le meilleur moment de la journée en terme de luminosité. Arrivés à l’entrée du parc, les guichets sont encore fermés. Alors on en profite pour rentrer et éviter de s’acquitter du prix de 30$ par véhicule.
Le jour se lève à peine. Parfait, nous avons bien géré notre timing.
Tandis que Monika réfléchit à ses plans, plusieurs biches se baladent autour de nous. L’une d’elle passe même à quelques mètres de Serge, qui ne bouge pas et la filme. Nous finissons par sortir le drone car l’endroit y est vraiment propice. Une voiture ne tarde pas à arriver et à nous réprimander. On range bien sagement notre jouet et allons plus loin finir nos images.
Après une bonne demi-heure de rush, nous repartons en direction de Colorado City et notre point de départ. La journée commence à peine et le vent souffle déjà fort. Mais contrairement aux précédents épisodes venteux, celui-ci est chaud. Alors on ne va pas trop s’en plaindre. Néanmoins, s’il y en a bien un qui a le droit de se plaindre aujourd’hui, c’est Serge. Car cette route 59 s’avère très compliquée à gérer. Celle-ci ne présente pratiquement aucun bas-côté et la circulation y est intense. Par précaution Serge est bien souvent obligé de descendre dans le talus pour se protéger des véhicules arrivant en face.
En fin de matinée, nous bifurquons vers le sud-ouest et le vent qui jusqu’alors était de dos, arrive maintenant de face pour notre coureur. Nous traversons la ville de Hurricane, qui pour le coup porte bien son nom. En effet, cet endroit fut baptisé ainsi car Erastus Snow (l’un des membres du conseil des douze apôtres de Brigham Young) vit le toit de son véhicule arraché par le vent en 1896, et s’exclama « et bien, c’était un véritable ouragan !» (hurricane signifiant « ouragan » en anglais). Comme quoi il ne faut pas toujours chercher midi à quatorze heures.
René et Bertrand profitent de ce début d’après-midi assez terne pour aller faire des courses au Walmart. Nous ne sommes réunis que pour deux semaines, alors il faut profiter de chaque instant pour transmettre notre savoir-faire acquis durant ces deux derniers mois. Moi et Monika continuons de suivre Serge, et ils nous rejoindront à l’entrée de Washington, non pas la capitale du pays mais une ville bien plus modeste. C’est bon, Bertrand a passé son premier test de suiveur avec succès. Encore quelques uns et nous pourrons lui délivrer son diplôme.
Notre route continue jusqu’à arriver à St. George. Au loin de longs tourbillons de sable s’élèvent d’entre les reliefs. La fin des Rocheuses est proche, et l’on sent que cet endroit est propice à l’engouffrement du vent venant des côtes.
La ville de St. George fut nommée ainsi en l’honneur de George A. Smith, autre personnalité importante de la hiérarchie mormone du XIXème siècle, prouvant une fois de plus la main mise de cette religion sur l’Utah. A noter qu’en 2005, St George était la zone urbaine à avoir le deuxième plus fort taux d’expansion de tous les Etats-Unis. En 10 ans sa population à doublé, passant de 78 000 à 151 000 habitants. Cette situation fut à n’en pas douter bien aidée par l’héliocentrisme dont Serge parlait l’autre jour dans sa vidéo.
René et Bertrand terminent l’étape avec Serge, qui mangera seul ce soir. En effet les deux dernières journées ont été chargées, et notre coureur à fini tard à chaque fois. Pas de temps à perdre donc, et ce soir il se couche très tôt pour vite reprendre des forces. Car demain il en faudra : son fils aîné, Nicolas, vient nous rendre visite pour le week-end.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du samedi 21 mai: Etape 112

E110: Jeudi 19 mai // Fredonia – Colorado City

E110: Jeudi 19 mai // Fredonia – Colorado City

72,80km – 10h45′

Ce matin, le départ a comme un air de déjà-vu. Et pour cause, il y a trois jours de cela nous séjournions ici même à Kanab, dans la même chambre du même hôtel. Mais ce matin, une nouvelle difficulté se présente à nous. La route 22, cette piste que nous suivons depuis hier, finit par se jeter sur la highway 89 bis, que nous avions déjà empruntée lors de notre voyage aller vers Grand Canyon. Ce qui signifie, que si nous reprenons cette route, tout le trajet de ces deux jours et demi de course formera une boucle, et ne sera pas comptabilisé dans le cadre du record du monde. C’est un point du règlement qui avait échappé à Serge, et vous en conviendrez, il veut à tout prix éviter de perdre tous ces kilomètres de course. Et niveau itinéraire de secours, il n’y a pas d’autres solutions. En tout cas pas sous la forme d’une route goudronnée…
Après quelques recherches peu concluantes sur internet, la seule solution possible au départ de cette 110ème étape est de couper à travers champs. Sur la carte il doit bien y avoir grosso modo 4 kilomètres de marche, mais difficile d’en être certains.
Tout ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’en coupant d’est en ouest, il y a une route que nous pouvons rejoindre et qui nous emmène sur la highway 389, suite du parcours initialement prévu.
C’est bon vous me suivez toujours ? Pas évident à retranscrire à l’écrit, mais je résumerai qu’il faut « trouver un chemin coûte que coûte, pour éviter de reprendre la même route que dimanche dernier et créer une boucle de plus de 200 kilomètres qui ne serait pas comptabilisée dans le kilométrage total ». Voilà, c’est dit.
Après le premier ravitaillement, je pars donc à l’aventure avec Serge. Armés de bouts de bois, nous prenons bien soin de faire du bruit avec, car les hautes herbes dans lesquelles nous avançons ne sont pas très rassurantes. Depuis l’Illinois je n’ai aperçu qu’un seul serpent, et il se trouve que c’était ici même. Alors nous sommes sur nos gardes.
Plusieurs fois des clôtures nous empêchent de passer. Nous les longeons, passons sous certaines, jusqu’à finir par arriver dans une propriété privée. On ne s’attarde pas, et comme prévu nous retrouvons la highway 389 très exactement quatre kilomètres plus loin.
Nous retrouvons René qui nous attend avec le véhicule et nous pouvons reprendre notre étape.
Lundi je vous parlais d’une réserve indienne près de laquelle nous passions en début de journée. Et bien nous voilà en plein dedans. L’endroit est assez désert, mais les quelques commerces du coin sont en effet tenus par des amérindiens. La highway 389, notre route du restant de la journée, contraste fortement avec l’étape d’hier. Nous avons retrouvé notre circulation bien-aimée et ce n’est pas de tout repos. Serge, qui a perdu du temps en coupant en pleine nature ce matin, sait qu’il va terminer tard.
Au 40ème kilomètre vient le moment tant attendu de la journée : nous retrouvons Bertrand et Monika qui débarquent fraichement de Las Vegas ! Et ils sont tout de suite opérationnels ! Quel plaisir de voir l’équipe s’agrandir. Caméra à la main, Monika s’empresse de filmer ces superbes paysages qui sont dans la continuité de ceux aperçus à Kanab.
L’après-midi se poursuit et au 65ème kilomètre nous arrivons à Colorado City ! Et pourtant, malgré son nom ce lieu n’est pas situé dans le Colorado, mais bien à la frontière entre l’Arizona et l’Utah. Fondée en 1985 seulement, cette ville à la particularité d’avoir plus de 95% de sa population convertie à la religion mormone.
L’étape se termine quelques kilomètres plus loin. Monika, Bertrand et Serge retournent faire des vidéos avec le drone quelques kilomètres en arrière, tandis que René et moi allons s’assurer que l’hôtel est bien réservé. Ce soir nous dormons à Hurricane. Serge y passera demain en courant, et l’on peut déjà vous assurer que le paysage s’annonce aussi beau que celui de ces derniers jours. Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du vendredi 20 mai: Etape 111

