E91: Samedi 30 avril // Fort Steele – Creston

E91: Samedi 30 avril // Fort Steele – Creston

72,41km – 10h07′

Et oui mesdames et messieurs, aujourd’hui nous inaugurons notre quatrième jour consécutif sous la neige ! Record en cours !
Nous prenons la route peu après 7h. Mais très vite nous nous retrouvons bloqués par les flocons. L’Interstate 80 est encore en cours de déblaiement entre Sinclair et Laramie. Des dizaines de camions sont arrêtés, et une barrière empêche l’accès à l’autoroute. Nous attendons avec eux. Par chance, les services d’entretien ne mettent pas longtemps à rouvrir la route. La chaussée est encore très glissante et René roule prudemment. Nous déposons Serge à son point de départ, qui commence à courir avec une heure de retard. Pas pratique sachant que ce soir nous devons retourner dormir à Rawlins, avec pratiquement 50km de route.
N’ayant pas le droit de nous arrêter sur l’Interstate, nous allons devoir user du mieux possible les différentes sorties qui s’y étalonnent tout au long de la journée. La première est à 10km. Serge décide de la rejoindre sans être ravitaillé. Il avale son café et ses muffins, et se lance. Nous partons l’attendre de l’autre côté.
Entre temps nous avons repéré un autre chemin, beaucoup plus calme, qui serpente autour de l’Interstate. Une fois notre coureur retrouvé, nous l’y faisons bifurquer. Le trafic est déjà très important à cette heure-ci, d’autant que tous les camions bloqués durant la matinée rentrent maintenant par dizaines sur l’Interstate. Serge apprécie donc cet itinéraire bis. Notre chemin passe dans Sinclair, petite ville d’environ 400 habitants, portant le même nom qu’une chaîne de stations essence assez répandue aux Etats-Unis. D’ailleurs leur complexe pétrochimique est tout simplement collé à la ville. Ceci explique cela. On passera vite notre chemin, car ni le paysage ni les odeurs ne sont très agréables.
Sur ses dix premiers kilomètres d’Interstate, Serge aura réussi à se faire arrêter par la highway patrol (échelon de la police assurant la sécurité des routes). Le policier, plutôt blagueur, lui aura juste demandé : « is it really your choice ? » (« est-ce vraiment votre choix ? »), ce à quoi Serge a répondu en approuvant. La bonne nouvelle, c’est que nous avons maintenant la certitude qu’il n’est pas interdit de courir sur cette route.
Après le 20ème kilomètre nous traversons Rawlins, où nous avons séjourné hier. Cette ville possède un nombre incalculable d’hôtels et de restaurants en tout genre. Nous sommes en effet ici sur la sortie de l’Interstate la plus directe pour aller au célèbre parc national de Yellowstone. Celui-ci est devenu le premier parc national au monde en mars 1872, après que le gouvernement américain eût envoyé des expéditions pour vérifier si les rapports sur cet endroit s’avéraient vrais. En effet, les deux premiers américains à l’avoir exploré furent John Colter en 1807, et Jim Bridger en 1827. Néanmoins, leurs rapports de l’époque ne furent pas pris au sérieux, et plutôt considérés que comme des contes et des légendes tant les faits relatés étaient exotiques (Yellowstone abrite deux tiers des geysers de la planète, et possède une faune d’une richesse rare).
Après avoir traversé Rawlins, nous reprenons notre route sur l’Interstate 80. Pour l’instant tous les ravitaillements se calent presque parfaitement sur chaque sortie. Certains parleront de chance, personnellement j’opterais –tout gonflage de cheville exclu- pour de « l’expérience ». Et oui, on ne négocie pas avec une interstate, on la dompte.
Serge rencontre sa deuxième highway patrol en début d’après-midi. Cette fois-ci un peu moins blagueuse. Il est prévenu qu’en cas de verglas, il est impératif qu’il s’arrête de courir car trop de gens ici finissent dans le fossé à cause du gel, et Serge en courant sur le bas-côté est une cible facile. Le policier terminera néanmoins sur une note rassurante, en expliquant que ce mauvais temps devrait se terminer demain après-midi.
Même si pour être franc avec vous, cette journée est loin d’être un calvaire. Certes la route et les conditions sont mauvaises, mais j’ai toujours l’impression que lors des journées les moins marrantes sur le papier, une sorte de « serrage de coudes collectif » se met en place entre les membres de l’équipe. Déjà que la journée n’est pas très fun, alors on ne va pas en plus se morfondre !
Notre fin d’après-midi alterne les averses de neige fondue et les quasi-éclaircies. Le vent s’est aussi levé, et les nuages défilent sur le plateau.
C’est à notre tour de recevoir la visite de la patrol, qui nous donne son numéro de téléphone en nous expliquant qu’elle est au courant pour Serge, qu’elle assure la sécurité jusqu’à Rock Springs et qu’au moindre souci nous pouvons les appeler. Ca c’est de l’aide à la personne !
Petite difficulté avant de clôturer cette journée: aucune sortie sur l’Interstate n’est prévue pendant 14km. Nous proposons à Serge de passer lui déposer un ravitaillement vite fait bien fait au milieu de cette portion, mais il préfère l’emmener dans son sac à dos. C’est donc un Serge en complète autonomie qui termine son étape, et qui -comme une récompense- tombera finalement sur une Interstate complètement vide pour ses quatre derniers kilomètres. L’autoroute étant en travaux sur la voie Ouest, tout le trafic est déporté du côté Est, lui laissant le chemin libre. Le rêve.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 01 mai: Etape 92