E91: Samedi 30 avril // Fort Steele – Creston

E91: Samedi 30 avril // Fort Steele – Creston

72,41km – 10h07′

Et oui mesdames et messieurs, aujourd’hui nous inaugurons notre quatrième jour consécutif sous la neige ! Record en cours !
Nous prenons la route peu après 7h. Mais très vite nous nous retrouvons bloqués par les flocons. L’Interstate 80 est encore en cours de déblaiement entre Sinclair et Laramie. Des dizaines de camions sont arrêtés, et une barrière empêche l’accès à l’autoroute. Nous attendons avec eux. Par chance, les services d’entretien ne mettent pas longtemps à rouvrir la route. La chaussée est encore très glissante et René roule prudemment. Nous déposons Serge à son point de départ, qui commence à courir avec une heure de retard. Pas pratique sachant que ce soir nous devons retourner dormir à Rawlins, avec pratiquement 50km de route.
N’ayant pas le droit de nous arrêter sur l’Interstate, nous allons devoir user du mieux possible les différentes sorties qui s’y étalonnent tout au long de la journée. La première est à 10km. Serge décide de la rejoindre sans être ravitaillé. Il avale son café et ses muffins, et se lance. Nous partons l’attendre de l’autre côté.
Entre temps nous avons repéré un autre chemin, beaucoup plus calme, qui serpente autour de l’Interstate. Une fois notre coureur retrouvé, nous l’y faisons bifurquer. Le trafic est déjà très important à cette heure-ci, d’autant que tous les camions bloqués durant la matinée rentrent maintenant par dizaines sur l’Interstate. Serge apprécie donc cet itinéraire bis. Notre chemin passe dans Sinclair, petite ville d’environ 400 habitants, portant le même nom qu’une chaîne de stations essence assez répandue aux Etats-Unis. D’ailleurs leur complexe pétrochimique est tout simplement collé à la ville. Ceci explique cela. On passera vite notre chemin, car ni le paysage ni les odeurs ne sont très agréables.
Sur ses dix premiers kilomètres d’Interstate, Serge aura réussi à se faire arrêter par la highway patrol (échelon de la police assurant la sécurité des routes). Le policier, plutôt blagueur, lui aura juste demandé : « is it really your choice ? » (« est-ce vraiment votre choix ? »), ce à quoi Serge a répondu en approuvant. La bonne nouvelle, c’est que nous avons maintenant la certitude qu’il n’est pas interdit de courir sur cette route.
Après le 20ème kilomètre nous traversons Rawlins, où nous avons séjourné hier. Cette ville possède un nombre incalculable d’hôtels et de restaurants en tout genre. Nous sommes en effet ici sur la sortie de l’Interstate la plus directe pour aller au célèbre parc national de Yellowstone. Celui-ci est devenu le premier parc national au monde en mars 1872, après que le gouvernement américain eût envoyé des expéditions pour vérifier si les rapports sur cet endroit s’avéraient vrais. En effet, les deux premiers américains à l’avoir exploré furent John Colter en 1807, et Jim Bridger en 1827. Néanmoins, leurs rapports de l’époque ne furent pas pris au sérieux, et plutôt considérés que comme des contes et des légendes tant les faits relatés étaient exotiques (Yellowstone abrite deux tiers des geysers de la planète, et possède une faune d’une richesse rare).
Après avoir traversé Rawlins, nous reprenons notre route sur l’Interstate 80. Pour l’instant tous les ravitaillements se calent presque parfaitement sur chaque sortie. Certains parleront de chance, personnellement j’opterais –tout gonflage de cheville exclu- pour de « l’expérience ». Et oui, on ne négocie pas avec une interstate, on la dompte.
Serge rencontre sa deuxième highway patrol en début d’après-midi. Cette fois-ci un peu moins blagueuse. Il est prévenu qu’en cas de verglas, il est impératif qu’il s’arrête de courir car trop de gens ici finissent dans le fossé à cause du gel, et Serge en courant sur le bas-côté est une cible facile. Le policier terminera néanmoins sur une note rassurante, en expliquant que ce mauvais temps devrait se terminer demain après-midi.
Même si pour être franc avec vous, cette journée est loin d’être un calvaire. Certes la route et les conditions sont mauvaises, mais j’ai toujours l’impression que lors des journées les moins marrantes sur le papier, une sorte de « serrage de coudes collectif » se met en place entre les membres de l’équipe. Déjà que la journée n’est pas très fun, alors on ne va pas en plus se morfondre !
Notre fin d’après-midi alterne les averses de neige fondue et les quasi-éclaircies. Le vent s’est aussi levé, et les nuages défilent sur le plateau.
C’est à notre tour de recevoir la visite de la patrol, qui nous donne son numéro de téléphone en nous expliquant qu’elle est au courant pour Serge, qu’elle assure la sécurité jusqu’à Rock Springs et qu’au moindre souci nous pouvons les appeler. Ca c’est de l’aide à la personne !
Petite difficulté avant de clôturer cette journée: aucune sortie sur l’Interstate n’est prévue pendant 14km. Nous proposons à Serge de passer lui déposer un ravitaillement vite fait bien fait au milieu de cette portion, mais il préfère l’emmener dans son sac à dos. C’est donc un Serge en complète autonomie qui termine son étape, et qui -comme une récompense- tombera finalement sur une Interstate complètement vide pour ses quatre derniers kilomètres. L’autoroute étant en travaux sur la voie Ouest, tout le trafic est déporté du côté Est, lui laissant le chemin libre. Le rêve.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 01 mai: Etape 92

