66,82km – 10h32’

Ce matin nous reprenons notre route aux portes de la Croatie. Seulement huit kilomètres nous séparent de la frontière. Le temps pour la Serbie de nous offrir un dernier et beau lever de soleil.
Il est 8h et nous passons le poste douanier. Une rapide inspection du véhicule et le tour est joué. Je n’irais pas jusqu’à dire que tout change une fois la frontière passée, mais on note pas mal de nouveautés. La route déjà, est refaite à neuf. Fini les bas-côtés boueux, place à un asphalte de qualité ! L’alphabet cyrillique lui à complètement disparu, laissant place à nos bonnes vieilles lettres latines. Les maisons, elles, sont criblées de nombreux impacts de balles, signe que cette guerre de Yougoslavie est encore récente. Bizarrement je n’ai pas souvenir d’avoir vu de traces d’affrontements sur les murs serbes. Autre nouveauté non négligeable : le retour de la poste ! Nous allons enfin pouvoir envoyer nos missives, chose qui semblait impossible depuis le fin fond des campagnes bulgares et serbes. Les boulangeries aussi font leur grand retour. Même si l’on commençait à en apercevoir ces derniers jours, on peut officiellement dire que nous allons retrouver des viennoiseries au petit déjeuner…

Après quelques kilomètres en terre croate, il semblerait que la sociabilité soit elle aussi de retour. Les enfants viennent voir le 4×4 et s’intéresse au parcours d’imprimer sur les vitres. Et malgré la barrière de la langue ils posent des questions, et confirment qu’on peut se comprendre à l’aide de quelques gestes et dessins sur le capot.

Niveau météo c’est bien moins chaleureux : un vent glacial et contraire sévit depuis ce matin. Les buses s’en donnent à cœur joie et utilisent les courants pour chasser tout en légèreté. Notre coureur, lui, n’a pas encore l’envergure d’ailes nécessaire pour en profiter. Mais cette météo n’a rien d’étonnant. Depuis notre départ de Turquie, nous ne faisons que remonter vers le nord. Et de plus, nous serons dans moins d’une semaine au pied des Alpes, où généralement il fait encore très frais durant le mois de mars. De la neige est même à prévoir.

Mais l’heure n’est pas au chainage des pneus. Pour l’instant nous sommes dans la campagne croate, loin de la côte adriatique si prisée et connue des touristes. Ici les villages et les champs ne doivent pas déchaîner les agences de tourisme. Mais d’une manière générale, la Croatie semble dans une meilleure situation économique que ses voisins de l’est. En témoigne les habitations mieux entretenues et les bas-côtés qui ne ressemblent plus à des décharges. Notre première incursion en ville confirme nos pensées. Vukovar et ses quelques 30 000 habitants respire l’occident à plein nez. La ville est agencée exactement de la même manière et avec la même modernité que nos villes moyennes. On retrouve de plus en plus d’enseignes également implantées chez nous et des publicités identiques à celles que l’on peut apercevoir en France. On croise même des cars Flixbus, dont le réseau ne s’étend qu’en Europe de l’ouest.

Mais Vukovar est un nom qui parle à Serge et David. En effet cette ville est surtout connue pour avoir été le théâtre de la plus féroce et la plus longue bataille depuis 1945. En 1991 pendant la guerre de Croatie les forces serbes assiègent la ville par le biais d’un bombardement intensif (plus de 12 000 obus et rockets ont été tirés) et obligent la population a rester confinée dans les caves pendant trois mois, sans aucune aide humanitaire. Après 87 jours de siège les combattants croates sont forcés de se rendre, et beaucoup de personnes sont par la suite exécutées.
Le château d’eau de Vukovar, criblé d’impacts d’obus a été laissé en l’état en souvenir de la résistance opposée par les soldats croates. La ville, entièrement rasée par ce conflit, à été totalement reconstruite depuis. Voilà donc pourquoi je trouvais si Vukokar si moderne…

Nous reprenons notre route à travers la campagne. Quelques ravitaillements plus tard et c’est déjà le dernier pour David, notre prince de Luttange, qui s’en va ce soir. Pratiquement deux mois passés sur la course et assurément plein de souvenirs à ramener dans sa besace. Mais ce n’est qu’un au revoir, car il semblerait que le Run Around the Planet vienne visiter la principauté de Luttange lors de son retour en France…

En attendant c’est Ludovic, notre lulu national fraîchement arrivé de Grenoble, qui va prendre le relais à mes côtés, et rallumer la flamme d’un binôme qui avait si bien marché sur ces îles du Pacifique…
A demain pour une nouvelle journée de course croate.

Données de la montre Epix: Garmin Connect