E98: Samedi 07 mai // Wellsville – Layton

E98: Samedi 07 mai // Wellsville – Layton

72,60km – 10h28′

Après avoir avancé plein ouest pendant plusieurs semaines, notre route prend maintenant la direction du sud. Car oui, avant d’aller chercher le Canada, notre allons tout d’abord descendre récupérer quelques degrés bien mérités dans l’Arizona, puis le Nevada.
Serge reprend son ascension des Wellsville Moutains dès le début d’étape. Au risque de me répéter : c’est toujours aussi beau. J’ai l’impression que peu importe la météo et l’heure qu’il est, nous sommes partis pour nous régaler.
Au 15ème kilomètre, nous sortons des montagnes et longeons Brigham City. Au départ appelée Box Elder, l’appellation de cette ville fut modifiée en hommage à Brigham Young. Car c’est ici qu’il fit son dernier sermon en public, en 1877, peu avant sa mort.
Brigham Young était le deuxième président de l’église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Plus communément appelés les « mormons ».
Je vous en ai déjà parlé durant le Nebraska, mais les pratiquants de cette religion qui a vu le jour en 1830 à New York, ont vécu un véritable calvaire, les obligeant à migrer vers l’ouest.
Après avoir fuit le Missouri (un décret d’extermination avait été lancé à leur encontre), ils s’installèrent tout d’abord en Illinois, et fondèrent la ville de Nauvoo. Joseph Smith, le fondateur de cette communauté, devient tout naturellement le maire mais aussi le juge de cette ville. Opposé à l’esclavage des noirs, il annonce sa candidature à la présidence des Etats-Unis en 1844. Ses détracteurs craignant l’accroissement de la population mormone et la perte des élections, Joseph Smith est accusé de vouloir rétablir une théocratie et de pratiquer la polygamie. A 38 ans, il est emprisonné puis assassiné à Carthage par une foule d’émeutiers.
C’est cet événement qui marque alors le début de l’exode des mormons. Brigham Young succède au défunt Smith, et c’est lui qui conduit les pionniers à travers plus de 2000 kilomètres de route vers l’ouest (en chariots ou même à pied), pour finalement arriver jusqu’à la vallée du Grand Lac Salé, encore totalement déserte à l’époque, et où il décidèrent  de s’installer et de prospérer.
L’église de Jésus-Christ des saints des derniers jours compte de nos jours 6 millions de membres aux Etats-Unis, et 15 millions dans le monde entier.
Dans la foulée de cette parenthèse historique, nous commençons justement à apercevoir le Great Salt Lake (Grand Lac Salé),  dont l’histoire est étroitement liée avec la ville de Salt Lake City.
Cette étendue d’eau de 4400 kilomètres² est connue pour sa teneur en sel très élevée. C’est d’ailleurs le plus grand lac salé de tout le continent américain. A l’échelle mondiale il fait partie des 50 plus grands lacs, et se classe même comme le 4ème plus grand lac endoréique au monde.