E90: Vendredi 29 avril // Medecine Bow – Fort Steele

E90: Vendredi 29 avril // Medecine Bow – Fort Steele

74,13km – 10h24′

Hier soir nous avons séjourné à Medecine Bow, et plus précisément au Virginian Hotel, seul établissement hôtelier à des kilomètres à la ronde. Au programme : chambre atypique et repas à la bonne franquette, sur fond de Neil Young et de Creedence Clearwater Revival. Immersion totale pour notre trio, qui fut le premier groupe d’étrangers à y faire halte cette année !
Il faut dire que le Wyoming au mois d’avril, c’est encore un peu juste. Cela fait bientôt deux jours que le thermomètre n’a pas dépassé la barre fatidique du 0°C.
Hier soir le gérant de l’hôtel me confiait -sur un air de winter is coming-  « qu’une grosse tempête se préparait ». Mais il n’a pas su me dire quand est-ce que précisément elle arriverait. Sûrement pour garder un effet de surprise…
En tout cas on se serait bien passé de ce suspense, car ce matin il suffit de regarder le ciel pour comprendre que nous ne sommes pas au bout de nos peines.
Au-dessus de nos têtes ça va encore, mais des nuages menaçants bordent tout le plateau, et plus particulièrement sa moitié nord-ouest.
Côté trafic, bison futé annonce une journée verte sur la highway 30, mais alors d’un vert très très pâle ! A tous les gens qui veulent se couper du monde : le Wyoming est fait pour vous. Aux abords du 15ème kilomètre, on peut dénombrer une centaine d’éoliennes tout autour de nous. Et une éolienne, ça ne trompe pas : le vent doit souffler toute l’année ici.
La seule ville que nous croiserons aujourd’hui s’appelle Hanna. Petite halte au supermarché du coin, afin de recharger les batteries en caféine. Stupeur dans le magasin une fois ma nationalité révélée. Et lorsque je demande aux deux caissières si elles voient beaucoup d’étrangers ici, elles me répondent « On a vu quelqu’un du Texas, une fois ». Voilà qui en dit long.
Je profite de cet échange pour obtenir des précisions sur cet endroit : ici le vent souffle en effet toute l’année. L’hiver dure de septembre à juin, et généralement il neige pour Halloween. Je réalise que certaines contrées du Wyoming sont vraiment coupées du monde. Je ne pensais pas trouver de tels endroits aux Etats-Unis.
En début d’après-midi nous apercevons un troupeau de daims non loin de la route. Nous arrêtons la voiture et dégainons les appareils photos, mais ceux-ci nous repèrent immédiatement. Toutes les femelles partent en galopant, tandis que le mâle ferme la marche plusieurs mètres derrière. Une fois le groupe assez éloigné, tous se retournent et nous observent. Le mâle est resté à équidistance entre nous et les femelles, surveillant le moindre de nos agissements. Entre les biches qui se baladaient dans Hanna ce matin, les chamois ce midi et maintenant les daims, notre Pokedex a pris du volume aujourd’hui !
Serge, lui, semble soucieux. Tout d’abord à cause de ses douleurs aux doigts de pied qui ont ressurgi, mais aussi à cause de cette histoire de tempête. C’est vrai que le ciel s’assombrit considérablement derrière nous, et cet après-midi prend des allures de course poursuite entre notre coureur et les nuages.
Autre fait notable : nous remontons sur l’interstate au 60ème kilomètre. Le Wyoming ne propose pas des tonnes de solutions en terme de parcours, et pour les prochains jours nous allons être contraints de suivre cette route. Quand il n’existe pas d’autres options, celle-ci est autorisée pour les piétons ainsi que les cyclistes. Mais malgré des bas-côtés luxueux, le trafic y est intense (l’équivalent d’une autoroute chez nous) et Serge n’est pas très réjoui à l’idée de devoir affronter cette route.
Aujourd’hui était un échauffement, car Serge n’aura parcouru que 10 kilomètres dessus avant que nous venions le récupérer. Demain sera une autre paire de manches.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect
(Serge a oublié d’arrêter sa montre avant de revenir à l’hôtel, la fin du parcours est donc faussée)

