E81: Mercredi 20 avril // Cozad – North Platte

E81: Mercredi 20 avril // Cozad – North Platte

72,11km – 9h59′

Départ ce matin quelques kilomètres avant Cozad.
Heure : 7h25. Température : 41°F. Soit un petit 5°C.
Autant jouer carte sur table, la matinée à été légèrement tronquée de mon côté.
Chaque soir, une fois l’étape terminée la journée ne l’est pas pour autant. Il faut mettre à jour les différents réseaux sociaux, gérer les à-côtés de la couse et préparer la journée du lendemain. Et il se trouve que nous sommes bien souvent dépendants d’une chose : le wi-fi proposé dans les hôtels.
Je suis venu en Amérique avec quelques idées préconçues, comme par exemple celle qu’il n’y aurait aucun soucis avec le wifi ici. Parce que « c’est les Etats-Unis ».
Quelle belle utopie. Ce pays est grand. Très grand. Et certains endroits sont très peu peuplés. C’était donc légèrement avant-gardiste de ma part d’imaginer que je trouverais une connexion internet potable tous les soirs. Et sans cela, la mise en ligne des photos et de la vidéo quotidienne peut prendre un temps fou. C’est ce qui est arrivé hier.
Bref, avant de tomber dans les bras de Morphée sur mon siège passager, j’ai quand même pu voir Serge franchir le 100ème méridien ouest. Celui-ci était signalé par une immense pancarte qui surplombait l’artère principale de Cozad. A noter que les méridiens (ensemble de lignes imaginaires reliant les deux pôles terrestres), mais aussi les parallèles (même chose mais horizontalement, comme l’équateur par exemple) sont à l’origine du découpage de beaucoup de frontières, à la fois de pays mais aussi d’états américains. Et moi qui m’étais toujours demandé pourquoi certains pays Africains étaient si abruptement découpés… j’ai ma réponse.
Le temps de terminer ma nuit… et nous sommes toujours sur la highway 30. Ouf, je n’ai rien loupé. Les rampes permettant une irrigation à pivot central sont toujours là, et ornent chaque champ que nous croisons. Ce système d’irrigation aérienne est légion dans les environs. Il permet de reproduire une pluie artificielle sur les cultures et se prête bien aux terrains plats, comme ici dans les Grandes Plaines.
La route que nous suivons depuis quelques jours est aussi historiquement connue pour avoir été celle empruntée par les mormons, lors de leur migration au milieu des années 1800. Ils avaient pour but de rejoindre Salt Lake City. Nous aurons le temps d’y revenir puisque nous prenons la direction de l’Utah, mais il faut savoir que quelques 86 000 mormons ont pris cette fameuse highway 30 dans le but d’échapper aux persécutions liées à leur religion. Et les conditions de voyage n’étaient pas les mêmes à l’époque. On dénombre près de 6000 personnes ayant péri au cours de l’exode.
Voilà pour la page d’histoire. Concernant Serge, malgré un vent de trois-quarts face il a gardé le sourire toute la journée et n’avait pas terminé en dessous des 10 heures depuis une semaine maintenant ! Toujours en maintenant le cap des 72km/jour. Bravo à lui.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du jeudi 21 avril: Etape 82