On dit d’une étendue d’eau qu’elle est endoréique lorsque tout apport hydrique (comme la pluie par exemple) ne peut s’échapper que par évaporation ou infiltration. C’est le cas du Great Salt Lake, qui ne communique pas avec l’océan et dont l’eau stagnante, une fois évaporée, laisse son iode sur place.
Pour information le plus grand lac endoréique au monde n’est autre que la mer Caspienne. La mer Morte est aussi un bon exemple.
Le Grand Lac Salé a donc joué un rôle important dans l’installation des mormons à Salt Lake City, car sa présence a considérablement adoucit les températures d’une région normalement très aride.
Pendant plusieurs jours nous allons donc traverser Salt Lake City et sa banlieue, qui s’étendent sur un axe nord-sud, à l’étroit entre l’eau et les montagnes. C’est assez particulier à voir mais vraiment très joli.
Alors que nous rentrons dans Willard, un raid de motards arrivent face à nous, encadrés par des policiers à moto. Les gyrophares hurlent dans tous les sens, tandis que les bikers tracent tranquillement leur route. Ils repasseront même une deuxième fois dans l’après-midi.
La civilisation. Cela faisait quand même un moment qu’elle nous avait quitté. En remontant le chemin à l’envers, Wyoming, Nebraska, Missouri, Illinois, Kentucky… En fait je ne pense pas que nous ayons traversé d’aussi grosses agglomérations depuis notre arrivée à Atlanta.
On voulait voir du monde, et bien on est servi ! De la circulation, en veux-tu, en voilà !
C’est vrai que cet axe est très emprunté en fin de journée, surtout aux heures de fin de travail, et il n’est pas forcément évident de manœuvrer ainsi que de ravitailler Serge au milieu de toutes ces voitures. Mais niveau praticité, nous avons tous les magasins nécessaires à porté de main. Besoin de trouver un hôtel ? De faire de l’essence ? Des courses ? Pas nécessaire de faire des kilomètres dans tous les sens.
En parlant de courses, René et moi lâchons Serge pendant trois-quarts d’heure en ce début d’après-midi, le temps de passer faire le plein au Walmart. On en profite car le chemin n’est pas compliqué : il suffit juste de suivre la 126 plein sud. Cette route emmènera notre coureur à travers de nombreuses villes toutes collées les unes aux autres.
En fin d’étape Serge accuse le coup. Des douleurs au ventre pendant toute l’après-midi, et un coup de fatigue sur la fin. Il me confie que les montagnes russes que nous affrontons depuis plusieurs jours y sont sûrement pour quelque chose.
Et qu’il a peut-être forcé un peu ces derniers jours, montant sa moyenne à 7,4 voir 7,5 kilomètres par heure, alors qu’elle devrait plutôt se situer aux alentours de 7.
S’en est suivi une chute en fin d’étape. Rien de bien grave, quelques égratignures au genou gauche mais la jambe peut courir normalement. Une bonne nuit de repos et notre formule 1 sera prête pour le départ de demain.
Demain qui sera tout sauf une journée banale, puisque nous traverserons Salt Lake City ! Plein de choses intéressantes à vous raconter.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 08 mai: Etape 99

