E100: Lundi 09 mai // South Jordan – Mapleton

E100: Lundi 09 mai // South Jordan – Mapleton

72,07km – 10h21′

Attention mesdames et messieurs, vos ceintures sont-elles bien attachées ? Si non cramponnez-vous bien, car ça va secouer. Les serveurs risquent peut-être de saturer, le bug de l’an 2000 de revenir, mais tant pis nous allons quand même tenter le coup : le numéro du compte-rendu passe maintenant à 3 chiffres !
Et oui, car aujourd’hui nous célébrons le 100ème jour du « Run Around the Planet ». Enfin célébrons… il n’y aura pas non plus de changements majeurs pour cette occasion. Et non Serge ne fera pas une étape de 100 kilomètres, et il n’aura le droit ni au champagne ni au caviar lors de ses ravitaillements…
Mais cette journée sera placée sous le signe de quelque chose que notre coureur apprécie tout particulièrement : les chiffres. Tout d’abord, sachez que le café/muffins de ce matin est très exactement le 1269ème ravitaillement que Serge reçoit depuis le début de la course.  Et pourtant il a perdu 7 kilos depuis le départ. Comme quoi en terme d’amaigrissement, rien ne vaut un bon petit footing.
Notre journée commence par la traversée de Riverton. Pour y parvenir, Serge a pour le moment franchi 111 méridiens ouest sur les 360 possibles (et 3 vers l’est pour rejoindre Monéteau). C’est le premier endroit aux Etats-Unis où René et moi apercevons le tri sélectif. Bien joué Riverton, go green !
Ce matin le vent termine de balayer les nuages, laissant apparaître de vertigineuses montagnes à la fois à l’ouest, au sud mais aussi à l’est ! Nous sommes encerclés ! Il est 9h, il fait beau et presque déjà chaud.
Niveau température, Serge me raconte que sur ces cent premiers jours, les Etats-Unis ont tenu toutes leurs promesses : record de chaleur en Floride avec 41°C et record de fraicheur au Wyoming avec -10°C !
15ème kilomètre et voilà la Highway Patrol qui débarque ! Interdiction formelle de stationner sur les highways dans la totalité de l’Utah. Quelle magnifique nouvelle, d’autant plus qu’on avait prévu de ne suivre pratiquement que ce genre de route jusqu’en Arizona…
Il faut donc maintenant trouver une sortie au niveau de chaque ravitaillement, ne pas s’arrêter trop loin et ensuite aller ravitailler Serge à pied. Une gymnastique qui ne s’annonce pas évidente pour les prochains jours…
L’Utah est très à cheval sur un ensemble de règles assez strictes. Concernant l’alcool par exemple, il n’y en a en vente que dans très peu de supermarchés, et lorsque vous en consommez au restaurant, premièrement vous devez obligatoirement commander quelque chose à manger avec, et ensuite il y a ce qu’ils appellent un « double check », c’est-à-dire que votre carte d’identité est contrôlée deux fois, une première à la commande, et une seconde à la réception de la boisson. L’âge légal pour consommer de l’alcool étant de 21 ans aux Etats-Unis.
Autant dire que vivre au milieu de superbes montagnes ne fait pas forcément de vous la personne la plus peace au monde…
Notre étape continue, et fait notable : à chacun de nos points de ravitaillement, il y a un restaurant McDonald’s qui nous attend. Soit environ un tous les 5 kilomètres. Ça peut paraître étonnant, mais comme expliqué il y a quelques semaines, les McDonald’s ici sont l’équivalent de nos bistrots, et sont des lieux de discussion où les gens peuvent se retrouver et venir boire un café. Leur nombre peut donc paraître impressionnant depuis la France, mais ici c’est tout à fait normal.
Hier Serge parlait du mal de tête engendré par le nombre de voitures croisées ces derniers jours. René et moi acquiesçons. Entendre le bruit de la circulation en continu est vraiment épuisant, et cet après-midi on sature quelque peu.
Et d’autant plus qu’aujourd’hui, il fait chaud. Enfin, le soleil tape dur, et du coup il faut choisir : attendre dehors et subir le bruit, ou dans la voiture et affronter la chaleur ? Pour information, garder René enfermé dans une voiture plus de cinq minutes équivaut à un faire prendre un bain à un chat, alors vous imaginez où il se trouve à l’heure où je vous parle.
Je commence à comprendre pourquoi il y a si peu de piétons dans les villes étatsuniennes de taille moyenne. Les grandes avenues qui s’engouffrent dans les villes, et qui y font pénétrer des tonnes de voitures, sont vraiment la dernière chose qui donne envie de se balader à pied. Serge le disait dans sa vidéo d’hier, chaque passage piéton est une perte de temps et d’énergie. Personne ne peut prendre de plaisir à marcher dans ces agglomérations. Et étant donné que toutes les rues sont disposées en un parfait quadrillage, il n’existe aucun raccourci qui permet d’éviter un quelconque carrefour ! Tout n’est que carrefour !
Les américains en voulant instaurer ce côté « pratique » des routes entrant directement dans leurs villes, n’ont pas réussi à garder ce côté agréable de les parcourir à pied, et c’est bien dommage…
Nous arrivons sur Provo aux alentours de 15h. C’est la troisième ville de l’Utah en terme de population. Son temple mormon est bien là, avec à son sommet son ange doré muni de sa trompette. Au départ appelé « Fort Utah », la ville fut rebaptisée en l’honneur de « Etienne Provost », premier trappeur (canadien-français, cocorico !) à visiter les lieux en 1825. Mais trêve de bavardages historiques, car la météo refait des siennes. On le sentait venir, et ça n’a pas loupé. Les nuages ne sont jamais vraiment partis, et sont restés amassées sur les hauteurs des différents sommets. Le vent se lève en fin d’après-midi et fait s’affoler toutes les masses d’eau en suspension des alentours. De très nombreux orages localisés se créent alors, lâchant d’énormes averses d’une trentaine de secondes chacune, suivi de très belles éclaircies. Cela continuera jusqu’à la fin d’après-midi. Serge qui poursuit sa route direction sud-est échappera comme par miracle aux gouttes et aux orages. Surement le karma de cette centième étape.
Notre coureur comptabilise ce soir 6896,58km au compteur. Alors histoire de terminer avec quelques chiffres, sachez que sur ces cent premiers jours, la plus longue étape fût la quatrième, reliant Monéteau à Myennes avec 77,12 kilomètres, que le point la plus haut où Serge a couru se trouvait dans le parc de Medecine Bow (Wyoming), à 2670 mètres d’altitude, et que le plus bas était évidemment au niveau de la mer à Lisbonne. Mais soyez certains que nous n’en resterons pas là pour ce dernier chiffre… Bonne nuit à tous.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mardi 10 mai: Etape 101