E80: Mardi 19 avril // Kearney – Cozad

E80: Mardi 19 avril // Kearney – Cozad

72,54km – 10h07′

Ce matin la ville de Kearney et ses alentours sont plongés dans un épais brouillard.
Nous déposons Serge à la station service près de laquelle il s’est arrêté hier. On en profite pour faire le plein et acheter quelques bidons d’eau. Nous privilégions à chaque fois la « natural spring water », de l’eau naturelle et non reconditionnée.
Le vent qui d’habitude se lève aux alentours de 8h30 ne répond pas présent, laissant la brume stagner autour de nous. Dans ces conditions, pas évident de vous parler de la route et du paysage … car on ne voit absolument rien ! Que du gris ! Difficile même de distinguer Serge qui apparaît au dernier moment lors des ravitaillements.
Personnellement je trouve le spectacle sympa. René un peu moins. Reste que malgré nos avis divergents, nous sommes tous les deux dans cette voiture jusqu’à la fin de la journée. Car le « Run Around the Planet », c’est aussi une histoire de cohabitation. Entre Serge et son équipe bien sur, mais aussi entre les suiveurs.
Rendez-vous compte, cela fait 27 jours que René et moi sommes arrivés à Atlanta. Nous avons passé en moyenne 10h par jour ensemble dans la voiture depuis le 23 mars, ce qui nous donne 270 heures.
Ce qui revient à dire que l’on est resté assis côte à côte pendant un peu plus de onze jours d’affilés. Pratiquement deux semaines ! Et le voyage est loin d’être fini.
A ce niveau-là, c’est forcément une relation particulière qui s’instaure. Chacun a le temps de bien cerner l’autre, ses sujets de prédilection, ses petites habitudes, ses moments de fatigue, ses qualités comme ses défauts, son humour, ses goûts musicaux et j’en passe. J’aurais tendance à apparenter ça à une colocation. Après tout c’est le même principe : vivre à deux au jour le jour sous un même toit (que ce soit celui de l’hôtel ou de la voiture).
Une « colocation nomade » dirons-nous !
Mais il est clair que comme dans toute colocation, il y a des bons mais aussi des mauvais moments. Des jours avec et des jours sans. Ce serait hypocrite de vous décrire une course qui se déroule dans la plus belle des ambiances de la première à la dernière seconde. Et quiconque ayant déjà été suiveur sur une traversée de Serge acquiescera. Le fait de passer autant de temps ensemble, le stress engendré par certaines journées, la fatigue… tous ces facteurs ainsi que d’autres font que ce n’est pas toujours évident. Et heureusement, sinon l’aventure serait quelque peu aseptisée…
Mais ce serait faux de dire que notre binôme ne fonctionne pas. René et moi avons trouvé nos marques, et notre organisation est sacrément bien huilée. Le fait de ne plus être que deux avec Serge ne pose aucun problème. Nous avons tout notre temps pour anticiper les éventuelles échéances de la journée. Et peu importe la fatigue, les jours sans ou les possibles prises de bec, nous faisons tous les deux des concessions car nous sommes ici dans un but commun : celui d’aider Serge à boucler son tour du monde. Et c’est ce qui anime notre motivation quotidienne.

Et voilà, tout juste le temps de finir mon laïus que le soleil commence enfin à percer ce brouillard, révélant ainsi quelques débuts de collines au loin. Et oui, les Rocheuses approchent.
Serge a reçu un coup de fil du docteur Sabatier ce matin, médecin nutritionniste travaillant avec Fleury Michon notre sponsor. Il est en charge du suivi médical de Serge. L’occasion pour notre coureur de lui parler de ses petits coups de mou de début de journée, ainsi que de son harassante toux.
Pour éviter les fatigues passagères, une pincée de sel dans chaque bouteille d’eau de ravitaillement devrait faire l’affaire. Concernant la toux, le docteur valide l’hypothèse des reflux gastriques et pense avoir le médicament adapté. Il va permettre à Laure de se le procurer et elle nous le ramènera lors de sa prochaine venue.
J’ai encore envie de vous parler des trains, mais je ne voudrais pas être redondant. Sachez juste que le trafic ne faiblit pas. Au contraire. Du charbon et encore du charbon.
Niveau paysage, on continue sur la même lancée.
Et quant à l’altitude, idem: 100 mètres de gagnés aujourd’hui. Ca grimpe, tout doucement.
Bonne nuit et à demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mercredi 20 avril: Etape 81