E109: Mercredi 18 mai // Highway 67 – Fredonia

E109: Mercredi 18 mai // Highway 67 – Fredonia

72,63km – 9h44′

Après une deuxième nuit passée au North Rim de Grand Canyon, ce matin-ci nous plions définitivement bagages. Nous nous levons encore une fois à 5h, afin de garder notre rythme, mais aussi car ce soir nous retournons dormir… à Kanab, dans l’Utah ! Cela ne sert donc à rien de se décaler vu qu’en fin de journée nous serons de nouveau dans le Mountain Time. C’est bon, vous suivez toujours ? Histoire que tout le monde soit bien au fait, cette petite incursion à Grand Canyon était un aller-retour prévu de longue date, afin de gagner à la fois des kilomètres, mais aussi de ne pas arriver trop tôt aux alentours de Las Vegas. Les billets d’avion des suiveurs qui arrivent demain ayant été réservés à l’avance, et le rythme de Serge étant plus élevé que prévu, il fallait trouver un moyen de concilier tout ça. Et quitte à faire un détour, autant passer par un coin sympa, non ?
Au petit matin je passe à la réception rendre les clés de notre cabin wood. J’en profite pour aller jeter un dernier coup d’œil au Grand Canyon. Dans un silence absolu, les quelques personnes déjà présentes regardent le soleil se lever sur les roches rouges de la faille. Je profite encore quelques dizaines de secondes de ce fabuleux paysage, puis part rejoindre Serge et René.
Ce matin il règne une certaine appréhension dans la voiture quant au bon déroulement de cette 109ème étape. Hier soir nous avons pris la décision d’emprunter cette fameuse route 22 qui part tout droit dans la forêt, et qui permettrait à Serge de ne pas repasser sur la route prise à l’aller, et ainsi pouvoir comptabiliser ses kilomètres.
Après avoir parcouru en voiture les 29 kilomètres nous séparant du point de départ, nous y laissons Serge. Dans la foulée nous partons voir à quoi ressemble cette route. Ou plutôt cette piste, car ici la voie n’est pas goudronnée. Il est à peine 7 heures du matin et tous les arbres des alentours sont encore enveloppés dans une épaisse couche de brouillard. Très vite nous sommes rassurés : des panneaux sont présents à chaque intersection, indiquant même le kilométrage restant jusqu’à Fredonia. Ces chemins sont très clairement destinés aux randonneurs, et par conséquent ce n’est pas étonnant que tout soit si bien indiqué. Serge est rassuré et heureux de savoir que pratiquement l’ensemble des kilomètres courus aujourd’hui pourront être comptabilisés dans le cadre de son tour du monde.
Le soleil fait son apparition vers 8 heures. Il fait encore très frais. A l’heure où je vous parle, nous croisons notre quatrième voiture en 3h de course. Pas mal non ? Nous profitons tous les trois de cette route à travers les bois, qui est ma foi très agréable. Les daims ne restent jamais très longtemps lorsque nous débarquons, mais les écureuils eux aiment à nous observer depuis les arbres. D’ailleurs ils sont assez différents de chez nous, et certains abordent des magnifiques queues blanches et touffues.
Le temps est toujours aussi instable. Hier, je lisais sur un prospectus qu’il fallait toujours se méfier da la météo à Grand Canyon. De par son altitude et les nombreux vents qui s’y engouffrent, les conditions climatiques peuvent très rapidement varier. Nous en avons d’ailleurs eu la démonstration durant ces derniers jours.
Mais aujourd’hui, peu importe le temps, Serge est un homme comblé. Courir seul à travers cette forêt, sur une piste de très bonne facture le ravit.
René et moi réalisons que c’est notre dernier jour de course juste tous les deux. Et oui demain nous accueillerons Monika et Bertrand, jusqu’à la fin de mois. Une page se tourne. Tic et Tac n’auront pas l’occasion de réaccompagner Serge comme ce fut le cas pendant ce dernier mois. En tout cas pas jusqu’à la fin de l’année. Mais comme disait cette bonne vieille Evelyne, ce n’est qu’un au revoir.
A 11h le thermomètre n’a monté que d’un degré. Et la pluie arrive. Une bonne averse qui dure une heure et quart, mais qui n’atteint pas le moral de notre coureur.
Première once de civilisation vers 13h, où nous traversons le village de Ryan. Les voitures se font toujours aussi rares, pour notre plus grand bonheur. Il faut dire que cette route, prise dans l’autre sens, mène aussi à Grand Canyon, mais tous les touristes empruntent la 67, recouverte de goudron et où l’on peut rouler plus rapidement. Du coup, mis à part quelques voyageurs venus voir un endroit bien précis de la forêt, personne ne passe ici. Une fois les bois traversés, nous retrouvons un paysage bien plus aride, et commençons à deviner au loin ces grandes marches rouges d’où nous nous venions il y a quelques jours. Quelques kilomètres encore, deux trois montées et c’est bon: nous retrouvons notre plaine avec Fredonia et Kanab au fond. C’est bon, nous en avons fini avec le grand Canyon. Ce fut court, mais intense.
Nous récupérons Serge quelques kilomètres avant le retour sur la highway 89 bis, et retournons dormir à Kanab, heureux d’en avoir fini avec la montagne.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du jeudi 19 mai: Etape 110