Parcours du samedi 30 avril: Etape 91

E89: Jeudi 28 avril // Road 287- Medecine Bow

E89: Jeudi 28 avril // Road 287- Medecine Bow

72,69km – 10h12′

Départ de Laramie ce matin, direction une bonne dizaine de kilomètres au nord.
Nous reprenons notre progression vers Medecine Bow à bord de la highway 30.
Aaaah la highway 30… elle m’avait presque manqué. Je pense qu’une fois rentré en France, je vais passer mes nuits à rêver d’Interstate, d’highway et de bas-côtés avec comme fond sonore une voix de GPS diabolique, m’invectivant de tourner à droite ou à gauche !
Mais pour l’instant nous sommes dans le Wyoming, et depuis ce matin nous traversons un véritable no man’s land. Le nombre de véhicules croisés en une heure se compte sur les doigts de la main. La plaine s’étend jusqu’à l’horizon, et sans les quelques arbres qui parsèment le paysage, on pourrait se croire sur la banquise.
Cela fait plusieurs fois que nous apercevons des panneaux évoquant le « Sand Creek Massacre ». Avec toutes les péripéties de ces derniers jours, je n’ai même pas eu l’occasion de vous parler des Indiens. Tout le monde les connaît, ces peuples d’indigènes qui occupaient les Etats-Unis avant l’arrivée des Européens. Ils vivaient essentiellement de la chasse au bison, animal très répandu à cette époque dans les Grandes Plaines. L’arrivée des colons à la fin du XIXème siècle a complètement perturbé le mode de vie des Indiens. Parfois dans le bon sens (exemple des Espagnols qui ont introduit le cheval aux Etats-Unis, les Indiens après avoir découvert cet animal ont pu améliorer leurs techniques de chasse), mais bien souvent dans le mauvais sens. Les nombreux enjeux et conflits européens quant à la « découverte du Nouveau Monde » ont eu raison des Indiens qui resteront à jamais les éternelles victimes de cette colonisation. Et le massacre de Sand Creek est l’un des tristes mais nombreux exemples du drame qu’ils ont vécu. En novembre 1864, dans le Nord-Est du Colorado, alors que la tension était à son comble entre Blancs et Indiens, ces derniers pensaient avoir trouvé un accord. En effet, les Américains leur avait promis que tant qu’ils resteraient dans leur campement, et y feraient flotter le drapeau des Etats-Unis, ils ne seraient pas inquiétés par les soldats.
Les Indiens ayant confiance, ils laissèrent leurs meilleurs hommes partir à la chasse. Un matin, le colonel Chivington mena une offensive avec 800 hommes, ne laissant aucune chance aux 500 personnes restées au camp (dont en majorité femmes, vieillards et enfants). Seul le capitaine Silas Soule refusa de suivre les ordres lorsque l’assaut fut donné, en demandant à ses hommes de ne pas attaquer le drapeau de son pays.
Celui-ci témoignera plus tard devant la court martiale, expliquant les agissements de Chivington, alors que ce dernier déclarait avoir combattu des indiens hostiles. Malgré le témoignage de Soule et la condamnation qui s’en suivit, le colonel Chivington sera sauvé par l’amnistie générale qui sera décrétée suite à la fin de la guerre de Sécession.
Ceci n’est qu’une des nombreuses histoires qui composent ce qu’on appelle les « Guerres indiennes ». La liste de combats est très longue et s’étale sur plusieurs centaines d’années.
Mais revenons à notre étape. Au 43ème kilomètre plus précisément. Après avoir ravitaillé Serge pendant plusieurs heures complètement désertiques, une maison apparaît. Puis deux, puis trois. Bienvenue à Rock River et ses 245 habitants, autrement dit le centre névralgique des environs. « L’endroit où tout se passe » oserai-je même dire.
Etant donné que les soirées étudiantes ont généralement lieu le jeudi soir, René et moi espérions trouver une boîte de nuit. Autant vous dire que c’est raté.
Notre traversée de Rock River va quand même marquer un tournant dans notre journée. Car pas le temps de sortir de cet immense patelin que nous nous retrouvons en plein cœur d’une tempête de neige. En quelques minutes nous sommes passés de plusieurs dizaines de kilomètres de visibilité, à une centaine de mètres tout au plus. La neige tombe maintenant abondamment. Nous faisons la rencontre de Carol qui, ayant vu Serge courir dans ces conditions, s’arrête à notre niveau et nous propose l’hébergement au cas où la météo deviendrait trop difficile, et entraînerait une fermeture des routes. En voilà une personne bienveillante !
Fort heureusement, la neige ne tient pas sur le bitume, et nous rejoignons Medecine Bow en fin d’après-midi. Néanmoins la vraie question maintenant, reste de savoir si nous pourrons repartir demain. Au vu de la météo annoncée cela semble bon, mais nous en aurons le cœur net une fois la nuit passée.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du vendredi 29 avril: Etape 90

E88: Mercredi 27 avril // Road 210 – Road 287

E88: Mercredi 27 avril // Road 210 – Road 287

72,35km – 11h07′

Ce matin nous quittons définitivement Cheyenne, direction le croisement entre la route 210 et la McDonald’s Road. Plus une trace de la tempête. Même si nous avons appris à nous méfier des belles matinées ensoleillées, ce beau ciel bleu fait plaisir à voir.
D’autant plus qu’en étudiant le parcours d’aujourd’hui, il s’avère que nous passons toute la première partie de l’étape en pleine nature. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que dame nature est au rendez-vous. Dès les premiers kilomètres le paysage est superbe. Des montagnes en veux-tu en voilà, d’imposants rochers posés les uns sur les autres, des stalactites de glace suspendues dans les branches des conifères et de la neige à perte de vue…
Seule ombre au tableau : nous avons « extrêmement froid ». Pour rester poli.
En trois jours nous sommes passés de 27 degrés Celsius à 25 degrés… Fahrenheit. Soit un bon -4°C. Et avec le vent qui souffle toujours aussi fort, le ressenti est plutôt de l’ordre de -10°C. Serge est frigorifié et peine à parler dès les premiers kilomètres. Et pourtant, comme dirait la chanson, que la montagne est belle… Mais parcourir à la seule force humaine les plus beaux endroits sur terre ne se fait jamais sans difficulté. Leur beauté a un prix, et Serge a déjà eu plus d’une fois l’occasion de s’en rendre compte, que ce soit dans l’océan, le désert, la jungle ou comme ici dans la montagne.
Nous montons en altitude tout au long de cette d’étape, jusqu’à atteindre 2640 mètres ! Autant dire que les Girard sont en classe de neige aujourd’hui.
Au 20ème kilomètre nous entrons dans le parc naturel de Medicine Bow. Les forêts enneigées s’étendent à perte de vue, et malgré ce vent glacial nous profitons pleinement du paysage. Le parc est tout simplement gigantesque, mais en regardant la carte nous remarquons que ce n’est qu’une annexe du véritable Medicine Bow. Le taille des forêts du Wyoming est démente…
Une vingtaine de kilomètres plus tard nous rejoignions l’Interstate 80, seule route nous permettant de rallier Laramie. Contrairement à d’habitude, les piétons n’y sont pas interdits, et Serge la suit sur une dizaine de kilomètres. Juste avant d’y rentrer, une gigantesque statue d’Abraham Lincoln nous rappelle que nous sommes toujours sur la Lincoln Highway, qui relie San Francisco à New York, et dont l’Interstate 80 fait partie.
Cette autoroute à la particularité d’être perchée à 2600 mètres d’altitude, chose absolument introuvable dans notre pays. Là encore le paysage est sublime puisque cette 2×2 voies a directement été creusée à travers la montagne. Et c’est sur cette route que Serge franchira les 6000 kilomètres aujourd’hui. En 87 jours, 11 heures et 50 minutes très exactement. L’arrêt des véhicules y étant interdit (sauf en cas d’extrême urgence), nous n’avons pas pu y ravitailler notre coureur, et donc marquer le coup à l’aide d’une vidéo ou d’une photo. Et pas question de feinter et de célébrer ça plus loin, Serge étant très pointilleux sur les mètres parcourus.
L’étape se poursuit et nous atteignons Laramie, troisième plus grosse ville du Wyoming avec –accrochez-vous bien- 30 000 habitants… Autant dire qu’une foule en délire était présente pour nous accueillir. Celle-ci nous laissera quand même un meilleur souvenir que Cheyenne, les rues étant bien plus propres et attrayantes. A noter la présence de l’université du Wyoming, seul établissement délivrant le baccalauréat dans tout l’Etat ! La mascotte de cette université est un cowboy nommé Pistol Pete. Et par conséquent les équipes sportives masculines s’appellent les Cowboys, tandis que les équipes féminines s’appellent les… Cowgirls. Véridique.
Serge termine de traverser Laramie et retrouve ensuite sa chère et tendre highway 30, direction plein nord. Ce soir nous profitons de ces dernières heures en terres civilisées afin de faire le plein de courses, et de nous embarquer vers une partie bien plus désertique du Wyoming…
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du jeudi 28 avril: Etape 89

