65,57km – 10h39′

Lorsque la météo était mauvaise, une de mes grands-mères disait toujours « sale temps pour les mouches qui pètent ». Je n’ai jamais vraiment compris cette expression, mais si je devais décrire le temps d’aujourd’hui je l’utiliserai. Car à force de crier sur tous les toits qu’il fait beau, que nous sommes impressionnés par la météo des Balkans, que c’est le retour de l’été indien, il fallait bien que ça arrive : ce matin il pleut des cordes. A bien y réfléchir, on ne pouvait pas éternellement passer entre les gouttes alors que chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus de la Normandie…

Ce matin le réceptionniste (et gérant ?) de l’hôtel, qui s’était gentiment levé à 5h pour nous empaqueter nos petits déjeuners, nous a tiré le portrait dans le hall d’entrée. Il était visiblement ravi d’avoir reçu des français (à prononcer « fran’chouské »), et nous allons à coup sûr finir sur son hall of fame juste derrière la réception. Il est 5h20 et nous montons à bord du 4×4. Le gérant nous fait un signe de la main depuis le perron, comme s’il compatissait pour la journée à venir.
Après 40 minutes de route, nous voilà au point de départ. Au vu des conditions météorologiques, Serge passe en mode « imperméable ». Un pantalon en toile waterproof, des gants jaunes fluo ainsi qu’un ciré par-dessus son sac à dos, qui lui donne un air de bossu. Allez Quasimodo, Paris est encore loin mais tu es dans la bonne direction !

Du côté des suiveurs, c’est le type de journée où il faut prendre son mal en patience. On relativise en pensant à Serge qui est sous la pluie pendant plus de dix heures non-stop. Car c’est le genre d’étape qui se court au mental. La tête dans la capuche toute la journée, à penser au point de ravitaillement suivant où de la nourriture et des gants chauds vous attendent.
Mais c’est aussi ce genre d’étapes qui permet d’apprécier les moments où il fait beau et chaud. Je sais, c’est facile à dire. En tout cas quand je vois notre coureur habillé de cette manière, je ne peux m’empêcher de repenser aux premières semaines de course en France, il y a maintenant plus d’un an, et aux conditions qui avaient été exécrables.

Comme prévu, nous arrivons à Aranđelovac au 20ème kilomètre. Les monts Bukulja et Venčac qui bordent la ville sont perdus dans la brume. Nous en profitons pour faire quelques courses… infructueuses. Toujours pas de raisins, aucune trace d’un éventuel pain de mie et impossible de trouver du fromage en tranche… mais que mangent donc les serbes ?
Aranđelovac est célèbre pour ses sources d’eau minérales (avec toute cette pluie je ne m’étendrai pas sur le sujet, merci de votre compréhension, sinon ça va être la goutte d’eau qui va faire déb… enfin bref, on se comprend) mais cet endroit est surtout connu pour avoir été le point de départ du soulèvement serbe contre l’invasion ottomane, le 15 février 1804 (à titre de comparaison les bulgares se libérèrent des ottomans en 1876). Cette date est célébrée comme celle de la naissance de l’état serbe moderne.

La journée avance et la pluie ne faiblit pas. Elle est même d’une régularité exemplaire, comme une douche que l’on aurait laissé allumée. Les bas-côtés finissent par se remplir d’eau, qui commence alors à charrier les innombrables déchets que les gens jettent ici. Et qui bientôt rejoindront un cours d’eau, qui rejoindra une rivière, qui ira s’écouler dans une mer et qui finira par rejoindre ces continents de plastique au beau milieu des océans. Certes il faut remettre les choses dans leur contexte, le seul responsable n’est pas le peuple serbe. Le gouvernement devrait peut-être penser à prendre des initiatives, comme couvrir les poubelles publiques (car bon nombres de déchets s’envolent), instaurer des campagnes pour le tri sélectif, etc… Mais bien évidemment, je dis ça avec mon point de vue de français. A chaque pays sa situation économique et ses priorités.

Depuis ce matin l’étape s’apparente à des montagnes russes, avec des pentes atteignant 12%. Ça monte, ça descend. Les routes sont détrempées et les nombreux poids lourds traînent avec eux de grosses gerbes d’eau. Tout compte fait oubliez les montagnes russes, on se croirait plutôt à Aqualand.

Il est 13h lorsque nous tombons dans un épais brouillard digne d’un film d’angoisse.
Finalement celui-ci s’estompe lorsque nous arrivons à Lazarevac. La circulation est bizarrement intense pour un mercredi à 14h. Ca klaxonne et ça roule n’importe comment. Vite, vite, laissez-nous sortir ! Je crois que lorsque l’on est suiveur sur une course à pied, on devient très vite allergiques aux zones urbaines.

Quelques kilomètres avant l’arrivée la route est complètement inondée. Les véhicules, et surtout les camions, roulent à toute vitesse et envoi d’immenses gerbes d’eau sur les bas-côté. Qu’à cela ne tienne, Serge arrive. Comprenant vite la situation, notre coureur se met au milieu de la route, et arrête carrément le trafic en levant les bras au ciel. Tous les véhicules ralentissent, et il arrive à se frayer un chemin en leur ordonnant de le laisser passer. Une sorte de Moïse des temps modernes. Mais le pire, c’est qu’avec son gilet de sécurité orange, les conducteurs sont persuadé que Serge appartient à un service de sécurité ou d’entretien, et ils se poussent sans broncher.
Nous récupérons notre coureur quelques deux kilomètres plus loin : complètement rincé.

Voilà donc une journée bien arrosée qui se termine. Cela n’aura pas été de tout repos mais les journées pluvieuses sont souvent le prologue de soirées heureuses, une fois que tout le monde est bien au chaud à l’hôtel devant un bon repas. Surtout que ce soir, il y a match. Et pas n’importe quel match ! Alors je vous dis à demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect