E94: Mardi 03 mai // Green River – US 30

E94: Mardi 03 mai // Green River – US 30

72,25km – 9h56′

9ème jour de course dans le Wyoming, et dernier en compagnie de notre Interstate 80. « En compagnie » est un bien grand mot car aujourd’hui nous ne l’emprunterons que sur 4 kilomètres. Le reste du temps nous la longerons, afin de lui faire des adieux tout en douceur.
Et ces dernières heures avec l’I-80 (pour les intimes) m’amènent à me questionner sur son histoire et la manière dont elle a été mise en place.
C’est le président Eisenhower qui a signé la loi visant la création de ce réseau d’autoroutes. En 1919, alors qu’il était soldat, il remonta la Lincoln Highway à bord d’un convoi militaire, et constata le très mauvais état des routes étatsuniennes. Plus tard, durant la Seconde Guerre Mondiale (c’est d’ailleurs à lui que l’on doit la planification du débarquement en Normandie), il restera admiratif des Autobahn allemandes, et convaincu que son pays a besoin d’une mise à neuf de son réseau autoroutier. De plus, avec l’augmentation de la circulation, ce besoin était de plus en plus ressenti par la population.
Car si l’utilisation première était pour les déplacements de l’armée, les Etats-Unis comprirent très vite l’importance des Interstate pour le peuple.
Après la guerre, Eisenhower quitte l’armée, se présente et devient le 53ème président des Etats-Unis. Il signe le 29 juin 1956 le lancement de ces travaux de grande envergure. Il est depuis surnommé le « Father of the Interstate System » (comprendre « le père du réseau Interstate »).
Niveau chiffres cela à de quoi donner le vertige : plus de 65 000 kilomètres d’Interstate parcourent les Etats-Unis et ses régions annexes (Hawaii, Alaska et Puerto Rico) et les travaux ont coûté 114 milliards de dollars (contre 25 milliards initialement prévus).
La conjoncture de l’après-guerre était une période propice pour engager de tels travaux, et personne ne s’y est opposé à l’époque. De nos jours certains reprochent à la construction de ces voies d’avoir considérablement alourdi la dette du pays.
Les Interstates ont cette particularité de passer au cœur des villes, contrairement à nos autoroutes qui deviennent des périphériques. Cela a été pensé dans le but de permettre des évacuations d’urgence, dans le cas par exemple d’attaques nucléaires, grande peur de l’époque, mais aussi de catastrophes naturelles. Par exemple, lorsque l’ouragan Katrina à frappé la Nouvelle-Orléans en 2005, la procédure Contraflow (qui permet d’inverser le sens de circulation d’une voie d’Interstate) fut enclenchée et permit à beaucoup de gens de fuir.
Bien que non complet, le réseau Interstate est considéré comme terminé depuis 1991 (il manque 1,5 miles sur le parcours originellement prévu, mais les américains ont décidé de ne pas chipoter). Chaque Interstate est la propriété de l’état où elle se situe (mis à part la 495 qui entoure Washington et appartient au gouvernement fédéral), et pour la petite histoire la plus longue est l’I-90 (Seattle – Boston, 4861km), et la numéro 1 n’existe pas.
Voilà, je pense que vous et moi sommes maintenant incollables sur les Interstates.
Et c’est ainsi que nous laissons notre I-80 s’en aller vers l’ouest au kilomètre 42, tandis que nous récupérons notre highway 30, direction le nord-ouest !
La chaîne de montagnes Uinta s’étend maintenant derrière nous, et nous rappelle que l’Utah n’est plus très loin. Nous ne sommes d’ailleurs pas très loin du point de jonction entre le Wyoming, le Colorado et l’Utah, et compte tenu de la beauté du paysage, la délimitation des Etats a dû être compliquée à réaliser.
Pas grand chose à signaler aujourd’hui. Vous savez, c’est le genre de journée où tout se passe bien. Pas de policier cowboy qui vous agresse, pas de pneu qui menace de crever, pas de nuages à l’horizon. Serge garde son excellent rythme des deux derniers jours : il est clair que les conditions de course ne peuvent qu’aider.
Ce soir nous revenons sur nos pas dormir à Little America, sorte de mini-ville avec deux stations essence, un hôtel et 68 habitants. Little America était anciennement connue pour être la plus grande station service au monde, avec 55 pompes à essence ! Les choses ont bien changé depuis, mais pas son emblème : un pingouin. L’histoire raconte que le capitaine Lystadt aurait tenté de ramener l’animal après une expédition au Pôle Sud, mais celui-ci ne serait pas arrivé vivant jusqu’au Wyoming. La ville a néanmoins gardé l’empereur comme symbole, et il est représenté à peu près partout ici.
A demain et bonne nuit.

 

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mercredi 04 mai : Etape 95