E87: Mardi 26 avril // Altvan – Rd 210

E87: Mardi 26 avril // Altvan – Rd 210

42,12km – 6h25′

Chaque matin c’est toujours avec ce même mélange d’appréhension et d’excitation que je regarde la météo américaine. Un peu comme le loto chez nous, celle-ci pourrait tout autant arborer le slogan « A qui le tour ? »
Mais qui sera donc le prochain état à essuyer sa tempête locale ?
Car dans ce pays tellement vaste où toutes les sortes de climats sont représentés, les présentateurs météo ne s’ennuient jamais.
Chaque jour c’est une nouvelle perturbation qui s’abat sur un coin de la carte: pour vous citer de mémoire les récents évènements, nous avons eu écho d’une tempête de neige dans le Colorado, d’énormes orages provoquant des inondations à Houston, d’averses de grêle faisant voler en éclat les pare-brise à Kansas City et même d’une mini tornade sur un campus, qui a offert son premier baptême de l’air à une étudiante. Et chaque jour c’est une nouvelle alerte météo qui fait parler d’elle.
Et aujourd’hui, bingo : c’est notre tour.
De la neige était prévue certes, mais pas en de telles quantités !
Avant tout, reprenons notre journée depuis le début. Réveil à 5h45 ce matin, car Serge avait rendez-vous sur Skype avec les jeunes de l’ADAPT et du collège Jean Renoir. L’occasion de répondre à leurs questions et de témoigner de son avancée au pays de l’oncle Sam.
A ce moment-là déjà, la neige tombe bien, mais nous sommes encore loin d’imaginer la matinée qui nous attend. Départ de l’hôtel à 7h, direction une quinzaine de kilomètres avant Cheyenne. Le temps de faire le chemin, et nous mesurons alors l’ampleur des dégâts. Les voitures circulent difficilement à cause des tombées de neige qui ne font que s’intensifier. Arrivés au point de départ, on se croirait tout simplement sur les pistes. A la différence que nous n’avons ni ski, ni raquettes. Serge est blindé de vêtements chauds, mais il ne se fait guerre d’illusions : la journée risque d’être glaciale.
Pas facile d’ailleurs de ravitailler notre coureur dans de telles conditions : le traditionnel café/muffins du 5ème kilomètre se révèle être un véritable parcours du combattant. D’ailleurs Serge en profite pour déjà changer de chaussures, car ses pieds sont congelés.
La suite de la matinée est une progression à tâtons à travers cette épaisse tempête. A aussi haute altitude, nous sommes carrément à l’intérieur de la dépression !
Pratiquement toutes les voitures croisées s’arrêtent pour nous demander si tout va bien, et surtout si Serge va bien. Physiquement ou mentalement, à vous d’interpréter, mais certains « Is he okay ? » prêtent à confusion.
Au 20ème kilomètre, alors que nous avons pratiquement terminé de traverser Cheyenne et que la progression de Serge est de plus en plus réduite à de la marche, nous décidons d’arrêter l’étape. En effet la suite du parcours prévoyait de quitter la civilisation, et de prendre la 210, une route de montagne forcément enneigée à cette heure-ci. De retour à l’hôtel nous constatons avoir pris la bonne décision. Un site américain permettant de connaître l’état des routes en temps réel, nous indique que la 210 est tout simplement fermée. Et aux Etats-Unis ça ne rigole pas, quiconque pris en train de rouler sur une route interdite à la circulation encours jusqu’à 750$ d’amende et 30 jours de prison !
Commence alors une autre journée, quelque peu perturbante. Il est 11h, et nous sommes tous les trois dans la chambre, orphelins de notre rythme quotidien. Pour Serge cette situation est une grande première depuis le départ (en excluant le jour de pause à Miami bien sûr). Nous regardons la météo à venir et en profitons pour avertir les hôtels des prochains jours que nous ne serons pas là dans les temps. Nous mangeons tous les trois sur l’heure du midi, mais là encore Serge n’est pas habitué à un tel rythme et n’a donc pas très faim. En début d’après-midi, René et moi profitons de ce temps de libre pour aller faire des courses. Serge nous accompagne, et redécouvre pour la première fois la civilisation depuis le départ de Paris. Et ça ne lui avait pas manqué.
Au fur et à mesure de l’après-midi le ciel se dégage, et les rayons du soleil commencent à percer le voile nuageux. La neige fond aussi vite qu’elle est arrivée.
Après un rapide coup d’œil en voiture, la 210 semble maintenant praticable, Serge décide de repartir. 3 heures et 22 kilomètres plus tard, il revient à l’hôtel heureux d’avoir minimisé les dégâts pour cette journée. Et surtout d’avoir eu sa dose quotidienne de course à pied.
A demain et bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect (matin) // Garmin Connect (après-midi)