E108: Mardi 17 mai // Highway 67

E108: Mardi 17 mai // Highway 67

72,56km – 10h25′

Ce matin, comme tout bon changement d’heure qui se respecte, j’ai bien évidemment oublié de changer celle affichée sur mon téléphone. Il est donc 5 heures du matin lorsque mon portable sonne et réveille tout le monde. Nous nous levons tous les trois, et il nous faut bien cinq minutes pour émerger et comprendre que le petit-déjeuner de l’hôtel n’ouvre non pas dans trente minutes, mais bien dans une heure et demie… Ni une, ni deux, nous allons chercher notre « caisse petit-déjeuner » dans la voiture, et bivouaquons dans la cabin wood. Au final ce lever anticipé s’avère être plutôt salvateur, car si les horloges ont reculé d’une heure ici, le soleil lui n’a pas changé ses habitudes. Et Serge apprécie de commencer sa journée de course dès le lever du soleil, et de la finir avant que la nuit n’arrive. Et croyez-moi, ici la luminosité baisse vite.
Nous rejoignons donc notre point de départ perdu au milieu de la forêt Kaibab. Cette longue highway 67, qui passe par Jacob Lake et se termine à North Rim, est vraiment l’endroit idéal pour observer les animaux du coin. La route est bordée par de longs terrains d’herbe rase, puis plus loin par de grands pins. Et les animaux ne sont pas craintifs. Enfin, tant que vous ne descendez pas de votre voiture. Des dizaines de daims broutent tranquillement l’herbe à quelques mètres de la chaussée. Plus loin nous apercevons un loup qui traverse la route avant de partir à toute vitesse jusqu’à la lisière de la forêt. Génial. Les panneaux jaunes annonçant des traversées d’animaux se succèdent et ne se ressemblent pas. Indiquant la possibilité de voir des élans, des bovins et des cerfs, l’un d’eux prévient même d’une possible présence de bisons. On ne demande que ça.
Serge lui, est de bien meilleure humeur qu’hier. Le paysage aidant certainement. Lorsque je lui amène le premier ravitaillement il me crie au loin « Into the wild ! ». Notre coureur n’a pas du tout l’air stressé à l’idée de courir au milieu des loups. Je lui propose un sifflet, en cas de problème, il le refuse. René m’explique par la suite que les loups sont plus effrayés par les humains qu’autre chose, et que tant qu’ils ont de la nourriture en abondance il n’y a aucun risque qu’ils s’attaquent à Serge. Et oui c’est ça de voyager avec un trappeur, on en apprend tous les jours…
Cela a donc l’air d’aller mieux pour notre Sergio, même si ce matin il a reçu un mail de Tom Denniss, l’actuel détenteur du record du tour du monde en courant. Ce dernier suit avec attention l’avancée de Serge, et dans ce message lui précise que cette embarquée dans Grand Canyon Nord ne peut compter dans sa totalité pour le kilométrage final. Car selon le règlement, on ne peut repasser deux fois sur la même route. Seulement l’aller comptera donc, tandis que le chemin retour jusqu’à Fredonia ne sera pas validé. Pour ne perdre aucun kilomètre, il aurait donc fallu que Serge descende tout au fond de Grand Canyon, et en ressorte de l’autre côté. Ce qui n’était pas du tout prévu au programme.
Cela altère quelque peu le baromètre de bonne humeur de Serge. Il cherche une solution afin que la route du retour ne sois pas faite en vain. Et lorsque Serge veut quelque chose, il peut souvent être très convaincant. Peu après le 15ème kilomètre il aperçoit une route perpendiculaire à la nôtre avec un panneau indiquant Fredonia. S’agirait-il d’une route bis pour rejoindre notre destination de demain soir ? Certes ce n’est pas une voie goudronnée, et celle-ci part tout droit dans la forêt, mais Serge ne pensera plus qu’à ça de la matinée. Il nous demande d’enquêter, et de si possible trouver une carte détaillant ce chemin. Nous jetons tout d’abord un premier coup d’œil sur le GPS, qui n’est pas des plus rassurant : ce chemin va bien jusqu’à Fredonia, mais il s’embarque dans la forêt et se démultiplie en une infinité de sentiers de randonnées. Mais pour le moment l’heure n’est pas aux ballades bucoliques, et Serge doit tout d’abord gravir la route menant jusqu’à la faille nord de Grand Canyon. Route assez périlleuse étant donné l’absence de bas-côtés et le va-et-vient des touristes.
Un camion-citerne trace son chemin jusqu’au sommet. Dessus on peut lire « Potable Water ». Il faut savoir qu’à Grand Canyon il est impossible d’acheter de l’eau dans une bouteille plastique. Ou alors seulement dans des bidons de 5 litres. Pas évident lorsque vous avez une petite soif. Les gérants du parc mènent une politique portée sur l’écologie visant à réduire les déchets plastiques. Belle initiative, même si c’est aussi un bon moyen pour que tout le monde achète leurs gourdes « Made In USA » pour une dizaine de dollars chacune. Pas folle la guêpe.
Mais le parc dispose de plusieurs points d’eau intelligemment répartis, où vous pourrez remplir votre récipient tout juste acheté. Aussi de la prévention sur la déshydratation est faite un peu partout, car l’été le Grand Canyon est souvent synonyme de grosses chaleurs.
A l’échelle nationale le gouvernement mène une campagne appelée le « Find Your Park » (« Trouvez votre parc »). Le but étant de motiver les américains à parcourir leur vaste pays et visiter les 59 parcs nationaux présents sur leur territoire. Des messages vidéos de personnalités, et même de Michelle Obama, expliquant qu’elles « ont trouvé leur parc » sont visibles un peu partout. C’est vrai que les Etats-Unis jouissent d’un patrimoine naturel exceptionnel, et bon nombre de leurs parcs nationaux sont mondialement célèbres (Yellowstone, Yosemite, Grand Canyon, Sequoia, Everglades, Bryce Canyon et j’en passe…).
Au 45ème kilomètre, notre route fait un demi-tour sec, et nous repartons vers Fredonia.
René et Serge me laissent sur place, et je pars chercher la seule connexion wifi du coin dans un supermarché quelques miles plus loin. Malheureusement, une fois arrivé là-bas un orage éclate et tout le monde se réfugie à l’intérieur, ordinateurs et tablettes à la main. Le réseau sature. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais pouvoir mettre les news à jour…
Je pars alors à la recherche d’une carte détaillée pour l’itinéraire bis de demain. Je reviens bredouille. Une après-midi pas très concluante en somme. Serge et René reviennent vers 17h30. Notre coureur est miraculeusement passé entre les gouttes. Et je parle bien de miracle car vu ce qui est tombé ici…
Ce soir nous dormons donc une deuxième fois à North Rim, et demain nous reprendrons notre chemin dans le sens inverse. Sauf si l’itinéraire bis répond à nos attentes…
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mercredi 18 mai: Etape 109