E79: Lundi 18 avril // Grand Island – Kearney

E79: Lundi 18 avril // Grand Island – Kearney

72,42km – 10h13′

Reprise de la course sur la Henry Fonda Highway, dès 7h20 ce matin.
Henry Fonda, célèbre acteur américain, est né ici à Grand Island. C’est d’ailleurs la mère de Marlon Brando (aussi originaire du Nebraska puisque né à Omaha) qui lui a permis de faire ses débuts au théâtre. Le Nebraska n’est peut-être pas l’état le plus attractif des Etats-Unis, mais on notera que deux des plus grands acteurs américains y sont nés.
La journée commence difficilement. Comme un lundi. Nous sommes officieusement repassés en hiver, et avons ressorti gants et bonnets. Le chauffage de la voiture est redevenu notre meilleure ami. Depuis ce matin un épais brouillard est tombé et couvre tout l’horizon.

Le paysage d’aujourd’hui est sensiblement le même que celui d’hier. Depuis que nous avons traversé la rivière South Platte, nous descendons sud-ouest en longeant la voie ferrée.
Toutes les villes traversées sont très représentatives de la conquête de l’ouest passée par le Nebraska. Wood River en est un exemple typique, où les premières personnes qui décidèrent de s’y installer l’ont fait dans le but d’ouvrir des ranchs afin de nourrir et héberger ceux désirant aller plus loin, toujours dans cet espoir de trouver de l’or.
D’ailleurs nous restons impressionnés par le nombre de trains aperçus aujourd’hui… chaque jour le trafic semble de plus en plus dense. A noter les grandes quantités de charbon transportées par certains wagons. Mais d’où vient tout ce combustible ?
Serge est toujours vêtu de sa très fashion « combinaison sac poubelle ». Après s’être aperçu qu’elle avait été parfaitement étanche sur l’étape d’hier, il a décidé de repartir avec.
Le brouillard nous quitte sur le coup de midi, emmenant la pluie avec lui. On y voit enfin un peu plus clair. Néanmoins Serge garde sa combinaison isolante, car le vent continue d’être aussi froid.
Lors du 7ème ravitaillement, une voiture fait subitement demi-tour après nous avoir dépassé. L’homme s’arrête à notre niveau, ouvre sa portière et propose de nous déposer où l’on veut. Je le remercie poliment, en lui expliquant que Serge préfère continuer à pied…
Encore un aperçu de la démesure américaine : vers le 40ème kilomètre se tient une usine de stockage et de traitement du maïs, où un tractopelle creuse à grands coups dans une véritable dune de grains. Impressionnant.
L’après-midi sera plus clément avec nous. La pluie s’arrête et la température est un poil plus agréable. Encourageant mais peut mieux faire.
Dernier point notable : l’altitude. Aujourd’hui nous avons gagné 100 mètres sans même nous en rendre compte. Et pourtant, Cheyenne que nous comptons atteindre d’ici lundi prochain, est situé à plus de 1800 mètres, alors il va bien falloir commencer à grimper !
A demain et bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mardi 19 avril: Etape 80

E78: Dimanche 17 avril // McCool Junction – Grand Island

E78: Dimanche 17 avril // McCool Junction – Grand Island

72,45km – 10h16′

6h30, petit-déjeuner à l’hôtel. La télévision ne parle que d’une chose : la tempête de neige qui sévit en ce moment même dans le Colorado, état dont nous nous rapprochons un peu plus chaque jour. Pas étonnant que le ciel soit si bouché depuis hier. Nous ramassons les restes de cette perturbation, et ça ne devrait pas aller en s’arrangeant. Et dire qu’il faisait plus de 30°C il y a quelques jours…
Vous en conviendrez, les dimanches sont en général des journées assez tranquilles. Alors imaginez un dimanche au Nebraska… ça vaut bien un jeudi en Sibérie.