Parcours du mercredi 27 avril: Etape 88

E86: Lundi 25 avril // Bushnell – Altvan

E86: Lundi 25 avril // Bushnell – Altvan

72,43km – 10h07′

L’émotion est grande ce matin. Après 12 jours passés en notre compagnie, le Nebraska va devoir nous quitter. Pour ses derniers kilomètres, il nous offre une bien belle matinée : du soleil et de la douceur sur fond de jolies plaines d’herbes sèches. Je garderai un bon souvenir de cet état. Ici les gens sont sincères, parfois un brin à cheval sur les règles, mais personne ne joue de rôle. De toute façon, plus j’avance à travers ce pays et plus je me rends compte que les idées préconçues avec lesquelles je suis venu sont fausses. La France, avant de donner des leçons et de résumer les Etat-Unis aux armes, à McDonald’s et à Donald Trump, devrait peut-être un peu plus s’inspirer de l’accueil et de la gentillesse de ces gens. Non les américains ne sont pas persuadés d’être le centre du monde, non ils ne cuisent pas leur bacon à la mitraillette, et non Donald Trump ne sera pas leur nouveau président.
Enfin, on passe une bonne journée, alors on ne va pas commencer à parler politique…
Au 20ème kilomètre, nous entrons donc dans le Wyoming : stupeur. Où est passé le panneau ?
Au cas où vous n’auriez pas suivi, Serge adore les panneaux. Et précisément ceux des frontières. A chaque nouveau pays -ou nouvel état comme ici-, la question est sur toutes les lèvres : « est-ce qu’il y aura LE panneau ? ». On en viendrait presque à fonder une secte du panonceau, dont Serge en serait le grand gourou.
Pourtant en fouillant hier sur google maps, il était là. Il était censé nous attendre bien sagement au 20ème kilomètre. Je le vois encore, et il était plutôt joli en plus ! Mais ce matin plus rien. Reste seulement l’ancien poste de frontière désaffecté, et un panonceau pour le moins low-cost. Serge s’en contentera.
Le Wyoming donc, 10ème état traversé. En algonquin (langue provenant du Canada, et plus précisément de la province du Québec), Wyoming signifie « grandes prairies ». Pas très recherché, mais impossible d’être plus explicite.
Et qui dit grandes prairies, dit… petites villes !
Avec 530 000 habitants, c’est tout simplement l’état le moins peuplé des Etats-Unis. Devançant même l’Alaska ! Niveau densité de population, question d’honneur, le Wyoming n’est qu’avant-dernier, avec seulement 2,24 habitants par km2.
Comme dirait Serge : « t’as pas intérêt de te fâcher avec ton voisin, sinon t’as plus de potes ».
D’ailleurs arrêtons un peu la géopolitique et revenons à notre coureur. Je ne sais pas si c’est l’altitude qui lui fait monter sa jauge de bonne humeur, mais depuis que nous avons entamé notre lente et invisible ascension des Rocheuses, il à l’air de mieux en mieux dans ses baskets. Enfin je m’emporte peut-être un peu, car niveau pieds justement, après le petit orteil c’est maintenant au tour de celui du milieu (le tertius, pour les intimes) de lui faire des misères. Depuis deux jours Serge réclame ses deux cachets de Claradol en début d’après-midi, afin de calmer la douleur.
Notre première après-midi « Wyomingaise » (pas sûr que ça se dise, mais je le tente) se poursuit et nous montons en altitude de façon un peu plus perceptible cette fois-ci. Depuis ce matin nous longeons une route parallèle à l’interstate 80. La circulation n’est pas négligeable, mais c’est l’option la plus paisible jusqu’à Cheyenne.
En fin d’après-midi une tempête se forme un peu plus loin devant nous. Le même schéma qu’hier se reproduit alors : les nuages arrivent à toute vitesse, cachent le soleil, le vent se lève d’un coup et la dépression grossit à vue d’œil.
La mini-éolienne plantée dans un jardin juste à côté de nous commence à s’affoler. Ce haut plateau est propice aux bourrasques. Néanmoins Serge terminera son étape au sec, malgré un ciel extrêmement menaçant. A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mardi 26 avril: Etape 87

