E89: Jeudi 28 avril // Road 287- Medecine Bow

E89: Jeudi 28 avril // Road 287- Medecine Bow

72,69km – 10h12′

Départ de Laramie ce matin, direction une bonne dizaine de kilomètres au nord.
Nous reprenons notre progression vers Medecine Bow à bord de la highway 30.
Aaaah la highway 30… elle m’avait presque manqué. Je pense qu’une fois rentré en France, je vais passer mes nuits à rêver d’Interstate, d’highway et de bas-côtés avec comme fond sonore une voix de GPS diabolique, m’invectivant de tourner à droite ou à gauche !
Mais pour l’instant nous sommes dans le Wyoming, et depuis ce matin nous traversons un véritable no man’s land. Le nombre de véhicules croisés en une heure se compte sur les doigts de la main. La plaine s’étend jusqu’à l’horizon, et sans les quelques arbres qui parsèment le paysage, on pourrait se croire sur la banquise.
Cela fait plusieurs fois que nous apercevons des panneaux évoquant le « Sand Creek Massacre ». Avec toutes les péripéties de ces derniers jours, je n’ai même pas eu l’occasion de vous parler des Indiens. Tout le monde les connaît, ces peuples d’indigènes qui occupaient les Etats-Unis avant l’arrivée des Européens. Ils vivaient essentiellement de la chasse au bison, animal très répandu à cette époque dans les Grandes Plaines. L’arrivée des colons à la fin du XIXème siècle a complètement perturbé le mode de vie des Indiens. Parfois dans le bon sens (exemple des Espagnols qui ont introduit le cheval aux Etats-Unis, les Indiens après avoir découvert cet animal ont pu améliorer leurs techniques de chasse), mais bien souvent dans le mauvais sens. Les nombreux enjeux et conflits européens quant à la « découverte du Nouveau Monde » ont eu raison des Indiens qui resteront à jamais les éternelles victimes de cette colonisation. Et le massacre de Sand Creek est l’un des tristes mais nombreux exemples du drame qu’ils ont vécu. En novembre 1864, dans le Nord-Est du Colorado, alors que la tension était à son comble entre Blancs et Indiens, ces derniers pensaient avoir trouvé un accord. En effet, les Américains leur avait promis que tant qu’ils resteraient dans leur campement, et y feraient flotter le drapeau des Etats-Unis, ils ne seraient pas inquiétés par les soldats.
Les Indiens ayant confiance, ils laissèrent leurs meilleurs hommes partir à la chasse. Un matin, le colonel Chivington mena une offensive avec 800 hommes, ne laissant aucune chance aux 500 personnes restées au camp (dont en majorité femmes, vieillards et enfants). Seul le capitaine Silas Soule refusa de suivre les ordres lorsque l’assaut fut donné, en demandant à ses hommes de ne pas attaquer le drapeau de son pays.
Celui-ci témoignera plus tard devant la court martiale, expliquant les agissements de Chivington, alors que ce dernier déclarait avoir combattu des indiens hostiles. Malgré le témoignage de Soule et la condamnation qui s’en suivit, le colonel Chivington sera sauvé par l’amnistie générale qui sera décrétée suite à la fin de la guerre de Sécession.
Ceci n’est qu’une des nombreuses histoires qui composent ce qu’on appelle les « Guerres indiennes ». La liste de combats est très longue et s’étale sur plusieurs centaines d’années.
Mais revenons à notre étape. Au 43ème kilomètre plus précisément. Après avoir ravitaillé Serge pendant plusieurs heures complètement désertiques, une maison apparaît. Puis deux, puis trois. Bienvenue à Rock River et ses 245 habitants, autrement dit le centre névralgique des environs. « L’endroit où tout se passe » oserai-je même dire.
Etant donné que les soirées étudiantes ont généralement lieu le jeudi soir, René et moi espérions trouver une boîte de nuit. Autant vous dire que c’est raté.
Notre traversée de Rock River va quand même marquer un tournant dans notre journée. Car pas le temps de sortir de cet immense patelin que nous nous retrouvons en plein cœur d’une tempête de neige. En quelques minutes nous sommes passés de plusieurs dizaines de kilomètres de visibilité, à une centaine de mètres tout au plus. La neige tombe maintenant abondamment. Nous faisons la rencontre de Carol qui, ayant vu Serge courir dans ces conditions, s’arrête à notre niveau et nous propose l’hébergement au cas où la météo deviendrait trop difficile, et entraînerait une fermeture des routes. En voilà une personne bienveillante !
Fort heureusement, la neige ne tient pas sur le bitume, et nous rejoignons Medecine Bow en fin d’après-midi. Néanmoins la vraie question maintenant, reste de savoir si nous pourrons repartir demain. Au vu de la météo annoncée cela semble bon, mais nous en aurons le cœur net une fois la nuit passée.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du vendredi 29 avril: Etape 90