E87: Mardi 26 avril // Altvan – Rd 210

E87: Mardi 26 avril // Altvan – Rd 210

42,12km – 6h25′

Chaque matin c’est toujours avec ce même mélange d’appréhension et d’excitation que je regarde la météo américaine. Un peu comme le loto chez nous, celle-ci pourrait tout autant arborer le slogan « A qui le tour ? »
Mais qui sera donc le prochain état à essuyer sa tempête locale ?
Car dans ce pays tellement vaste où toutes les sortes de climats sont représentés, les présentateurs météo ne s’ennuient jamais.
Chaque jour c’est une nouvelle perturbation qui s’abat sur un coin de la carte: pour vous citer de mémoire les récents évènements, nous avons eu écho d’une tempête de neige dans le Colorado, d’énormes orages provoquant des inondations à Houston, d’averses de grêle faisant voler en éclat les pare-brise à Kansas City et même d’une mini tornade sur un campus, qui a offert son premier baptême de l’air à une étudiante. Et chaque jour c’est une nouvelle alerte météo qui fait parler d’elle.
Et aujourd’hui, bingo : c’est notre tour.
De la neige était prévue certes, mais pas en de telles quantités !
Avant tout, reprenons notre journée depuis le début. Réveil à 5h45 ce matin, car Serge avait rendez-vous sur Skype avec les jeunes de l’ADAPT et du collège Jean Renoir. L’occasion de répondre à leurs questions et de témoigner de son avancée au pays de l’oncle Sam.
A ce moment-là déjà, la neige tombe bien, mais nous sommes encore loin d’imaginer la matinée qui nous attend. Départ de l’hôtel à 7h, direction une quinzaine de kilomètres avant Cheyenne. Le temps de faire le chemin, et nous mesurons alors l’ampleur des dégâts. Les voitures circulent difficilement à cause des tombées de neige qui ne font que s’intensifier. Arrivés au point de départ, on se croirait tout simplement sur les pistes. A la différence que nous n’avons ni ski, ni raquettes. Serge est blindé de vêtements chauds, mais il ne se fait guerre d’illusions : la journée risque d’être glaciale.
Pas facile d’ailleurs de ravitailler notre coureur dans de telles conditions : le traditionnel café/muffins du 5ème kilomètre se révèle être un véritable parcours du combattant. D’ailleurs Serge en profite pour déjà changer de chaussures, car ses pieds sont congelés.
La suite de la matinée est une progression à tâtons à travers cette épaisse tempête. A aussi haute altitude, nous sommes carrément à l’intérieur de la dépression !
Pratiquement toutes les voitures croisées s’arrêtent pour nous demander si tout va bien, et surtout si Serge va bien. Physiquement ou mentalement, à vous d’interpréter, mais certains « Is he okay ? » prêtent à confusion.
Au 20ème kilomètre, alors que nous avons pratiquement terminé de traverser Cheyenne et que la progression de Serge est de plus en plus réduite à de la marche, nous décidons d’arrêter l’étape. En effet la suite du parcours prévoyait de quitter la civilisation, et de prendre la 210, une route de montagne forcément enneigée à cette heure-ci. De retour à l’hôtel nous constatons avoir pris la bonne décision. Un site américain permettant de connaître l’état des routes en temps réel, nous indique que la 210 est tout simplement fermée. Et aux Etats-Unis ça ne rigole pas, quiconque pris en train de rouler sur une route interdite à la circulation encours jusqu’à 750$ d’amende et 30 jours de prison !
Commence alors une autre journée, quelque peu perturbante. Il est 11h, et nous sommes tous les trois dans la chambre, orphelins de notre rythme quotidien. Pour Serge cette situation est une grande première depuis le départ (en excluant le jour de pause à Miami bien sûr). Nous regardons la météo à venir et en profitons pour avertir les hôtels des prochains jours que nous ne serons pas là dans les temps. Nous mangeons tous les trois sur l’heure du midi, mais là encore Serge n’est pas habitué à un tel rythme et n’a donc pas très faim. En début d’après-midi, René et moi profitons de ce temps de libre pour aller faire des courses. Serge nous accompagne, et redécouvre pour la première fois la civilisation depuis le départ de Paris. Et ça ne lui avait pas manqué.
Au fur et à mesure de l’après-midi le ciel se dégage, et les rayons du soleil commencent à percer le voile nuageux. La neige fond aussi vite qu’elle est arrivée.
Après un rapide coup d’œil en voiture, la 210 semble maintenant praticable, Serge décide de repartir. 3 heures et 22 kilomètres plus tard, il revient à l’hôtel heureux d’avoir minimisé les dégâts pour cette journée. Et surtout d’avoir eu sa dose quotidienne de course à pied.
A demain et bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect (matin) // Garmin Connect (après-midi)

Parcours du mercredi 27 avril: Etape 88