E85: Dimanche 24 avril // Sidney – Bushnell

E85: Dimanche 24 avril // Sidney – Bushnell

72,10km – 11h16′

Nous commençons notre 85ème étape à la sortie de Sidney. De nombreuses collines parsemées de roches jalonnent les deux côtés de la route. Il fait bon et le ciel est presque entièrement bleu. Seul un amas de nuages gris nous attend au nord-ouest. Pile dans notre direction. Mais pour le moment ils sont encore loin.
Nous longeons toujours la voix ferrée et tout va pour le mieux : les trains nous envoient d’amicaux coups de klaxon, les oiseaux chantent, le soleil brille et la chaise de camping est rentabilisée à son maximum entre chaque ravitaillement… bref, la vie est belle.
Rarement, de mémoire de suiveur, je n’ai vu Serge aussi heureux sur les premiers kilomètres d’une étape. Cette bonne humeur est de toute évidence communicative, car c’est bien connu : quand Serge va, l’équipe va.
Néanmoins, à mesure que nous avançons dans la matinée, cet amas nuageux se rapproche de plus en plus. Et peu avant le 25ème kilomètre, alors que je suis en train de m’assurer que l’assise de la chaise est toujours aussi confortable, le soleil disparaît. Je lève la tête : les nuages se sont considérablement rapprochés. Et sacrément vite ! Pas même le temps de comprendre que les vacances sont terminées que de violentes bourrasques nous tombent dessus. Une multitude de choses commencent à s’envoler dans tous les sens, dont notamment les fameuses « boules d’épineux » qui traversent la route sans demander l’autorisation à qui que ce soit. Allez hop, on remballe tout ! Le ciel a maintenant des allures quasi-apocalyptiques avec un trait gris foncé s’étendant du nord au sud, et se rapprochant lentement vers nous tel un rouleau compresseur. Quel ascenseur émotionnel ! Je tenais entre mes mains la journée idéale, et celle-ci s’est juste envolée…
Bien évidemment, je ne suis pas le plus à plaindre. Et je vous laisse deviner dans quelle direction souffle le vent. Bingo : dans la mauvaise. D’ailleurs Serge renfile son bas de course au 6ème ravitaillement. « Je suis congelé » me dit-il.
Au 35ème kilomètre c’est la pluie qui s’invite à la fête. Pourquoi pas ! Plus on est de fous, plus on rit ! Serge en profite alors pour arborer sa tenue du dimanche, la maintenant célèbre « combinaison-sac-poubelle ». Mais alors qu’il devrait être blasé par la tournure des évènements, il semble relativiser et garde le sourire, blaguant même pendant les ravitos. Serge a le moral, et tant mieux car la pluie redouble de puissance, et les quelques voitures qui croisent sa route lui envoient de bonnes gerbes d’eau.
Mais tout comme les blagues, les pluies les plus courtes sont aussi les meilleures. Et celle-ci a décidé d’être bien nulle. L’après-midi se poursuit et la fatigue commence à se faire sentir. Serge prend son mal en patience mais cette fin d’étape est bien longue, d’autant que tout ce vent le ralenti considérablement, le forçant même à trottiner ou à marcher…
Vous vous en doutez, de notre côté ce n’est pas la journée du siècle. Difficile de vous parler de la route tant nous restons cloîtrés dans le véhicule. C’est peut-être un peu Havrais comme philosophie, mais je me dis qu’après trois jours d’aussi beau temps, il fallait bien payer l’addition à un moment donné !
Au kilomètre 55 nous arrivons à Kimball, dernière ville traversée du Nebraska. Particularité : c’est la plus perchée de tout l’état du Nebraska ! 1437 mètres d’altitude ! Et c’est vrai que tout au long de ces derniers jours, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir cette sensation d’être à la montagne. Que ce soit le vent, le ciel, les nuages ou même le soleil, tout me donnait l’impression d’être sur les pistes, mais sans le relief. Inhabituel, non ?
Serge termine son étape une vingtaine de kilomètres après Kimball, au niveau du Oliver Reservoir Recreation Area, sorte de station balnéaire locale. Plusieurs fois on aura cru à l’éclaircie, mais finalement non. Au total il aura fallu 11h16 à notre coureur pour terminer son étape du jour, le vent ne l’ayant pas du tout aidé.
Demain nous clôturerons cette page du Nebraska afin d’en ouvrir une nouvelle, la dixième de ce chapitre américain. En attendant ce soir c’est pizza au menu, et tout le monde l’a bien mérité. Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du lundi 25 avril: Etape 86