Petit détour au McDonald’s dans la journée, l’accent franglais fait toujours autant fureur. Surtout dans une région aussi peu touristique que celle-ci. Dans bon nombre d’endroits nous sommes souvent les premiers français rencontrés.
Toute la matinée nous avons joué à cache-cache avec la pluie, mais cet après-midi nous n’y échappons pas. Au départ un petit crachin, rien de bien méchant, mais assez pour que Serge revête sa combinaison « préservatif ». Un sac poubelle transparent, il y enfile les bras, la tête et le tour est joué.
Serge, justement, avance de bon train. Il pleut de plus en plus, mais la température reste douce. Les conditions ne sont au final pas catastrophiques pour un petit jogging de 70 kilomètres ! Rajoutez à cela un trafic dominical faible, et l’on peut ranger cette journée dans la catégorie des « pas géniales, mais pas non plus terribles ».
Les trains eux ne connaissent pas le week-end. Nous en croisons encore un bon paquet aujourd’hui, transportant tous plus de wagons les uns que les autres. Quelle longueur ! En France notre réseau ferroviaire ne permet pas un tel alignement de wagons, alors c’est forcément déroutant de voir des trains aussi longs.
A mesure que nous nous rapprochons de la fin d’étape, la pluie redouble de puissance. Et devient même glacée. Quand on sait qu’à 500 kilomètres de là à Cheyenne, il neige, ce n’est pas étonnant. Mais Serge a commencé la journée avec le sourire, et il compte bien la finir avec !
Dernier moment de suspense : la traversée du fleuve South Platte. Le pont est en rénovation, et n’autorise les voitures qu’à traverser de façon alternée. Pas trop de place pour Serge, mais c’est l’histoire de quelques centaines de mètres. Tout se passe comme sur des roulettes, et nous rentrons avec le sentiment du dimanche accompli.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du lundi 18 avril: Etape 79

E77: Samedi 16 avril // Crete – McCool Junction

E77: Samedi 16 avril // Crete – McCool Junction

72,36km – 10h03′

Ciel menaçant en ce début de journée. Mais pour l’instant pas de pluie.
Nous poursuivons notre route à travers le Nebraska. Les trains en transit sont nombreux ici. Et quand ils sont lancés, leur vitesse est impressionnante !
Sur le coup de 9h30, c’est l’heure du ravitaillement… pour le bétail. Toutes les vaches des fermes avoisinantes sont à la pause déjeuner. Et ici le repas se fait dans la démesure. Chaque ferme croisée comporte plusieurs milliers de têtes à nourrir, et les rations sont directement déversées par camions-bennes et tractopelles !
Hier je vous parlais des dust bowl, ces tempêtes de poussières ayant sévi dans les années 1930. La solution du gouvernement pour les annihiler fut de réduire l’érosion de certains sols jugés trop vulnérables, et qui une fois labourés alimentaient avec l’aide du vent ces tempêtes.
Les autorités ont à la fois réduit le nombre de têtes de bétail, mais ont aussi mis en place la shelterbelt (« ceinture de protection »). Cette véritable barrière naturelle est en fait une vaste opération de reforestation en ligne, s’étendant du Dakota du Nord jusqu’au Texas et ayant permis de freiner l’érosion des sols.
On comprend maintenant mieux la présence de nombreux conifères depuis notre incursion dans le Kansas et le Nebraska.
Mentalement, Serge va bien. Il nous l’a répété hier lors du repas : il prend du plaisir depuis le départ de cette course. Il ne se met aucune pression, alterne course et marche quand il en a envie. Et ça lui convient bien.
Les « ouches » nous font leurs adieux sur l’heure du midi, à l’entrée du Fillmore County.
Deux semaines de pur plaisir passées en leur compagnie ! On les remercie pour leur aide précieuse et leur bonne humeur quotidienne. Et on espère les revoir rapidement sur la course…
L’après-midi se poursuit dans la rase campagne, sous un ciel toujours aussi bouché.
Nous avons changé d’itinéraire pour les prochains jour et bifurquons plein nord à Fairmont, au 60ème kilomètre. Ce changement nous permet de longer l’Interstate 80 plus tôt que prévu, et ainsi tous les hôtels, restaurants et grandes surfaces qui vont avec. Comme nous ne sommes plus que René et moi pour l’organisation quotidienne, c’est un point non négligeable.
A noter que Serge a chuté pour la première fois depuis le départ. Rien de grave, juste « un peu de fatigue et de déconcentration » selon-lui. Soyez rassurés, notre formule 1 est arrivée à bon port et sera prête à repartir dès demain matin.
Bonne nuit tout le monde.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 17 avril: Etape 78

