E117: Jeudi 26 mai // North Las Vegas – Blue Diamond

E117: Jeudi 26 mai // North Las Vegas – Blue Diamond

72,39km – 10h34′

C’est toujours avec un certain mélange d’appréhension et d’excitation que nous attaquons la traversée d’une grande ville. Surtout lorsqu’elle s’appelle Las Vegas !
Réveil au clairon ce matin. En effet notre hôtel est situé juste en face de la Nellis Air Force Base, dont je vous parlais avant-hier. Des avions militaires décollent en permanence, et c’est assez impressionnant.
Tous le monde petit déjeune à 6h30. Il va nous falloir des forces aujourd’hui.
L’équipe se sépare alors en deux : je m’en vais avec René ravitailler Serge vingt kilomètres en amont de Las Vegas, tandis que Monika et Bertrand partent faire des plans en centre ville. Ils se tiendront prêts pour le passage de Serge.
Il est 8h du matin, pas un nuage à l’horizon, 22°C au thermomètre et le soleil chauffe déjà mes petites gambettes de Normand. 10ème kilomètre : nous y sommes presque ! Car au loin Las Vegas se dévoile à nous, étendue de tout son long au milieu du désert. En son centre, le downtown, amoncèlement de buildings complètement démesurés, qui contraste fortement avec le reste de la ville. Sur notre droite, un stand permet de louer des buggys pour partir rouler dans le sable. Vegas a cette particularité de se fondre dans le désert au fur et à mesure que l’on s’éloigne de son centre. Comme si la ville n’était pas terminée. On dit d’ailleurs souvent de cet endroit qu’« il est toujours en construction ».
Et son taux de croissance l’atteste : depuis que la ville s’est ouverte à un public plus familial (avec des hôtels plus axés sur le divertissement, mettant de côté les le côté « vice » de cette ville), il est de 5% par an ! Et pourtant, tout est parti de rien. En 1855, alors que cet endroit n’était qu’un simple lieu-dit marécageux, notre cher Brigham Young (encore lui !) arrive avec quelques trente missionnaires dans le but de convertir les indiens locaux au mormonisme. Ils érigent un fort et s’installent ici. Mais face à des indiens pas super décidés à changer de religion, et des récoltes insuffisantes, les mormons doivent quitter les lieux deux ans plus tard. L’armée américaine investit le fort en 1864 et décide, grâce aux nombreuses sources d’eau dont jouit le terrain, d’en faire un point étape entre Los Angeles (Californie) et Albuquerque (Nouveau-Mexique). Une voie de chemin de fer y est aménagée dans la foulée, et en 1905 le village de Las Vegas est fondé.
De nos jours, en plus d’être devenue une ville, Vegas est l’une des plus grandes destinations touristiques au monde. Connu pour ses nombreux casinos et chambres d’hôtels (plus de 120 000), Las Vegas attire près de 40 millions de visiteurs par an, et produit 70% des revenus du Nevada. Rien que ça.
Mais avant de rejoindre le centre ville emblématique, il nous faut d’abord traverser le quartier nord de la ville. La pauvreté est partout dans les rues. Des gens mendient à chaque carrefour, et alors qu’au loin vous apercevez les resplendissants hôtels, ici tout est sale. Beaucoup de personnes semblent perdues. Un homme traverse en diagonale un carrefour pieds nus, alors que les feux des véhicules sont au vert. Une femme tire des caisses remplies d’objets au sol, tout en leur hurlant dessus. C’est la débauche. Mais Las Vegas n’est pas surnommée « Sin City » pour rien (comprendre « la ville du pêché »). Certaines personnes ici ont l’air d’avoir un peu trop goûté aux plaisirs de la vie.
11h, la température monte doucement mais sûrement. Il fait 27°C. Je lance une recherche McDonald’s sur le GPS, et celui-ci m’en trouve plus d’une cinquantaine dans un périmètre de 15 kilomètres. Pas mal. Serge rencontre les mêmes difficultés qu’à Salt Lake City, et perd du temps en s’arrêtant à chaque feux de circulation. Même s’il positive, en notant qu’ici ils sont « quand même moins nombreux ».
Sur l’heure du midi je croule littéralement sous la chaleur. Tous les fast-food se battent à coup d’offres imparables où un verre de soda de n’importe quelle taille est pratiquement à chaque fois vendu en dessous d’un dollar. Pratique pour se désaltérer, mais les américains ne semblent pas avoir peur d’ingurgiter autant de sucre. Alors que les avions militaires traversent le ciel dans un vacarme toujours aussi assourdissant, nous commençons de plus en plus à rentrer dans le Vegas touristique. Des palmiers, des devantures toutes plus tape à l’œil les unes que les autres, des hôtels de toutes les couleurs ! Ah, Vegas ! A noter que sur les 27 complexes hôteliers les plus grands au monde, 20 se trouvent ici. Je vous laisse imaginer la densité de ce centre-ville. Coup de chance, le ravitaillement du 35ème kilomètre tombe juste avant une partie très délicate où Serge doit courir seul, les voitures étant cloîtrées sur la chaussée, tandis que les piétons traversent les rues à l’aide d’escalators et de passerelles. On se croirait dans le futur. Nous retrouvons notre coureur plus loin en compagnie de Monika et Bertrand. Notre camerawoman enchaîne les plans aux endroits prévus. Le repérage de la veille aura été salvateur car le rythme est soutenu. Serge est satisfait de son avancée urbaine. La foule redoutée n’est pas autant au rendez-vous que prévu, et les prises de vues se font en deux temps trois mouvements. Dernière échéance : le fameux panneau indiquant l’entrée dans Las Vegas. Nous y retrouvons tous Serge, prenons quelques photos et c’est déjà fini. Ce fut court, mais extrêmement intense.
Les binômes s’alternent. René et Bertrand terminent l’étape avec Serge, tandis que Monika et moi allons réaliser quelques plans de plus. Car chaque établissement hôtelier ici possède une sorte d’attraction, visible depuis les rues de la ville. Et le Bellagio est bien connu pour son bassin, où tous les quarts d’heures des jets d’eau se mettent à danser sur une musique. Andrea Bocelli pour le coup, et le spectacle est superbe. Nous repartons checker l’hôtel derrière. Un « hôtel-casino » pour ce soir, où les machines à sous se comptent par centaines, et où un immense aquarium avec des centaines de poissons et une sirène à l’intérieur (une vraie de vraie, avec des bouteilles d’oxygène) trône dans le hall d’entrée. Là encore une belle preuve de démesure de la part de Vegas. On termine quand même par un point route : sachez que, à notre grande surprise, Serge est remonté à 1100 mètres de hauteur ce soir. Et que demain cela continuera de monter. Personnellement je n’essaie même plus de comprendre quelque chose à ces Rocheuses et leur altitude, mais tout ce que je sais, c’est que la Death Valley se rapproche à grand pas, et qu’elle se situe… sous le niveau de la mer.
Alors il va bien falloir que l’on redescende pour de bon un jour ou l’autre. Bonne nuit à tous.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du vendredi 27 mai: Etape 118