E84: Samedi 23 avril // Fort Julesburg – Sidney

E84: Samedi 23 avril // Fort Julesburg – Sidney

72,10km – 10h15′

Afin de ne pas perturber nos horloges biologiques, nous avons décidé d’ignorer ce changement d’heure et de continuer à nous lever avec le soleil. Les réveils sont donc décalés : levé 5h, départ 6h15.
Serge profite du voyage en voiture pour faire quelques images par la fenêtre. C’est vrai que ces reflets orangés sur les collines sont du plus bel effet. Nous déposons notre Martin ScorSerge quelques kilomètres après la frontière du Colorado, et l’étape peut commencer. Le temps de deux ravitaillements… et nous sommes déjà de retour au Nebraska. Ce fut court, et pas très intense. Quelques infos pêle-mêle quand même : appelé « état du centenaire » (car intégré à l’union des états tout juste 100 ans après la déclaration d’indépendance) le Colorado est le seul état avec le Wyoming à être parfaitement rectangulaire. Chaque bord étant essentiellement délimité grâce à l’aide d’un méridien ou d’un parallèle. La totalité de cet état se situe à plus de 1000m d’altitude (le point le plus bas étant le fleuve Arikaree, à 1010m), et compte 52 sommets à plus de 4270m ! Impressionnant ! A noter aussi que c’est le premier état avec celui de Washington à avoir légalisé la vente et la possession de marijuana. C’était en 2012, et cette légalisation a d’ailleurs tellement fait rentrer d’argent dans les caisses de l’état, que celui-ci, en vertu d’une loi de 1992, a été obligé de reverser l’excédent aux habitants, soit 7$ par personne.
Journée très calme sur les routes du « Run Around the Planet ». La traversée de Chappell nous offre notre seul instant urbain de la matinée. Petite frayeur quand même : au moment où je ravitaille Serge, un chien sort d’une maison et se rue sur moi sans faire le moindre bruit. Heureusement il s’arrête aussi sec à quelques centimètres, et repart aussitôt. Maintenant je comprends un peu mieux ce que ressent Serge lorsqu’un canidé lui court après…
Le ciel se couvre au fur et à mesure de la journée, la météo nous avait promis de la chaleur et elle ne nous a pas menti : il fait lourd. Heureusement le vent de sud-est est favorable pour Serge, qui semble peiner durant cette fin de journée. Néanmoins, la simplicité du parcours d’aujourd’hui nous permet à René et moi de nous avancer sur certains points. Je dépose René au Walmart entre deux ravitos, afin qu’il en profite pour faire un plein de courses. Pendant ce temps je retourne ravitailler Serge, puis retourne récupérer René, nous allons checker l’hôtel entre temps et je retrouve Serge pour la fin d’étape. Quelle synchronisation ! C’est ce qu’on appelle une affaire rondement menée.
Serge termine son étape à la sortie de Sidney, ville marquée au 19ème siècle par la ruée vers l’or. En effet, en 1874 de l’or fut découvert dans les Black Hills, très exactement 267 miles au nord de Sidney, dans le Dakota du Sud. Sidney possédant à la fois une gare ferroviaire de l’Union Pacific, mais étant aussi très proche de ces montagnes, de nombreuses personnes arrivèrent afin de faire fortune. Tout les moyens étaient bons pour ramener ce précieux minerai, à diligence, à cheval, à l’aide de wagons tirés par des bœufs ou des mulets. Entre 1878 et 1879, plus de 11 000 tonnes de fret furent déplacées entre Sidney et les Black Hills.
En octobre 1880, l’Union Pacific ouvrit un chemin ferroviaire ralliant Pierre, dans le Dakota du Sud. Cela mis fin à l’avantageux placement géographique de Sidney.
Serge termine son étape sous le panneau de Cheyenne, indiquant encore 101 miles à parcourir. Soit 162 kilomètres, et encore 600 mètres d’altitude à prendre avant mardi matin.

Bonne nuit et à demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 24 avril: Etape 85

E83: Vendredi 22 avril // Roscoe – Fort Julesburg

E83: Vendredi 22 avril // Roscoe – Fort Julesburg

72,46km – 10h19′

Le réveil sonne ce matin. Il est 6h, tout le monde se lève. Le temps de me préparer et je me rends au petit-déjeuner de l’hôtel vers 6h20. Mais celui-ci est fermé. Bizarre, il était censé être ouvert de 6h à 9h30. Je passe à l’accueil, et dans un anglais difficilement compréhensible pour quelqu’un qui vient de tomber du lit, la réceptionniste m’explique qu’il est 5h20. Mais non ! Nous avons changé d’heure ! A notre insu !
Nous sommes donc maintenant dans le 3ème fuseau horaire américain, appelé le Mountain Standart Time. Cette zone s’étend sur l’ensemble des Rocheuses, et la limite dans le Nebraska est très vaguement définie, ce qui explique notre déconvenue de ce matin.
Par chance la salle du petit déjeuner ouvre exceptionnellement une dizaine de minutes plus tard. Nous finissons de ranger nos affaires et nous voilà prêts à partir à 6h10 du matin. En voilà une drôle de journée qui commence ! D’autant plus que sur le chemin ralliant le point de départ, nous repassons sur le fuseau horaire précédent. Serge commence donc à courir à 7h30. C’est bon vous me suivez toujours ?
Pas un nuage à l’horizon ce matin, et le soleil tape déjà très fort. Alors on en profite, l’appareil photo dans une main, la go pro dans l’autre, et on mitraille !
Peu après le 15ème kilomètre nous arrivons dans Ogallala. La particularité de cette ville est d’avoir gardé un bout de son artère principale visuellement comme elle fût à l’époque du far west. On peut y retrouver le saloon, la prison, les pompes funèbres…. ambiance !
Petite virée au McDonald’s aux environs de 10h et demi. Ici la culture du fast-food est encore plus encrée dans le quotidien que je ne l’imaginais. A cette heure-là les McDonald’s sont bien souvent bondés. Dans la campagne américaine, il est dans les habitudes pour beaucoup de venir prendre son petit déjeuner au fast-food, ou même un simple café. Contrairement à ce qui se passe chez nous où les bistrots et autres troquets remplissent cette fonction, ici Ronald s’en charge.
Aussi le panel de gens travaillant à McDonald’s est bien différent d’en France. Contrairement à chez nous où l’enseigne se veut être un vecteur pour de nombreux jeunes cherchant une première expérience de travail, ici il est courant de voir des employés de tous âges. Notamment les personnes âgées, qui sont généralement en cuisine. En fait, la domination de McDonald’s est juste impressionnante. La vie dans les campagnes étant assez rude, et la firme étant, au vu du nombre de restaurants implantés en zones rurales, l’un des plus gros embaucheurs du pays, l’équation est simple : tout en permettant à un bon nombre de personnes de s’en sortir en les rémunérant, McDonald’s assoit son emprise à la fois géographique mais aussi idéologique en imposant le principe du fast-food à la vie quotidienne de millions de gens. Malheureusement ce cercle très vertueux pour l’entreprise n’aide en rien à réduire les problèmes de santé des américains (qui découlent tout droit de leur malnutrition). Pire même, il les aggrave.
Mais revenons à notre course. Au kilomètre 35 se produit un petit événement : nous bifurquons légèrement sur la droite, laissant la voie ferrée continuer toute seule ! Adios !
Et dès lors c’est le no man’s land. Quelques granges abandonnées tout au plus, mais le chemin de fer à emporté tout forme de vie avec lui. Reste seulement René, le véhicule et le bruit sourd du vent balayant le plateau. Nous entamons alors la montée de la California Hill, jusqu’à atteindre les 1100 mètres d’altitude. La nature est quelque peu différente à cette hauteur, et l’on aperçoit nos premiers cactus, ainsi que les fameuses « boules d’épineux » qui roulent sur les routes avec l’aide du vent.
Après être donc montés en altitude, nous bifurquons sur la 138. Et alors que nous attendons Serge au croisement pour lui indiquer le changement de direction, un homme sur son vélo arrive dans la direction opposée. Au premier coup d’œil, avec tous ses bagages accrochés à son deux roues, on devine que cette personne est pour le moins originale. René, grand amateur de vélo, dégaine son appareil photo et lui fait un signe de la main. Celui-ci vient vers nous et René engage la conversation (avec un accent mélangeant du plus bel effet mélangeant l’anglais et le bressan).