E76: Vendredi 15 avril // Syracuse – Crete

E76: Vendredi 15 avril // Syracuse – Crete

73,44km – 10h10′

Ce matin nous partons tous les cinq en même temps. C’est notre dernière journée complète avec nos « ouches », alors on en profite !
Une grande interrogation subsiste en ce début d’étape : nous avons des doutes concernant l’état des pistes où Serge est censé courir aujourd’hui. Et subir une crevaison en plein milieu du Nebraska ne serait pas la meilleure des idées. Après de nombreuses recherches hier à l’hôtel, nous n’avons obtenu aucune certitude concernant ce point, et c’est avec une légère appréhension que nous nous rendons au départ.
Mais les nouvelles vont être vite rassurantes. Nous nous retrouvons au 3ème kilomètre en compagnie d’une piste certes, mais de bonne facture. Pas forcément l’idéal pour y courir, mais au moins Serge y est tranquille et nos véhicules peuvent rouler en toute sérénité.
Une fois le premier ravitaillement terminé, Emmanuelle et René partent au Walmart de Lincoln, afin de faire un dernier plein avant la réduction d’équipe de demain. De notre côté Philippe et moi assurons le ravitaillement avec classe et brio. Une alchimie est née en ce vendredi 15 avril.
Les seuls êtres vivants que nous croiserons de la journée seront nos amis les animaux. Plusieurs chevreuils du côté de Serge, tandis que Philippe et moi observons quelques écureuils, et même un cardinal (un vrai de vrai cette fois-ci).
Le vent est bel et bien de retour. Sauf que cette fois-ci, il est accompagné d’une poussière très intrusive. La moindre vitre ou porte ouverte laisse à chaque fois de grandes quantités pénétrer à l’intérieur des véhicules. Pas évident, surtout lorsqu’on approche des 30°C.
C’est d’ailleurs cette poussière qui explique en partie la faible densité de population dans le Nebraska, et dans le centre des Etats-Unis d’une manière générale. Car dans les années 1930, la région des Grandes Plaines a été touchée par ce qu’on appelle le Dust Bowl, une série de tempêtes de poussières détruisant les récoltes et ensevelissant les maisons. Cette véritable catastrophe écologique a alors poussé les fermiers à migrer vers l’ouest et notamment la Californie dans le but d’y trouver des jours meilleurs. On estime le nombre de migrants à 3 millions de personnes.
Serge termine son étape aux portes de Crete, où nous dormons ce soir. Demain Emmanuelle et Philippe nous quitteront dans la journée, et c’est une autre organisation qui va devoir se mettre en place pour les prochaines semaines à venir. Bonne nuit à tous.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du samedi 16 avril: Etape 77