E107: Lundi 16 mai // Fredonia – Highway 67

E107: Lundi 16 mai // Fredonia – Highway 67

72,18km – 10h50′

Douche froide pour Serge ce matin. Pas dans la salle de bain, mais devant l’ordinateur lorsqu’il apprend qu’après être redescendu à 1400 mètres d’altitude hier, il va devoir remonter à 2700 mètres aujourd’hui. Quoi de mieux pour bien démarrer la journée ? Mis à part le succulent muffin à la myrtille du premier ravitaillement, je ne vois pas.
Nous retournons en Arizona pour prendre le départ de cette 107ème étape. Laure et Philippe nous accompagnent encore quelques heures avant de partir prendre leur avion à Las Vegas. L’avantage, c’est qu’en rentrant dans cet état, nous passons en Western Time et reculons nos montres d’une heure. Et oui maintenant nous avons 9 heures de décalage avec la France. Serge commence donc à courir à 6h30, ce qui laisse une heure de plus à nos deux invités du week-end avant de qu’ils ne soient obligés de nous quitter.
Après pratiquement un mois passé tous les trois en autarcie, René, Serge et moi étions quelque peu installés dans notre routine. Mais malgré tout, cela nous a fait du bien de voir du monde. Même s’il est vrai que lorsque de nouvelles personnes se greffent à l’équipe, cela altère forcément la dynamique de groupe mise en place. Et nous avons pu le vérifier durant ce week-end. Par exemple, tout le travail à faire le soir une fois l’étape terminée, ne se déroule pas de la même manière lorsque je suis seulement avec Serge et René dans la chambre, ou avec bien plus de personnes, et par conséquent le supplément de discussions, de déplacements et de besoins que cela engendre. Rien de péjoratif dans tout cela, mais c’est indéniable : plus nous sommes, plus il y a de chances de se déconcentrer et d’être moins efficace dans ses tâches à accomplir. Même si à contrario, plus nous sommes et plus notre force d’action est grande.
Nous reprenons notre étape sur l’immense plateau de Kanab. Le GPS m’indique que nous longeons la réserve indienne de Kaibab. Il faut savoir que près d’un quart de la surface de l’Arizona est divisé en 21 réserves indiennes, où les Navajos et les Apaches y vivent en majorité. C’est le 3ème état étatsunien en terme de proportion d’Amérindiens, et c’est aussi celui où se trouve la plus grande et la plus peuplée des réserves indiennes (celle de la Nation Navajo, d’une superficie de 62 564,24km2 pour 173 667 habitants en 2010).
La météo est très menaçante ce matin. De nombreux nuages noirs traversent le plateau, lâchant des averses très localisées. Mais Serge court maintenant depuis presque 3 heures, et s’en est plutôt bien sorti jusqu’à présent, en passant le plus souvent à travers les gouttes. Au 20ème kilomètre, les choses sérieuses commencent. Nous sommes déjà remontés à 1850m d’altitude, mais le faux plat sur lequel Serge court depuis le début de l’étape prend maintenant la forme d’une véritable ascension.
Autant être franc : Serge est de mauvais poil. Pour plusieurs raisons. Sa journée qui s’apparente plus à de l’alpinisme que de la course à pied. Laure qui s’en va. Le mauvais temps. La route sans aucun bas côté. Mais on n’a rien sans rien. Souvenez-vous de Medecine Bow, au tout début du Wyoming : les beaux paysages se paient souvent au prix d’efforts supplémentaires. Sinon tous le monde enfilerait ses tongs et partirait escalader Grand Canyon à pied.
Comme prévu, Laure et Philippe s’en vont aux alentours de 10h. Et voilà, le yin, le yang et le Sergio se retrouvent de nouveau tous les trois. Nos petites habitudes reprennent. Mais pas pour longtemps, puisque nous retrouverons Monika, Bertrand et Maxime dès jeudi.
La météo nous fait tourner en bourrique aujourd’hui. Le soleil s’en vient, s’en va, le vent prend le relais puis le laisse aux nuages qui ne font finalement que passer. Le suspense est total quant à la météo que nous aurons une fois devant le Grand Canyon. Car si Serge n’y arrivera pas à pied ce soir, nous y dormirons néanmoins.
Serge justement, n’est pas très loquace. Nous ne sommes en aucun cas responsables de sa mauvaise humeur, mais que voulez-vous, quand on fait la tête, on fait la tête.
D’autant que sa nouvelle caméra n’a pas le rendu espéré. Il faut croire que l’appellation 1080p de la fin des années 2000 ne correspond pas vraiment à celle de nos jours. Du coup notre coureur est bon pour continuer avec sa Go Pro (que je trouve de toute façon inégalable dans son rapport praticité/qualité d’image).
Serge est frustré de ne pouvoir zoomer avec sa caméra. Mais c’est le propre de tout photographe ou caméraman en herbe, on aimerait toujours en avoir plus. Personnellement, combien de fois j’ai regretté de ne pas avoir d’objectif photographique plus gros depuis mon arrivée ici. Je ne compte même plus le nombre d’animaux que je n’ai pas pu prendre car je ne pouvais pas assez zoomer. Et pourtant quel est le plus important ? Les avoir vu, ou pouvoir les poster sur le site ? Vous comprendrez mon égoïsme, mais je suis surtout content d’avoir pu observer tous ces animaux de mes propres yeux. Et même si Serge est animé par ce désir de partager sa course, chose que la technologie ne permettait pas sur les précédentes traversées, je pense qu’il faudrait qu’il se dise cela plus souvent.
Serge justement, arrive au 30ème kilomètre de course en 5 heures. Soit une petite moyenne de 6km par heure. Il fallait s’y attendre, vu l’inclinaison de la pente. Notre route s’enfonce à travers la Kaibab National Forest, immense forêt de pins. Un panneau à l’entrée explique que cet endroit est un havre de paix pour les écureuils.
14h passées, nous arrivons à Jacob Lake. C’est ici, dans cette minuscule « ville » ultra-touristique composée d’une station essence et d’un hôtel, que se trouve la bifurcation pour Grand Canyon, et plus précisément sa face nord appelée North Rim (signifiant « faille nord »). Je passe faire un tour dans le hall de l’hôtel : oui nous sommes bien en terrain touristique, en attestaient déjà les caravanes, camping-cars et bus de tours opérateurs stationnés devant l’entrée. J’ai devant moi à peu près tous les cadeaux souvenirs possibles sur Grand Canyon et l’Arizona.
Nous reprenons notre avancée à travers la forêt. Ici entre les arbres, nous sommes à l’abri du vent. Mais lorsque l’on regarde les nuages au dessus de nous, ça souffle toujours aussi fort. Le temps est très changeant, et l’on peut se trouver en tee-shirt à un moment donné, et devoir s’abriter d’une averse deux minutes plus tard. 15h, breaking news : il neige. Oui vous m’avez bien lu. En même temps nous sommes à 2600 mètres d’altitude.
15h15 : rectification, il grêle. Serge prend son mal en patience, et il fait bien car les prochains kilomètres seront encore plus mornes. Nous entrons dans une partie de la forêt qui a complètement été ravagée par le feu. Nous avons vraiment l’impression de non pas aller à Grand Canyon, mais plutôt à l’abattoir.
Après réflexion je comprend de plus en plus le mécontentement de Serge. Courir sur une route où il sait qu’il va finir par faire machine arrière, ne doit pas donner la sensation d’avancer vers son but. Difficile donc d’y trouver une quelconque motivation. Surtout quand la route en elle-même ne vous plait pas, et que vous savez pertinemment qu’elle ne changera pas d’ici à ce que vous refassiez le chemin en sens inverse.
« Je crois que c’est la première fois que je trouve le temps aussi long » souffle René.
Et bah bonjour l’ambiance ! Ca fait plaisir ! Heureusement que nous allons vers Grand Canyon hein ! Mais c’est vrai que son approche est quelque peu tristounette.
Une dizaine de kilomètres avant la fin, nous retrouvons notre verdoyante, et il faut l’avouer, superbe forêt. Et avec du soleil s’il vous plait. Cela fait du bien au moral de toute l’équipe.
Serge termine son étape au beau milieu des arbres. Demain il lui restera une quarantaine de kilomètres afin de rallier Grand Canyon. Nous le récupérons en voiture, et traçons notre route vers North Rim et le seul hôtel des environs. Sur le chemin, nous apercevons deux loups qui traversent la route et se promènent à quelques mètres seulement de notre voiture. Ca promet.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mardi 17 mai 2016: Etape 108