E97: Vendredi 06 mai // US 89 (col de Garden City) – Wellsville

E97: Vendredi 06 mai // US 89 (col de Garden City) – Wellsville

72,10km – 9h51′

Cette nuit tout le monde fût réveillé par une « AMBER ALERT ». C’est la deuxième fois que nous en recevons une depuis que nous sommes aux USA. Ces messages, qui arrivent sur les téléphones portables, sont en fait des alertes destinées à une population située dans un périmètre bien précis. La plupart du temps, elles concernent une voiture volée : sa description, son numéro d’immatriculation ainsi que l’endroit où elle a été dérobée sont autant d’éléments contenus dans le message. Mais cela peut aussi concerner des enlèvements d’enfants, ou encore l’arrivée d’une tornade dans les environs.
Et croyez-moi, si votre portable n’est pas en silencieux, vous ne pouvez échapper à cette « sonnerie » qui accompagne le message, caractérisée par un son fort, aigu et continu. La première fois que j’ai reçu une Ambert Alert j’ai bien cru qu’il se passait quelque chose de très grave… d’autant plus que ça arrive à chaque fois au beau milieu de la nuit.
Donc oui, cette nuit un voleur parcourait les rues de Salt Lake City au volant d’une Cadillac blanche. On lui souhaite une bonne course poursuite avec la police.
De notre côté, pas d’altercations prévues avec les forces de l’ordre en cette 97ème étape, et pourtant Serge risque de faire des excès de vitesse aujourd’hui : au niveau topographique, la journée se résume à une longue descente à travers la montagne, pour finalement traverser Logan et s’arrêter un peu plus loin.
Serge commence son étape comme il l’a terminée hier : à 2360 mètres d’altitude. Il est 7h30 et contrairement aux autres matins, Serge ne se couvre pas tellement il fait bon. Il faut dire que le temps semble assez orageux, et il se pourrait que l’on paie cette douceur un peu plus tard dans la journée.
La toux de Serge est quant à elle revenue. Evidemment il fallait que je commence à noter une amélioration pour que ça reparte de plus belle…
Deuxième ravitaillement, une biche nous attend pile à l’endroit où nous devons garer le véhicule. N’ayant pas l’habitude que les voitures s’arrêtent ici, elle ne remarque pas immédiatement notre présence et continue à boire dans le ruisseau. Le temps de sortir l’appareil photo et c’est bon : nous sommes repérés. L’animal s’en va en faisant de grands bonds à travers les fourrés, mais prend quand même le temps de nous épier en s’arrêtant de nombreuses fois. Belle rencontre matinale.
La Cache National Forest est splendide. Les nombreux sapins qui bordent notre route sont immenses, et se mélangent parfaitement avec la neige et les couleurs automnales du reste des arbres. Malheureusement le temps se gâte considérablement au loin, et les voitures venant d’en face ont à la fois leurs phares allumés et leurs essuie-glaces. Ce qui ne présage rien de bon.
A peine le temps de finir ma phrase que voilà, le vent se lève d’un coup et la pluie arrive dans la foulée. Vite vite, on couvre Serge avant qu’il ne soit trempé ! Et maintenant, c’est à lui de jouer et de prendre son mal en patience.
Après avoir plusieurs fois cru à une éclaircie, la pluie s’arrête pour de bon deux bonnes heures plus tard. Le ciel reste très obscurci, mais on s’en contentera !
Nous pouvons de nouveau ressortir de la voiture et profiter de cette forêt qui dégorge toute l’eau reçue ces dernières heures. Pour l’instant, avec le Bear Lake et maintenant la Cache National Forest, l’Utah commence très très fort niveau paysages !
Nous finissons de traverser ces superbes kilomètres de roches et de forêts tout en longeant la Logan River, avant de retrouver la civilisation. Là aussi la barre est placée très haut : dès les premiers mètres parcourus dans Logan, apparaît une nouvelle chaîne de montagnes surplombant toute la ville depuis le sud.
Tout ce paysage est le résultat d’un rapport de force s’exerçant depuis des millions d’années, ici même, à plusieurs dizaines de kilomètres sous terre ! En effet la plaque tectonique Pacifique s’enfonçant lentement mais sûrement sous la Nord Américaine, celle-ci a provoqué la formation de ces nombreuses zones montagneuses, s’étendant de l’Alaska au Mexique, et plus communément appelées les « Rocheuses ». Nous n’avons pas l’habitude en France d’avoir des étendues aussi plates, laissant place aussi soudainement à de si grandes montagnes, et le résultat est aussi somptueux qu’irréel.
Nous ravitaillons Serge à l’entrée de la ville, alors que celui-ci est au téléphone avec Laure. Car à Goderville avait lieu ce soir la première projection publique du film « Un tour du monde inachevé », suivi d’une série de questions-réponses en direct avec notre coureur. Serge ressort ravi de cet échange. Quelqu’un lui a même demandé quand est-ce qu’il comptait se raser la barbe.. pour bientôt, pour bientôt… mais il va falloir trouver un jour symbolique. Je vous laisse deviner ?
Nous continuons notre traversée de Logan, toujours en suivant la highway 89, et cette fin d’étape s’avère compliquée à gérer. La circulation est dense (Logan compte plus de 1000 habitants au kilomètre²) et nous n’étions plus habitués à évoluer avec autant de vie autour de nous. Et pour couronner le tout, les perturbations orageuses semblent revenir à toute vitesse. Serge terminera son étape juste avant les gouttes. Ce soir nous entendons le tonnerre gronder depuis notre chambre d’hôtel, comme pour nous rappeler que les jours à venir ne seront pas de tout repos. Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du samedi 07 mai: Etape 98