E75: Jeudi 14 avril // Dawson – Syracuse

E75: Jeudi 14 avril // Dawson – Syracuse

72,30km – 9h58′

La brume stagne encore dans la campagne environnante lorsque nous partons ce matin. Le lever de soleil est superbe. 7h59’ et pourtant il fait déjà 43°F, soit la température moyenne que l’on avait en journée dans l’Illinois et le Missouri. Ca fait du bien.
Serge court depuis hier sur le côté droit de la chaussée, avec les voitures dans le dos.
Il essaie de calmer le gonflement de son petit orteil droit en utilisant le devers opposé de la chaussée. Et ça fonctionne.
Encore un énième shérif qui s’inquiète de nous voir arrêtés sur le bord de la route. D’ailleurs je vous parle de shérif mais au final nous nous y perdons avec toutes ces visites. A chaque fois leur costume de fonction est différent, et l’on est interpellé par tellement d’officiers qu’on ne sait plus trop à qui on a à faire.
Après quelques recherches j’y vois déjà plus clair : il existe trois degrés de police aux Etats-Unis.
Au premier échelon la police du comté (sous l’autorité du shérif élu par les habitants, comme nous avons pu le voir en Géorgie) et la police municipale (sous l’autorité du maire). Chacune agit sur son territoire respectif.
Ensuite il y a la police d’état, qui dépend du gouverneur et est compétente sur la totalité de l’état en question.
Et enfin il existe les agences de police fédérales, comme le FBI, qui sont dépendantes du gouvernement fédéral des Etats-Unis.
Il est quand même intéressant de noter que, peu importe le type de policier rencontré pour le moment, celui-ci nous témoigne toujours de l’inquiétude et ne vient jamais nous voir de manière suspicieuse. Il y a ici un respect des forces de l’ordre qui est étroitement lié à leur bienveillance envers la population.
Au kilomètre 48 nous bifurquons plein ouest sur la 128. Nous laissons de côté une circulation qui devenait fatigante. Philippe enfile ses running, il ne lui reste plus beaucoup de jours pour courir avec Serge alors il en profite.
Le Nebraska est l’état paraissant le plus vide de ceux traversés jusqu’à présent. C’est aussi le plus pauvre et le plus conservateur des Etats-Unis. Jamais un candidat démocrate ne s’y est imposé depuis 1964.
Au kilomètre 55 nous ravitaillons Serge et Philippe devant une maison abandonnée. Sur son toit cinq rapaces gardent la propriété et nous scrutent d’un mauvais œil.
Le vent a fait son grand retour cet après-midi, mais celui-ci est bien moins pénible lorsqu’il fait chaud. Notre route a quant à elle repris sa direction plein ouest après cette brève remontée vers le nord.
Serge termine en trombe son étape et finit avec un nouveau chrono sous la barre des 10 heures. Demain nous partirons un peu plus tôt que prévu car nous avons un peu de route pour retrouver notre point de départ. Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du vendredi 15 avril: Etape 76

E74: Mercredi 13 avril // Robinson – Dawson

E74: Mercredi 13 avril // Robinson – Dawson

72,32km – 10h10′

Bonjour à tous. Ici le soleil brille à pleine puissance depuis le début de la journée.
Malgré notre courte incursion dans le Kansas, celui-ci nous offre sa plus belle facette météorologique !
Serge nous confie avant le départ qu’il commence à « être fatigué de sa toux ». Nous sommes donc missionnés de trouver quelque chose qui pourrait le soulager. Cette toux est quelque peu énigmatique, mais nous la soupçonnons toujours d’être due à des reflux gastriques. En tout cas elle persiste depuis Miami.
Au 30ème kilomètre, deux évènements d’une importance extrême nous attendent. Premièrement, le passage des 5 000 kilomètres, en 73 jours, 7 heures et 29 minutes. Rien que ça. Puis deuxièmement, nous quittons la route 36. Oui vous m’avez bien lu, nous en avons fini avec elle ! Après y avoir passé 5 jours et demi, et 393 kilomètres en sa compagnie, nous la laissons s’échapper vers l’ouest direction Denver, tandis que nous remontons plein nord.
Pour ma part je trouve les routes états-uniennes complètement démentielles. A pays démesuré, routes démesurées. Leur architecture témoigne de la jeunesse des Etats-Unis. Elles offrent beaucoup de place pour rouler et l’on sent qu’elles ont été pensées avec modernité. Rendez-vous compte, cette route 36 est longue de 2 276 kilomètres, et avance imperturbablement d‘ouest en est, sans jamais dévier de sa destination.
Mais revenons à notre étape. Pour info, René vient enfin de résoudre le « mystère des bétaillères vides ».
Aucune des bétaillères qu’il avait aperçues n’avait d’animaux à l’intérieur. Et cela lui triturait les méninges. La réponse à cette énigme ? Les animaux sont transportés de nuit, afin de leur éviter un voyage trop compliqué à cause de températures trop élevées.
Notre nouvelle compagne donc, s’appelle la route 75. Un peu plus courte certes (seulement 1 994 kilomètres…) mais pour le moment tout roule avec elle. Serge a de la place pour courir et le cadre est agréable.
La journée continue et nous entrons dans le Nebraska au 50ème kilomètre, après seulement 100 kilomètres parcourus au Kansas ! Et oui, déjà !
Un panneau marque la limite entre ces deux états, avec un slogan annonçant « Nebraskathe good life », (comprendre « Nebraska… la belle vie »). Nous n’en demandions pas autant.
La présence de conifères se faisait de plus en plus sentir ces derniers miles, et la tendance se confirme. Le paysage est vaste et l’horizon s’étend très loin. L’herbe sèche a pris le dessus sur l’herbe verte, donnant ainsi à ce début de Nebraska un côté un peu désertique.
Aucun nuage n’aura été aperçu de la journée, nous rentrons tous à l’hôtel un peu groggy par ce soleil, mais heureux de cette journée. A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du jeudi 14 avril: Etape 75