E106: Dimanche 15 mai // Alton – Fredonia

E106: Dimanche 15 mai // Alton – Fredonia

72,27km – 9h44′

Jamais deux sans trois. Hier soir le wifi était encore une denrée rare. Me revoilà donc de retour ce matin devant l’office de l’hôtel, afin de vous envoyer les vidéos, photo et textes dans les temps. Je commence presque à apprécier ces réveils bucoliques. René part aux alentours de 7h emmener nos coureurs à leur point de départ. Nos deux gars ont bien pris le soleil hier, surtout Philippe qui ne s’est pas assez protégé. Il est vrai que parfois le vent fait presque oublier la puissance des rayons du soleil.
Laure passe me chercher une heure plus tard. Les clés de la cabin wood sont rendues, et nous pouvons nous allez faire les courses avant de retrouver nos trois compères. Si j’ai pu exprimer ma stupéfaction quant au nombre de magasins Walmart aperçus dans l’est et le centre des Etats-Unis, il est vrai qu’ici c’est beaucoup moins le cas. Et comme nous avons pris l’habitude d’acheter des produits qui ne se trouvent bien souvent que dans cette chaîne, nous en sommes quelque peu orphelins. Alors ce matin nous profitons de la cinquantaine de kilomètres nous séparant du Walmart de Cedar City pour nous y rendre. Le prochain ne sera qu’à St. George, que nous n’atteindrons que dans une semaine.
Nous profitons aussi de cette parenthèse consommation pour acheter une carte mémoire pour la nouvelle caméra de notre coureur. Et oui, c’est un peu noël aujourd’hui. Serge a été sage, s’est bien laissé raser sa barbe et couper les cheveux, alors il a le droit à un nouveau jouet. Avec zoom optique s’il vous plait. La grande frustration de notre coureur, depuis son épisode des panthères en Floride, est de ne pouvoir zoomer avec sa Go Pro. C’est maintenant chose possible, même si pour les panthères, ça risque d’être plus compliqué d’en retrouver.
Nous rejoignons René à Mt Carmel Junction, là où la bifurcation pour le Zion National Park se trouve. Encore un des célèbres parcs nationaux de l’Utah. Mais pas de visite prévue aujourd’hui. Je retourne dans la voiture suiveuse retrouver mon équipier.
Le sable commence à faire son apparition. La végétation est de plus en plus aride, et j’y réfléchis à deux fois avant de partir à grandes enjambées dans les buissons pour prendre des photos. Pour l’instant j’aperçois juste des petits lézards qui galopent un peu partout, mais je trouve ce paysage propice à d’autres rencontres bien moins sympathiques.
Au cinquantième kilomètre, se dessine au loin une immense fosse. Grand canyon ? Difficile à dire, mais nous en sommes pourtant encore assez loin. En plissant un peu les yeux on pourrait imaginer les falaises normandes et l’océan derrière qui s’étend jusqu’à l’horizon. Et oui, le soleil cogne très fort ici.
La highway 89 n’est pas de tout repos aujourd’hui. Il faut dire que nous sommes sur la route qui mène directement au parc de Grand Canyon nord, et celui-ci ouvre justement le 15 mai de chaque année. On ne compte plus le nombre de camping-cars et de caravanes croisés.
La suite de l’étape va nous faire dégainer les appareils photos et les caméras. Notre route s’enfonce au fur et à mesure de l’après-midi dans de superbes gorges où les roches rivalisent de teintes rougeâtres. La voie serpente au milieu de ce beau paysage jusqu’à finalement déboucher sur Kanab, où nous dormirons ce soir. Au 19ème siècle, Brigham Young consacra beaucoup d’importance à cette ville, et œuvra au développement de ce qui n’était à la base qu’un avant-poste. Cet endroit est surnommé le « Little Hollywood », car beaucoup de westerns y ont été tournés.
Néanmoins notre étape ne s’arrête pas là et nous continuons à avancer toujours plus vers le sud. Au milieu de Kanab nous quittons la highway 89 pour sa sœur jumelle, la highway 89 bis. Philippe accuse le coup en cette fin de journée et se contente de boire de l’eau aux ravitaillements. A sa place je courrais en reculant, car le paysage derrière nous à de quoi donner du courage : de gigantesques « marches » rouges s’étendent de l’ouest à l’est, et nous font réaliser que nous sommes finalement arrivés dans la fameuse fosse que nous apercevions quelques heures plus tôt. Un ravitaillement plus loin et c’est l’heure du grand moment. Il est là, il est beau, il est tout chaud : le panneau annonçant l’Arizona ! On ne change pas un rituel qui fonctionne : prises de photos, de vidéos, puis nous laissons notre Martin ScorSerge tranquillement faire son témoignage filmé quotidien.
L’étape se termine quelques kilomètres plus loin… sous une fine pluie ! Tiens tiens, cela faisait plusieurs jours que nous n’avions pas reçu de gouttes. Philippe termine la journée marqué, et pour cause Serge a véritablement cavalé aujourd’hui, avec un chrono à 9h44’ pour encore plus de 72km…
Ce soir nous retournons dormir en Utah, à Kanab, mais demain c’est bien l’Arizona que nous attaquerons de pied ferme. Et ce sera l’occasion pour moi de vous en dire plus sur cet état, qui à ma grande surprise, va nous réserver un sacré relief.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du lundi 16 mai: Etape 107

E105: Samedi 14 mai // Spry – Alton

E105: Samedi 14 mai // Spry – Alton

72,33km – 10h184

