E85: Dimanche 24 avril // Sidney – Bushnell

E85: Dimanche 24 avril // Sidney – Bushnell

72,10km – 11h16′

Nous commençons notre 85ème étape à la sortie de Sidney. De nombreuses collines parsemées de roches jalonnent les deux côtés de la route. Il fait bon et le ciel est presque entièrement bleu. Seul un amas de nuages gris nous attend au nord-ouest. Pile dans notre direction. Mais pour le moment ils sont encore loin.
Nous longeons toujours la voix ferrée et tout va pour le mieux : les trains nous envoient d’amicaux coups de klaxon, les oiseaux chantent, le soleil brille et la chaise de camping est rentabilisée à son maximum entre chaque ravitaillement… bref, la vie est belle.
Rarement, de mémoire de suiveur, je n’ai vu Serge aussi heureux sur les premiers kilomètres d’une étape. Cette bonne humeur est de toute évidence communicative, car c’est bien connu : quand Serge va, l’équipe va.
Néanmoins, à mesure que nous avançons dans la matinée, cet amas nuageux se rapproche de plus en plus. Et peu avant le 25ème kilomètre, alors que je suis en train de m’assurer que l’assise de la chaise est toujours aussi confortable, le soleil disparaît. Je lève la tête : les nuages se sont considérablement rapprochés. Et sacrément vite ! Pas même le temps de comprendre que les vacances sont terminées que de violentes bourrasques nous tombent dessus. Une multitude de choses commencent à s’envoler dans tous les sens, dont notamment les fameuses « boules d’épineux » qui traversent la route sans demander l’autorisation à qui que ce soit. Allez hop, on remballe tout ! Le ciel a maintenant des allures quasi-apocalyptiques avec un trait gris foncé s’étendant du nord au sud, et se rapprochant lentement vers nous tel un rouleau compresseur. Quel ascenseur émotionnel ! Je tenais entre mes mains la journée idéale, et celle-ci s’est juste envolée…
Bien évidemment, je ne suis pas le plus à plaindre. Et je vous laisse deviner dans quelle direction souffle le vent. Bingo : dans la mauvaise. D’ailleurs Serge renfile son bas de course au 6ème ravitaillement. « Je suis congelé » me dit-il.
Au 35ème kilomètre c’est la pluie qui s’invite à la fête. Pourquoi pas ! Plus on est de fous, plus on rit ! Serge en profite alors pour arborer sa tenue du dimanche, la maintenant célèbre « combinaison-sac-poubelle ». Mais alors qu’il devrait être blasé par la tournure des évènements, il semble relativiser et garde le sourire, blaguant même pendant les ravitos. Serge a le moral, et tant mieux car la pluie redouble de puissance, et les quelques voitures qui croisent sa route lui envoient de bonnes gerbes d’eau.
Mais tout comme les blagues, les pluies les plus courtes sont aussi les meilleures. Et celle-ci a décidé d’être bien nulle. L’après-midi se poursuit et la fatigue commence à se faire sentir. Serge prend son mal en patience mais cette fin d’étape est bien longue, d’autant que tout ce vent le ralenti considérablement, le forçant même à trottiner ou à marcher…
Vous vous en doutez, de notre côté ce n’est pas la journée du siècle. Difficile de vous parler de la route tant nous restons cloîtrés dans le véhicule. C’est peut-être un peu Havrais comme philosophie, mais je me dis qu’après trois jours d’aussi beau temps, il fallait bien payer l’addition à un moment donné !
Au kilomètre 55 nous arrivons à Kimball, dernière ville traversée du Nebraska. Particularité : c’est la plus perchée de tout l’état du Nebraska ! 1437 mètres d’altitude ! Et c’est vrai que tout au long de ces derniers jours, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir cette sensation d’être à la montagne. Que ce soit le vent, le ciel, les nuages ou même le soleil, tout me donnait l’impression d’être sur les pistes, mais sans le relief. Inhabituel, non ?
Serge termine son étape une vingtaine de kilomètres après Kimball, au niveau du Oliver Reservoir Recreation Area, sorte de station balnéaire locale. Plusieurs fois on aura cru à l’éclaircie, mais finalement non. Au total il aura fallu 11h16 à notre coureur pour terminer son étape du jour, le vent ne l’ayant pas du tout aidé.
Demain nous clôturerons cette page du Nebraska afin d’en ouvrir une nouvelle, la dixième de ce chapitre américain. En attendant ce soir c’est pizza au menu, et tout le monde l’a bien mérité. Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du lundi 25 avril: Etape 86