E73: Mardi 12 avril // Easton – Robinson

E73: Mardi 12 avril // Easton – Robinson

72,16km – 9h57′

Ce matin les équipes retrouvent leur composition habituelle. La défense centrale Girard – Girard débute d’entrée avec Serge tandis que le duo d’attaquants « Ouches » entrera en jeu plus tard. Le premier ravitaillement est l’occasion de parler de la rencontre de ce soir. Manchester ou le PSG ? Avec le décalage horaire, le match n’est finalement que dans quelques heures…
Très vite nous approchons de St Joseph où nous avons dormi cette nuit. C’est une des plus grosses villes du Missouri, avec environ 70 000 habitants. Beaucoup de gens des alentours s’y rendent le matin pour aller y travailler, ce qui rend la circulation assez dense de bonne heure.
Nous continuons de suivre la highway 36 qui s’engouffre à travers la ville pour ensuite déboucher sur le Pony Express Bridge (St Joseph ayant été une des deux destinations finales du Pony Express, service de distribution du courrier à cheval entre 1860 et 1861, qui fut ensuite suppléé par l’arrivée du chemin de fer).
Serge l’emprunte, le passage est légèrement périlleux car peu adapté aux piétons, mais heureusement la circulation a baissé en intensité depuis ce matin.
Sitôt le fleuve Missouri enjambé, nous voilà dans le Kansas. Le septième état depuis Miami, après 314 kilomètres parcourus dans le Missouri.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la différence est radicale. La highway 36 devient ici une 2×1 voie, pas forcément plus agréable à parcourir (l’unique voie ne permet pas aux camions de se déporter lorsqu’ils aperçoivent Serge, le bas-côté s’est resserré et la vitesse est toujours limitée à 104km/h pour tous les véhicules). Notre 2×2 voies, avec laquelle nous avions des envies de divorce, nous ferait presque regretter d’avoir officialisé notre séparation. La circulation est dangereuse ici.
Au kilomètre 30 Serge s’arrête au véhicule. Début d’échauffement du pied droit, alors il se l’enduit de Nok.
Le paysage de ce début de Kansas est nettement plus morne. Pour l’instant le nombre d’habitations croisées se comptent sur les doigts d’une main, et les sorties de la grande route sont beaucoup moins garnies en commerces et stations services que précédemment. Nous nous enfonçons lentement mais surement dans des paysages de plus en plus arides.
Au 55ème kilomètre Serge est forcément déçu d’apprendre la défaite du PSG. Décidément, quand ça ne veut pas… Mais cela n’entrave pas le moral de notre coureur, qui aura été loquace et blagueur tout au long de la journée, notamment avec l’aide de Philippe qui l’aura encore accompagné sur une partie de son étape. Nous terminerons la journée en attendant Serge sous un soleil qui a définitivement fait son retour. Les prochaines journées s’annoncent de plus en plus chaudes.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mercredi 13 avril: Etape 74

