74,23km – 10h58’

A chaque nouveau millier de kilomètres franchi, on effectue la traditionnelle « pesée du coureur ». Ce matin la balance affiche 55,5kg. Que du muscle.
Notre cheval de course est donc autorisé à s’élancer le temps que l’on finisse de charger le 4×4. Ludovic en profite pour vérifier le niveau d’huile qui lui paraît étrangement vide.

Aujourd’hui c’est la dernière étape autrichienne. Et oui, déjà ! C’est vrai qu’en comparaison avec les parties étatsuniennes et australiennes, qui auront duré plusieurs mois chacune, cet enchaînement de pays passe à une vitesse folle. C’en est même frustrant tant on aimerait rester plus longtemps et en apprendre plus sur chaque culture. Mais nous n’allons quand même pas nous plaindre d’observer une telle diversité en Europe. A l’heure où son fondement même est remis en question, je suis persuadé que cela reste une force et non une faiblesse.
Mais l’heure n’est pas à la politique, surtout après le débat que beaucoup d’entre vous ont du suivre hier soir. Ce matin les radios autrichiennes ne parlent que ça. Evidemment nous ne comprenons rien, si ce n’est lorsque les animateurs évoquent les noms des différents candidats (le « Franne‘ssoua Fiyonne » en autrichien est très drôle à entendre).

Mais pas le temps d’écouter toutes les matinales autrichiennes, car dès le 5ème kilomètre nous entrons dans Wils. 60 000 habitants mais surtout un terre-plein central qui apparaît dès l’entrée de la ville et sépare les deux voies. La route prend des allures de périphérique et devient très dangereuse pour notre coureur. Le problème c’est que le Traun, ce fleuve qui coupe la ville en deux, n’est traversable que par cette route qui devient un pont l’espace de quelques dizaines de mètres. Ou alors il faut faire un détour de plusieurs kilomètres. On laisse donc Serge serrer les fesses et on l’attend dès qu’il nous est possible de se garer. Lorsque Serge arrive à notre hauteur, le pont est traversé, mais il reste encore 5 kilomètres de route façon « périphérique ».

On décide alors d’un commun accord de partir vers le centre ville, histoire de retrouver des trottoirs et une circulation plus amicale. Même si cela fait un détour, cela nous permet d’éviter tous ces départs au boulot et la grosse circulation qui va avec.
D’ailleurs, puisque l’on parle boulot, sachez que l’Autrichien est besogneux. Après le Luxembourg, c’est le pays avec le taux de chômage le plus bas d’Europe (4,69%). Et soit dit en passant, les Autrichiens sont aussi les Européens qui travaillent le plus. En moyenne 45 heures par semaine !
En fait l’Autriche est un pays qui semble tracer sa route. Depuis la guerre ils ont décidé d’appliquer une politique de neutralité (comme la Serbie), et c’est d’ailleurs le seul pays européen qui n’est pas représenté à l’OTAN.
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de notre Ludo national. Encore une année remplies de blagues vaseuses à venir. Il va falloir tenir bon. Il ne le sait pas encore, mais aujourd’hui Roger et Brigitte sont missionnés de lui trouver des bougies et un gâteau pour ce soir…

Sur les coups de midi, après 6 heures d’étape, tout le monde à un coup de mou. Il faut dire que cette route 137 sur laquelle nous sommes depuis ce matin est particulièrement bruyante. Les camions ne semblent pas intéressés par l’autoroute pourtant juste à côté, et préfère rouler à fond ici. Tant pis pour nous. On essaie tant bien que mal de s’aérer les oreilles en mettant un peu de musique, mais difficile de de ne pas entendre le bruit de la circulation.

D’ailleurs puisqu’on parle musique (désolé pour la transition un peu capilotractée), vous n’êtes pas sans savoir que l’Autriche a sorti de sa poche quelques uns des plus grands compositeurs de musique classique : Haydn, Mozart, Schubert, Liszt, J. Strauss, Mahler ou même Bruckner sont autant de noms bien connus des amateurs du genre. En ce qui concerne la psychanalyse, nul besoin de citer Sigmun Freud, lui aussi autrichien. C’est d’ailleurs étrange qu’un pays aussi petit et peu peuplé (8 665 550 habitants) ai pu engendrer autant de beau monde. En atteste le classement du « nombre de prix Nobel reçus par rapport au nombre d’habitants ». L’Autriche se classe parmi les meilleurs au monde. Seul le Luxembourg, les pays Scandinaves et la Suisse font mieux qu’elle. Fin 2012, 19 autrichiens avaient reçu le prix, dont Bertha von Suttner, première femme à remporter le Nobel de la paix en 1905.
Pour en revenir à la musique, la plupart de ces célèbres musiciens autrichiens ayant maintenant disparus (ainsi que d’autres comme Beethoven ou Brahms), sont enterrés à Vienne, la capitale de l’Autriche, dont le cimetière central compte plus de 3 millions de tombes ! Soit plus que la population vivante de la ville !
Voilà pour la minute culture générale. Si je voulais être vraiment complet, je préciserai qu’Arnold Schwarzenegger est lui aussi d’origine autrichienne.
On note une légère amélioration cet après-midi. La circulation réduit à mesure que nous approchons de la frontière. Depuis que nous sommes sortis de Wils la nationale ne cesse de se scinder en plusieurs routes par le biais de ronds-points, ce qui disperse plutôt bien les véhicules. Serge a pris son mal en patience durant la matinée et il est maintenant récompensé.
Au 67ème kilomètre, arrivée supposée de cette étape, notre coureur demande à quelle distance se situe l’hôtel de ce soir. On lui annonce 7,6 kilomètres. Ce à quoi il nous répond « Ok je finis là-bas » avec une joie non dissimulée…
Ce qui au total nous fait 74,23 kilomètres de course pour aujourd’hui… non mais des fois je vous jure… préparez les tréteaux, à ce rythme là nous allons arriver avant la fin mars !

Ce soir nous dormons donc aux portes de l’Allemagne. A 200 mètres à vol d’oiseau. En effet notre hôtel est au bord du fleuve Inn qui est la frontière naturelle entre les deux pays. Les bougies et le gâteau sont achetés, et nous mangeons chez les PV. A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

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