71,37km – 10h01′

Déjà deux semaines que nous sommes partis. Deux semaines ! La notion de temps est très étrange lorsque l’on accompagne Serge. Chaque journée est d’une telle densité que l’on en oublierait presque la précédente. Mais le sentiment qui domine le plus est celui d’être coupé de la réalité. Bien souvent on se demande quel jour on est. Les étapes sont à la fois tellement identiques dans leur déroulé, mais tellement différentes dans leur réalité, que ces deux sentiments s’entremêlent et l’on finit par s’y perdre.

Vous l’aurez compris : aujourd’hui nous sommes fatigués.
Alors revenons-en à notre étape, avant que la mémoire nous fasse défaut.
Ce matin départ depuis chez Alain, que l’on remercie lui et sa famille pour leur très agréable hospitalité d’hier.
Dans la voiture, Serge commence à s’énerver contre son nouveau téléphone, René n’a toujours pas trouvé un terrain d’entente avec le GPS, la tension monte… aaaahhh la patience des Girard… heureusement que tout n’est pas héréditaire !
Nous arrivons à Castillon-la-Bataille, Serge nous prévient : aujourd’hui il va avancer doucement. Il ne se sent pas en forme.

Le temps est toujours aussi morose. A noter le vent qui est bel et bien de retour ! De face, parfois de côté, mais jamais de dos. On s’en serait bien passé…
Alors que nous aurions dû emprunter la D129, nous décidons au 21ème kilomètre de nous engager sur la D670. Lors du repérage via internet, nous pensions que cette route serait trop dangereuse pour Serge, mais par chance elle se trouve être fermée aux camions aujourd’hui.
Serge fait même la connaissance d’un bas-côté, sur lequel il peut courir. Quel luxe.
Mais le réel avantage est que nous gagnons pratiquement 3 kilomètres en empruntant cette voie. Au vu de la forme de Serge, ce n’est pas de refus.
Quelques kilomètres plus loin, il demande à ce qu’on lui sorte sa pommade « Nok ». Ses pieds commencent à chauffer. Il les enduis, puis remets ses chaussettes par-dessus.
Notre route continue et nous emmène à La Réole.
Aaaahh La Réole… Si vous ne connaissez pas cette ville, alors faites-nous confiance et rangez-là dans la catégorie des « villes où ne pas faire passer Serge Girard lorsqu’il réalise un tour du monde ».
Sous ses airs de petite cité médiévale, se cache un enchevêtrement de rues alambiquées, de sens uniques et interdits. Nous lançons Serge dans une rue, pensant le récupérer de l’autre côté. Mauvais calcul, mauvais timing de notre part. Serge nous échappe et s’enfonce sur une mauvaise route. Nous le récupérons quelques centaines de mètres plus loin et lui faisons faire demi-tour. Tous les anciens suiveurs savent de quoi nous parlons, et connaissent cette erreur devenue maintenant un classique, ainsi que l’ambiance si particulière lorsque l’on finit par retrouver Serge et qu’on lui explique la nouvelle…
Une fois Serge remis sur le bon chemin, nous traversons la Garonne et commençons à entrer de plein pied dans les Landes. Le vent redouble de puissance, le département est repassé en alerte orange.
Nous entendons à la radio qu’une mini-tornade s’est formée à Saint-Maixent, ville où nous sommes passés il y a quelques jours. Il ne fait pas bon courir à l’extérieur ces temps-ci.
Serge termine les derniers kilomètres dans la difficulté, le visage fermé. Le relief encore très vallonné de cette étape aura eu raison de son énergie.
Ce soir nous logeons à Bazas, et personne ne risque de faire long feu. A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Dimanche 14 Février: Etape 15