(Quelques petits soucis avec la caméra, on essaie de régler ça dès demain)

E72: Lundi 11 avril: Breckenridge – Easton

E72: Lundi 11 avril: Breckenridge – Easton

72,27km – 10h17′

Tout le monde s’est donné rendez vous au petit déjeuner, car nous avons changé les équipes. Emma et Thomas iront à Kansas-City faire des courses et Philippe et moi même assurerons les ravitaillements de Serge. Question température, ce matin, c’est correct si l’on excepte le vent qui est déjà présent de bonne heure. Pas réjouissant pour notre coureur qui part bien couvert et avec le collant, long. La journée risque d’être dure sur la highway 36 que nous garderons encore tout au long de l’étape. Hier, après la pluie nous avons cru en une amélioration progressive de cette météo qui ne nous gâte décidément pas trop. Nous avons entendu des grenouilles et vu des mouches pour la première fois. Nos amis les oiseaux sont absents. Le soleil nous boude, il a fait quelques essais pour percer les nuages mais sans succès pour l’instant. Si ! vers 10h00, il y parvient enfin et cela fait un bien fou. Le paysage n’a pas vraiment varié par rapport aux jours passés, peut-être un peu moins de zones cultivées, plus de terrains en jachère. Les agglomérations sont proches de l’US 36 mais très peu sont traversées, aujourd’hui ce sera le cas de Hamilton, Cameron et Osborne. Notre arrivée devrait se situer au sud de Clarksdale. Notre Sergio à l’air détendu, pas très bavard mais on a l’habitude, il n’est pas là pour papoter. Nous prenons le temps d’aller jusqu’à Cameron entre deux ravitos pour acheter du ”chaud”, pour notre runner et nous et revenons à temps à l’endroit prévu. Comme l’envie vient en mangeant, une petite suggestion, et s’il se payait une petite friandise au Km55. Pourquoi pas ! Et on va lui acheter une en passant à une sortie d ’autoroute, où sont concentrés tous les commerces de services, souvent associés aux distributeurs de carburants. En ce qui concerne ces stations – services, la concurrence est rude, on voit cela aux tarifs pratiqués, annoncés par de gigantesques panneaux lumineux. Depuis que nous sommes au Missouri, le tarif de l’essence est en moyenne inférieur à 1,85 dollar le gallon et le gazole quasi au même prix. Allez les jeunes (et les moins jeunes) à vos calculettes ou vos ordinateurs, qu’elle est la différence avec la France ?  A part cela quelles nouvelles sur le tour du monde ? et bien Serge approche des 5000 km, ce devrait être pour mercredi, il avance, il mange et dort bien, tous les voyants sont au vert. Et sinon comme hier, deux visites sympathiques de la police, pas de remarque plutôt un brin de curiosité et d’étonnement.  En résumé, une étape calme finissant sous un beau soleil, que demander de mieux ? Ce soir, nous dormons à St Joseph que nous traverserons d’Est en Ouest demain , ainsi que la rivière Missouri. Arrivés sur l’autre rive nous serons déjà au Kansas, le septième état du continent. L’étape se terminera avec un compteur à  72,27 km ceci dans un temps de 10H17 ! Bravo à  Sergio car le vent ne l’a pas épargné. Le rédacteur du jour vous salue et vous donne rendez-vous demain avec Thomas. A suivre ! FIN.

(Pas de photos dans la galerie aujourd’hui, on reprend dès demain.)

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mardi 12 avril: Etape 73