« – Hello, we are french.
– Oui, moi aussi.
– Oh ! De quel coin ?
– De Normandie ! »

Oh didiou ! Un normand au Nebraska ! Pincez-moi si je rêve, mais en me levant ce matin j’étais à mille lieux d’imaginer que je croiserais un cousin viking aujourd’hui. Laissez-nous donc vous présenter Marc, 55 ans, voyageur à vélo avec déjà 101 pays traversés à son actif. Parti en 2010 pour réaliser son tour du monde à lui, il remonte actuellement vers Ottawa au Canada, et devrait passer la barre des 100 000 kilomètres demain ! Et contrairement à nous, Marc campe tous les soirs, et arrive tout droit du Colorado… où sévissait la tempête de neige. Chapeau bas.
En tout cas c’est le genre de rencontre qui vient te pimenter une journée. Et dire que si nous n’avions pas eu ce changement d’heure ce matin, nous ne l’aurions surement jamais croisé à cette intersection très précise où nous étions hors du véhicule. C’est ce que j’appelle le destin. Et il fait bien les choses.
Nous souhaitons bonne route à Marc et continuons la notre vers Big Springs. Nous y dormirons ce soir mais notre étape ne s’arrête pas là. La 318 bifurque et retrouve… la voie ferrée ! Oui ! Vous êtes soulagés ? Moi aussi, car on avait pas eu le temps de lui faire nos adieux. Nous suivons donc cette nouvelle highway sous un ciel bleu pâle, qui ne cesse de nous rappeler que nous sommes bien montés en altitude depuis le début du Nebraska. Quelques kilomètres avant la fin d’étape Serge franchit le Colorado. Il s’arrêtera à la première ville croisée, Fort Julesburg. A demain et bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du samedi 23 avril : Etape 84

E82: Jeudi 21 avril // North Platte – Roscoe

E82: Jeudi 21 avril // North Platte – Roscoe

72,50km – 10h22′

On serait presque tenté de parler de grasse matinée avec ce début d’étape à 7h40. Dès les premiers kilomètres notre route enjambe la North Platte River, affluent de la South Platte que nous longeons depuis plusieurs jours maintenant. L’occasion de voir un paysage plus exotique avec quelques lacs et une jolie lumière en ce début de journée.
Très vite nous rentrons dans North Platte (la ville cette fois-ci), où les deux fiertés locales sont que Buffalo Bill, le célèbre chasseur de bisons, a vécu ici (son ranch ainsi que le domaine qui va avec sont d’ailleurs ouverts au public) et que la gare de triage Baley Yard, appartenant à l’Union Pacific, est la plus grande au monde. Rien que ça !
Mais je ne vais pas recommencer avec le trains…
Aujourd’hui nous suivons toujours la highway 30 qui possède une caractéristique jusque là non évoquée : celle de faire partie de la Lincoln Highway, la plus ancienne route transcontinentale d’Amérique. Elle est la première ayant permis aux véhicules motorisés de relier les côtes Est et Ouest des Etats-Unis. Elle s’étend sur 5400km de Times Square (New-York) à Lincoln Park (San Francisco). Mise en service en 1913 elle traverse 14 états
et rassemble 5 highways ainsi qu’une interstate. Nous avançons donc dans un pan de l’histoire états-unienne…
Aujourd’hui est une journée bien agréable. Toujours venteuse certes, mais avec un beau soleil. Nous sommes de bonne humeur, et Serge aussi. Il avance décontracté et apprécie le changement de paysage. Depuis hier le relief arrive tout doucement. Quelques collines par ci par là, et l’horizon n’est plus aussi plat qu’avant. A noter tout de même que nous sommes déjà à plus de 900 mètres d’altitude aujourd’hui, ce qui équivaut à certains plateaux du Massif Central ou même du Jura. Mais le dénivelé risque d’être plus visualisable dans les jours qui viennent avec encore 900 autres mètres à gravir d’ici lundi, pour rejoindre Cheyenne.
En début d’après-midi, la voie ferrée se sépare en deux et nous enjambons celle partant vers le nord. Le charbon semble d’ailleurs provenir de cette voie-là.
Nous traversons Sutherland, petite ville atypique du coin. Les kilomètres suivants marquent de plus en plus la fin des Grandes Plaines. Le paysage est beaucoup plus typique de l’ouest américain. Quelques centaines d’années en arrière et l’on s’attendrait à voir les indiens débarquer d’un instant à l’autre.
Côté faune nous croisons deux bisons (« Adam & Eve » d’après le panneau) élevés en captivité. Serge de son côté apercevra un renard. Et tout au long de l’étape nous aurons croisé bon nombre de fermes où le bétail est élevé en grand nombre, dans des conditions pas toujours très reluisantes pour les animaux.
Serge ayant commencé son étape tard ce matin, il finira en conséquence. D’autant plus qu’il aura mis un bon 10h22’ aujourd’hui. J’en connais un qui va encore bien dormir…
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du vendredi 22 avril: Etape 83