Preuve que nous nous situons en ce moment-même dans des coins assez reculés : pas d’internet jeudi soir, et hier une connexion très très limitée. Et la meilleure solution lorsque l’on recherche du wifi gratuit, c’est bien souvent le McDonald’s. Sauf que le plus proche est à 100 kilomètres. Là encore une preuve de la pampa dans laquelle nous nous trouvons. Pas un McDonald’s à moins de 100 km à la ronde ! Du jamais vu depuis notre arrivée aux Etats-Unis ! Du coup pas le choix, ce matin je reste au motel histoire de charger toutes les photos, vidéos et compte-rendus de ces deux derniers jours.
Et alors que je suis en train d’uploader tout ça à la réception, se trouve devant moi une pancarte cartonnée à taille humaine de John Wayne. Depuis que nous sommes dans le sud de l’Utah, ce n’est pas la première fois que j’aperçois ce bon vieux John (Georges Abitbol pour les intimes). Et pour cause, le gérant de l’hôtel m’explique que la grande majorité de ses films ont été tournés dans les environs.
Le parcours de la matinée de Serge, mais aussi de Philippe, passe au vingtième kilomètre juste devant notre motel. Cela tombe plutôt bien avec mes histoires de wifi capricieux, et René, après avoir assuré les premiers ravitaillements, passe donc m’y récupérer vers 10h. Le site et les réseaux sociaux mis à jour, je peux m’en aller l’esprit léger. D’autant qu’aujourd’hui, René et moi avons reçu une permission pour l’après-midi. Une permission pour bonne conduite. Enfin je crois.
Car c’est très exactement au 30ème kilomètres de l’étape, sur la gauche, qu’une route bifurque en direction de Bryce Canyon, l’un des plus célèbres parcs nationaux des Etats-Unis. Laure se propose de ravitailler nos deux coureurs jusqu’à la fin de la journée tandis que René et moi partons en prendre plein les mirettes.
Du coup je profite de cette excursion pour vous parler de cet endroit.
Autrefois habité par des peuplades précolombiennes, puis par des Améridiens, les explorateurs européens ne découvrirent ce lieu qu’à la fin de 18ème siècle. Un siècle plus tard, les premiers à véritablement s’y installer furent les mormons (qui trustent décidément tous mes compte-rendu). C’est suite au travail effectué dans la région par le charpentier Ebenezer Bryce que l’endroit fut nommé Bryce Canyon, bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’un canyon, mais plutôt d’un ensemble d’amphithéâtres naturels.
Le parc en lui-même, d’une superficie de 145km2, fut créé en 1928. Celui-ci est mondialement célèbre pour ses grandes colonnes naturelles de roches colorées, plus communément appelées des hoodoo (possédant une forme très particulière, avec une base plus fine que son sommet, à cause de roches résistantes à l’érosion reposant sur des roches plus friables).
René et moi nous acquittons du droit d’entrée de 30$ par véhicule. En effet tous les parcs nationaux aux Etats-Unis sont payants, et une fois à l’intérieur visitables en voiture, en vélo, à cheval, en quad ou même à pied.
La visite, qui s’étend sur plus de 20 miles, a lieu tout le long d’une crête où sont disposés de nombreux points d’observation. La Dixon National Forest avec qui nous partageons notre route depuis maintenant plusieurs jours est fidèle au rendez-vous, et recouvre une grande partie des lieux avec des milliers de pins. Par certains endroits elle semble avoir été victime d’importants incendies.
L’ensemble du parc est situé à plus de 2000 mètres d’altitude, et son point culminant se trouve au bout de la crête, à 2778 mètres de hauteur. Autant vous dire que la vue depuis cet endroit est imprenable, et l’horizon s’y étend sur des dizaines de kilomètres.
Déjà beaucoup de personnes arpentent le parc en ce début de saison, mais heureusement les différents visiteurs alternent rapidement les points de vue et ce n’est jamais la cohue. On recense quand même plus d’un million de visiteurs par an dans ce parc. Par comparaison les parcs les plus visités des Etats-Unis sont le parc de Grand Canyon, avec chaque année plus de 4 millions de personnes, et celui des Great Smoky Moutains qui détient le record avec 9 millions de visiteurs par an.
René et moi retrouvons l’équipe vers 16h, tous les deux heureux de cette visite que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Laure a tranquillement géré les ravitaillements de ce midi et cet après-midi, et embarque René à l’hôtel tandis que je termine les derniers quelques kilomètres restants. Le paysage de cette fin d’étape reste très forestier, et pour cause nous continuons toujours notre route à travers la Dixon National Forest. Je ne pensais pas que nous verrions encore autant d’arbres à l’approche de l’Arizona. Car oui, demain est un autre grand jour sur les routes du tour du monde, puisque nous rallierons notre douzième état.
En attendant je me fais le porte-parole de ceux qui ont vécu la journée de course un peu plus intensément que moi : Serge et Philippe ont dû affronter un vent de face pendant plus des deux tiers de l’étape, et malgré une petite phase d’hypoglycémie pour Serge ce matin tout le monde va bien. Ce soir nous logeons à Duck Creek, dans une cabin wood, sorte de petit chalet de montagne perdu au beau milieu de la forêt.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 15 mai: Etape 106

