E92: Dimanche 01 mai // Cresson – Point of Rocks

E92: Dimanche 01 mai // Cresson – Point of Rocks

72,60km – 9h30′

Jamais je n’aurais pensé me lever à 5h30 du matin un 1er mai. Qui plus est un dimanche ! Mais sur la course, le jour que nous sommes importe peu. Même quand il s’agit de faire des courses, les magasins Walmart sont ouverts toute la semaine, et même toute la nuit ! A la limite, nous pourrions éventuellement attendre avec impatience le dimanche dans l’espoir d’y retrouver une circulation moins dense, mais même pas. Ici les camions ne s’arrêtent jamais de rouler. Alors fête du travail ou non, aujourd’hui est un jour semblable aux 91 précédents. Semblable dans la forme oui, mais évidemment pas dans le fond.
Nous partons une nouvelle fois de Rawlins, sous le regard d’un groupe de goélands. Oui, vous m’avez bien lu, des goélands à plus de 2000 mètres d’altitude ! Mais pourquoi sont-ils là ? Aucune idée, mais à force de scander « Yes We Can » à tout va, les américains ont peut-être convaincu nos amis les oiseaux que s’installer à la montagne n’était qu’une question de volonté…
Après 50 kilomètres en voiture, nous laissons Serge au niveau de la borne 184. Le début d’étape est semblable à l’arrivée d’hier. Toute la voie East est interdite aux voitures, et la voie West -divisée en deux- récupère l’ensemble du trafic. Le tout sur 20km.
La circulation étant trop importante, impossible de faire courir et de ravitailler Serge en toute sécurité du côté West. Alors nous avons pris les devants hier soir en appelant la highway patrol, avec le numéro qu’ils nous avaient laissé. Après leur avoir expliqué ce que nous faisions, nous avons reçu l’autorisation exceptionnelle de rouler sur la portion de route fermée.
Serge et la voiture ravitailleuse, avec 20 kilomètres d’Interstate pour eux tout seuls ? Elle est pas belle la vie ? D’autant plus qu’aujourd’hui, il fait beau !
Bon le vent est toujours aussi froid, mais la brume d’hier a complètement disparu, laissant place à un paysage beaucoup plus tape-à-l’œil, avec des montagnes qui se sont dessinées tout autour de nous. Nous sommes toujours perchés sur notre plateau à plus de 2000 mètres d’altitude, et en suivant cette Interstate nous avons vraiment la sensation de traverser les Rocheuses par le seul endroit possible tant le relief est important au nord comme au sud.
La matinée sera marquée par deux visites. La première d’un agent d’entretien de la route, s’interrogeant de nous voir sur ce tronçon interdit. On lui explique la situation, il nous souhaite bon courage et reprend son chemin.
Une heure plus tard ce n’est pas le même son de cloche : une voiture de la police d’état arrive à tout blinde, avec ses gyrophares tournant à pleine vitesse.
Le policier se gare derrière nous, descend de sa voiture et nous interpelle. Je me dirige vers lui, carte postale à la main pour lui expliquer ce que nous faisons, tandis que René continue de préparer le ravitaillement, penché à l’intérieur de la voiture. Et c’est justement cela que l’agent n’a pas apprécié. Persuadé que René était en train de chercher une arme sur la banquette arrière, il m’ordonne de remonter à l’intérieur, saisit René par l’épaule et l’extirpe de la voiture, tout en gardant son autre main posée sur son pistolet.
Heureusement la tension retombe rapidement. Voyant que René ne parle pratiquement pas anglais, il vient vers moi en me demandant de lui expliquer que lorsqu’un agent interpelle des citoyens, ceux-ci doivent alors montrer qu’ils sont à l’écoute et qu’ils n’ont pas de mauvaises intentions. Puis il s’en va. Je lui demande quand même si il y a un problème, il me répond que non, remonte dans sa voiture et repart aussi vite qu’il est arrivé.
J’en connais un qui n’a pas pris son café ce matin…
En tout cas cela nous conforte dans l’idée que nous nous faisions de la police américaine : en temps normal ils sont bienveillants et rassurants, et c’est un plaisir de discuter avec eux, mais mieux vaut ne pas les avoir comme ennemis, car c’est quelque chose…
A la mi-étape nous retrouvons la même difficulté qu’hier : pas de sortie sur l’Interstate pendant 12 kilomètres. Qu’à cela ne tienne, on réutilise la même technique : deux hot-dog dans le sac de Serge, qui se ravitaillera tout seul à mi-chemin.
S’en suit une longue après-midi. La violence du vent nous force à rester dans la voiture, et à trouver le temps un peu long. Mais l’on est satisfait de voir que Serge avance bien, et que les conditions sont bien meilleures pour lui. « Ca faisait des semaines que je n’avais pas eu le vent de dos » me dit-il. « J’ai les pieds au sec, le ciel est dégagé, c’est l’idéal. »
Tant mieux, c’est vrai que ce beau ciel bleu fait du bien au moral.
Notre étape du jour s’arrête à la borne 139, soit le nombre de miles restants avant la frontière avec l’Utah. Mais je vous rassure, nous allons quand même bifurquer un jour ou l’autre de cette Interstate !
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du lundi 02 mai: Etape 93