E108: Mardi 17 mai // Highway 67

E108: Mardi 17 mai // Highway 67

72,56km – 10h25′

Ce matin, comme tout bon changement d’heure qui se respecte, j’ai bien évidemment oublié de changer celle affichée sur mon téléphone. Il est donc 5 heures du matin lorsque mon portable sonne et réveille tout le monde. Nous nous levons tous les trois, et il nous faut bien cinq minutes pour émerger et comprendre que le petit-déjeuner de l’hôtel n’ouvre non pas dans trente minutes, mais bien dans une heure et demie… Ni une, ni deux, nous allons chercher notre « caisse petit-déjeuner » dans la voiture, et bivouaquons dans la cabin wood. Au final ce lever anticipé s’avère être plutôt salvateur, car si les horloges ont reculé d’une heure ici, le soleil lui n’a pas changé ses habitudes. Et Serge apprécie de commencer sa journée de course dès le lever du soleil, et de la finir avant que la nuit n’arrive. Et croyez-moi, ici la luminosité baisse vite.
Nous rejoignons donc notre point de départ perdu au milieu de la forêt Kaibab. Cette longue highway 67, qui passe par Jacob Lake et se termine à North Rim, est vraiment l’endroit idéal pour observer les animaux du coin. La route est bordée par de longs terrains d’herbe rase, puis plus loin par de grands pins. Et les animaux ne sont pas craintifs. Enfin, tant que vous ne descendez pas de votre voiture. Des dizaines de daims broutent tranquillement l’herbe à quelques mètres de la chaussée. Plus loin nous apercevons un loup qui traverse la route avant de partir à toute vitesse jusqu’à la lisière de la forêt. Génial. Les panneaux jaunes annonçant des traversées d’animaux se succèdent et ne se ressemblent pas. Indiquant la possibilité de voir des élans, des bovins et des cerfs, l’un d’eux prévient même d’une possible présence de bisons. On ne demande que ça.
Serge lui, est de bien meilleure humeur qu’hier. Le paysage aidant certainement. Lorsque je lui amène le premier ravitaillement il me crie au loin « Into the wild ! ». Notre coureur n’a pas du tout l’air stressé à l’idée de courir au milieu des loups. Je lui propose un sifflet, en cas de problème, il le refuse. René m’explique par la suite que les loups sont plus effrayés par les humains qu’autre chose, et que tant qu’ils ont de la nourriture en abondance il n’y a aucun risque qu’ils s’attaquent à Serge. Et oui c’est ça de voyager avec un trappeur, on en apprend tous les jours…
Cela a donc l’air d’aller mieux pour notre Sergio, même si ce matin il a reçu un mail de Tom Denniss, l’actuel détenteur du record du tour du monde en courant. Ce dernier suit avec attention l’avancée de Serge, et dans ce message lui précise que cette embarquée dans Grand Canyon Nord ne peut compter dans sa totalité pour le kilométrage final. Car selon le règlement, on ne peut repasser deux fois sur la même route. Seulement l’aller comptera donc, tandis que le chemin retour jusqu’à Fredonia ne sera pas validé. Pour ne perdre aucun kilomètre, il aurait donc fallu que Serge descende tout au fond de Grand Canyon, et en ressorte de l’autre côté. Ce qui n’était pas du tout prévu au programme.
Cela altère quelque peu le baromètre de bonne humeur de Serge. Il cherche une solution afin que la route du retour ne sois pas faite en vain. Et lorsque Serge veut quelque chose, il peut souvent être très convaincant. Peu après le 15ème kilomètre il aperçoit une route perpendiculaire à la nôtre avec un panneau indiquant Fredonia. S’agirait-il d’une route bis pour rejoindre notre destination de demain soir ? Certes ce n’est pas une voie goudronnée, et celle-ci part tout droit dans la forêt, mais Serge ne pensera plus qu’à ça de la matinée. Il nous demande d’enquêter, et de si possible trouver une carte détaillant ce chemin. Nous jetons tout d’abord un premier coup d’œil sur le GPS, qui n’est pas des plus rassurant : ce chemin va bien jusqu’à Fredonia, mais il s’embarque dans la forêt et se démultiplie en une infinité de sentiers de randonnées. Mais pour le moment l’heure n’est pas aux ballades bucoliques, et Serge doit tout d’abord gravir la route menant jusqu’à la faille nord de Grand Canyon. Route assez périlleuse étant donné l’absence de bas-côtés et le va-et-vient des touristes.
Un camion-citerne trace son chemin jusqu’au sommet. Dessus on peut lire « Potable Water ». Il faut savoir qu’à Grand Canyon il est impossible d’acheter de l’eau dans une bouteille plastique. Ou alors seulement dans des bidons de 5 litres. Pas évident lorsque vous avez une petite soif. Les gérants du parc mènent une politique portée sur l’écologie visant à réduire les déchets plastiques. Belle initiative, même si c’est aussi un bon moyen pour que tout le monde achète leurs gourdes « Made In USA » pour une dizaine de dollars chacune. Pas folle la guêpe.
Mais le parc dispose de plusieurs points d’eau intelligemment répartis, où vous pourrez remplir votre récipient tout juste acheté. Aussi de la prévention sur la déshydratation est faite un peu partout, car l’été le Grand Canyon est souvent synonyme de grosses chaleurs.
A l’échelle nationale le gouvernement mène une campagne appelée le « Find Your Park » (« Trouvez votre parc »). Le but étant de motiver les américains à parcourir leur vaste pays et visiter les 59 parcs nationaux présents sur leur territoire. Des messages vidéos de personnalités, et même de Michelle Obama, expliquant qu’elles « ont trouvé leur parc » sont visibles un peu partout. C’est vrai que les Etats-Unis jouissent d’un patrimoine naturel exceptionnel, et bon nombre de leurs parcs nationaux sont mondialement célèbres (Yellowstone, Yosemite, Grand Canyon, Sequoia, Everglades, Bryce Canyon et j’en passe…).
Au 45ème kilomètre, notre route fait un demi-tour sec, et nous repartons vers Fredonia.
René et Serge me laissent sur place, et je pars chercher la seule connexion wifi du coin dans un supermarché quelques miles plus loin. Malheureusement, une fois arrivé là-bas un orage éclate et tout le monde se réfugie à l’intérieur, ordinateurs et tablettes à la main. Le réseau sature. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais pouvoir mettre les news à jour…
Je pars alors à la recherche d’une carte détaillée pour l’itinéraire bis de demain. Je reviens bredouille. Une après-midi pas très concluante en somme. Serge et René reviennent vers 17h30. Notre coureur est miraculeusement passé entre les gouttes. Et je parle bien de miracle car vu ce qui est tombé ici…
Ce soir nous dormons donc une deuxième fois à North Rim, et demain nous reprendrons notre chemin dans le sens inverse. Sauf si l’itinéraire bis répond à nos attentes…
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mercredi 18 mai: Etape 109