E104: Vendredi 13 mai // Big Rock Candy Mountain – Spry

E104: Vendredi 13 mai // Big Rock Candy Mountain – Spry

72,39km – 10h13′

Ce matin Serge part un peu plus tôt que d’habitude. La raison ? Il trépigne à l’idée de revoir Laure, censée arriver dans la matinée. En attendant, le premier ravitaillement aura lieu… au motel ! Et oui grand première dans ce tour du monde, Serge commence son étape tout juste 5 kilomètres avant notre hébergement de la veille. C’est donc le traditionnel café chaud & muffins, qui l’attend devant notre chambre. Puis nous continuons notre route dans ces magnifiques gorges que nous avions entamé hier.
Depuis deux jours notre célèbre Saturnin, qui trône sur le tableau de bord, s’est trouvé une copine. Pour information, Serge a trouvé ce petit canard en plastique lors de sa traversée des Etats-Unis de 1997. Depuis, Saturnin est devenu notre mascotte, et a accompagné Serge sur toutes ses traversées. Et malgré le temps qui ne l’a pas épargné, celui-ci arrive encore à séduire la gente féminine. La preuve en est. Pour le moment elle ne nous a pas encore révélé son nom, mais Saturnin y travaille d’arrache-pied.
Il est 10h passées, et au loin se profile une voiture assez visible. « Tiens c’est Laure qui arrive dans sa voiture jaune pétante » me dit René en blaguant. Et c’est bien oui, c’est bien Laure ! Mais elle n’est pas seule ! A côté d’elle se trouve… Philippe Moreau !
Philippe était déjà venu accompagner Serge à la Réunion en mars 2015 avec son copain Pascal, pour les trois premiers jours de course du « Run & Row Tour ». Serge l’attendait en août pour l’Alaska, mais Philippe s’est fendu d’une surprise en faisant le voyage avec Laure. René et moi n’avions absolument rien vu venir. Mais Serge se doutait de quelque chose, car Laure a commis un petit lapsus juste avant de prendre l’avion, en disant mot pour mot « on arrive ».
Notre journée continue sous la même chaleur qu’hier. Et pourtant nous sommes remontés à plus de 1800 mètres d’altitude ! Soit plus haut que lorsque nous étions à Bear Lake tout au nord de l’Utah.  Les noms des parcs nationaux commencent à fleurir sur les panneaux indicateurs. Brice Canyon, Zion National Park, Capitol Reef National Park … Le sud de l’Utah est réputé pour ses très nombreux parcs regorgeant de paysages magnifiques.
Il est 15h, nous sommes maintenant à 1950 mètres d’altitude et le thermomètre au soleil affiche 114°F, soit 45°C ! Philippe, qui depuis la seconde où il est arrivé, accompagne Serge en courant, profite du paysage mais mesure aussi le prix à payer pour le parcourir. Les deux coureurs sont les premiers à souffrir de la chaleur cet après-midi.
Bien évidemment, l’altitude à laquelle nous sommes permet d’atténuer légèrement la puissance de ce soleil, mais lorsque nous allons redescendre vers Grand Canyon, cela risque d’être un autre son de cloche…
La route que nous empruntons depuis Salt Lake City, à savoir la highway 89, est une route historique regorgeant de vestiges de la conquête mormone. Appelée la « Mormon Pioneer Heritage Highway », cette route fut empruntée par les mormons désirants continuer leur chemin plus loin que Salt Lake City. Certains s’arrêtèrent assez rapidement pour s’y installer, mais d’autres continuèrent jusque dans le sud, l’Arizona et finalement Grand Canyon.
De nombreux vestiges sont observables sur le bord de cette route, comme des charrettes ou des anciennes bâtisses, et ceux-ci témoignent toujours un peu plus de l’influence que les mormons ont eu, et ont toujours sur cette région.
Nos deux coureurs termineront leur étape quelques kilomètres avant la jonction avec la highway 20, à plus de 2000 mètres d’altitude. Demain se profile une nouvelle journée encore placée sous le signe du soleil et de la chaleur. Philippe a prévu de courir l’intégralité de celle-ci avec Serge. A l’heure où je vous parle les deux compères sont en train de récupérer, et moi je vous dis à demain. Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du samedi 14 mai: Etape 105

E103: Jeudi 12 mai // Redmond –  Big Rock Candy Mountain

E103: Jeudi 12 mai // Redmond – Big Rock Candy Mountain

Reprise de la course aux abords de Salina. Aujourd’hui s’annonce comme une journée chaude, et la preuve en est : il n’est même pas 8 heures que René est déjà en short. Et comme dit le proverbe « lorsque de bon matin, le vieux poulet bressan fait tomber le bas, soyez-en certains, c’est l’hiver qui sonne son glas ».
On remarque de plus en plus de messages écrits en espagnol ici. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, l’Espagnol est la deuxième langue parlée de tout le pays (par 37 millions de personnes environ). Et nous ne sommes pas très loin du Nouveau-Mexique, qui est est le seul état à avoir –officieusement- l’espagnol comme langue officielle, au même titre que l’anglais.
Néanmoins nous n’irons pas au Nouveau-Mexique. Mais nous ne passerons pas très loin de ce qu’on appelle le Four Corners. C’est le seul endroit sur tout le territoire étatsunien où quatre états convergent en un point précis : à savoir l’Arizona, le Colorado, l’Utah et le Nouveau-Mexique. Ce point est marqué par un disque de bronze placé au centre d’une dalle de granit situé en plein désert, à l’intersection entre le 37ème parallèle nord et le 109ème méridien ouest (car si vous vous souvenez bien, beaucoup d’états des Etats-Unis sont directement délimités par les méridiens et les parallèles, ce qui est le cas des quatre précédemment cités).
Les gens ici sont beaucoup moins interloqués par notre nationalité que dans les états précédents. Voir pas du tout. En effet l’Utah, grâce à ses parcs nationaux de grande renommée, est un des endroits les plus touristiques des Etats-Unis. Ce n’est donc une surprise pour personne de voir des étrangers ici, et cela fait un moment que l’on ne nous a pas demandé : « What are you doing here ? » (« Qu’est-ce que vous faites là ? »).
La température monte à mesure que la journée avance. Serge vous l’expliquera mieux que moi dans sa vidéo, mais le thermomètre n’en a pas fini de monter… Aujourd’hui notre coureur observe beaucoup les montagnes qui nous entourent. Il essaie de deviner lequel des sommets est le plus haut. Pas évident à l’œil nu, surtout que certains se disputent le monopole de la chaîne à quelques dizaines de mètres près.
Le chemin de cette étape est un peu plus compliqué que d’habitude. Cela faisait plusieurs jours, voir semaines, que nous n’avions pas autant bifurqué dans la même journée. Aux alentours de midi nous faisons la rencontre d’un cycliste, qui descend de Salt Lake City avec plusieurs autres rouleurs, et se dirige vers le sud. Nous échangeons avec lui, et il reste stupéfait de ce que réalise Serge. Cela lui évoque d’ailleurs immédiatement le film Forrest Gump, mais il rajoute que Serge « est encore plus fort que Forrest ! ». On lui passera le message. Nous le saluons et il reprend sa route.
Aux alentours de 14h30 notre étape traverse la petite ville de Monroe. Serge est tout heureux de passer par là. Il s’y était arrêté lors de sa traversée de 1993, il y a plus de 20 ans maintenant ! Je profite de la poste locale pour acheter des timbres pour mes cartes. 1,15$ l’envoi pour la France. Soit environ 1€. Honnête, non ?
Cet après-midi nous passons la barre des 30°C sous abri. Le soleil tape dur. Je pense que depuis Atlanta c’est notre plus grosse température enregistrée. La chaleur pèse sur la ville de Monroe. Un agent de sortie d’école attend tranquillement que des enfants arrivent pour traverser, à l’ombre sous un arbre, son panneau « STOP » à la main.
Avec ce nouveau facteur « chaleur », nous devons revoir nos habitudes. Le chocolat par exemple, séjournera dans la glacière à partir de maintenant. Déjà que pendant les ravitaillements des derniers jours il fondait à vue d’œil, alors le laisser toute la journée sur la banquette arrière n’est même plus imaginable.. D’ailleurs en parlant d’aliments, « Renébuchon » innove encore une nouvelle fois en poussant la recette de la salade de fruit à son paroxysme : il y incorpore des mûres fraiches trouvées au supermarché. Miam.
Après la sortie de Monroe nous partons vers l’est pendant quelques kilomètres. La route monte tout doucement, nous donnant un aperçu du chemin parcouru ces derniers jours. D’ici on distingue très bien la vallée que nous avons suivie, délimitée par ces chaînes de montagnes de chaque côté. Superbe.
Quelques kilomètres plus loin nous redescendons sur Joseph. J’en profite pour passer à la station essence du coin, et demander quels sont tous ces toutes petites choses qui virevoltent dans le village. On me répond que c’est du coton, provenant d’arbres appelés les cotonwood. La gérante me demande ma nationalité, et est tout heureuse de me raconter que ses ancêtres sont français, et plus précisément originaires de Metz ! Elle en profite aussi pour me montrer une carte du monde accrochée dans le fond de la station, avec des centaines de punaises poinçonnées dessus. Il se trouve que tous les touristes passés ici ont laissé une indication sur leur provenance. J’en profite pour y déposer la mienne. Le Havre fait maintenant partie des villes ayant un lien avec Joseph et l’Utah.
La gérante ne sachant pas où Metz se situe, j’en profite pour lui montrer sur la carte, avant de rejoindre René dans la voiture suiveuse.
Notre étape se termine dans de superbes gorges, nous rappelant encore une fois que Grand Canyon se rapproche à grand pas. Ce soir nous dormons à Big Rock Candy Mountain, dans un tout petit motel complètement perdu au milieu des montagnes, et là encore le hasard fait bien les choses : notre cycliste rencontré en milieu de journée séjourne avec son équipe dans la chambre juste à côté de la nôtre.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours Vendredi 13 mai: Etape 104