67,94km – 10h34′
Le rythme auquel on vit sur une telle course est assez particulier. J’aurais tendance à dire qu’il est décalé. Depuis notre entrée en Serbie nous sommes repassés sur le même fuseau horaire que la France. Et oui cocorico sauf qu’ici le soleil se lève bien plus tôt que dans l’hexagone. A 5h du matin la nuit s’estompe déjà. Et comme Serge aime commencer à courir dès les premières lueurs, les départs se font très tôt.
Personnellement, même si certains levers sont durs, j’aime ce style de vie tout en décalage. Le matin nous partons alors que les villes sont encore endormies. Le soir, nous mangeons avant tout le monde puis nous allons nous coucher alors que la soirée ne fait que commencer. Et c’est chaque jour le même schéma, un peu comme si l’on vivait en autarcie. Cela crée un sentiment d’osmose assez plaisant au sein de l’équipe.
Ce matin donc, nous quittons Niš à 5h15. Le temps de rejoindre notre point départ et Serge est sur le bitume à 6h. Nous reprenons notre chassé-croisé avec la E75 qui remonte vers Belgrade (et tout au bout la Norvège, vous vous souvenez ?). D’ailleurs à ce propos, sachez que la plus grande des routes européennes est la E40. Elle relie Calais à Astrakhan en Russie sur plus de 7200 kilomètres.
Mais revenons à la Serbie. Hier nous avons mis la main sur de nouvelles personnalités nées ici. Historiquement, les serbes sont fiers de porter dans leurs rangs Nikola Tesla (quoique les Croates clament aussi qu’il est des leurs). Il est l’homme qui a tout simplement fait le plus avancer la recherche à propos de l’électricité. Pour les amateurs de football, il y a les défenseurs Nemanja Vidic et Neven Subotic, qui jouent respectivement à l’Inter de Milan et à Cologne. Je vous parlais du tennisman Novak Djokovic, chez les femmes il y a aussi Ana Ivanovic qui a gagné Roland Garros en 2008. Du côté des arts vous avez le réalisateur et musicien Emir Kusturica, qui a notamment remporté la palme d’or à Cannes en 1985 et 1995. Et toujours dans la musique, Goran Bregovitch est surement l’artiste (avec Kusturica), qui a le plus donné de notoriété à la musique balkanique en Europe. Bref, pas mal de beau monde.
Aujourd’hui les reliefs se font de moins en moins importants à mesure que nous remontons vers le nord. Notre étape du jour traverse la campagne serbe. Cicina, Vukasinovac, Deligrad, Pojate, Sikirica et enfin Jagodina, notre ville étape du soir, sont autant de noms de villages aux consonances slaves traversés.
Et après 3 jours ici, il faut avouer que les serbes n’ont pas le sourire facile. Malgré tout ils viennent volontiers s’intéresser à ce que nous faisons. Déjà, le véhicule attire beaucoup l’attention. Que ce soit au niveau sonore, visuel ou malheureusement olfactif. Ensuite, les autocollants sur les deux vitres latérales arrières ne manque pas d’éveiller la curiosité. Le problème c’est que dans la campagne serbe personne ne parle anglais. Ce qui ne décourage pas les habitants du coin, qui viennent quand même discuter, sans pour autant chercher à savoir si tu les comprends. C’est d’ailleurs assez étrange, là où dans d’autres pays, malgré la barrière de la langue, tu arrives à faire passer des sentiments ou des émotions avec la voix ou les gestes, ici j’ai l’impression que les gens ne nous comprennent vraiment pas. Quand ils me parlent et que je leur dis « je ne comprends pas, i don’t understand » en haussant les mains pour illustrer mes propos, c’est comme si je parlais à un mur. Ils continuent de me parler, de me poser des questions sans même percuter le fait que je ne comprends absolument rien. Après peut-être ne sont-ils pas habitués à se retrouver face à des étrangers ne parlant pas leur langue.
Preuve que nous nous rapprochons de l’Europe de l’Ouest : les McDonald’s et autres H&M commencent à pointer le bout de leur nez. Les banques aussi : Société Générale, Credit Agricole… l’Occident arrive à grand pas…
L’ étape du jour se termine sous d’impressionnants éclairs mais heureusement pas de pluie pour notre coureur. L’hôtel du soir étant sur notre route, c’est au pied de celui-ci que Serge arrête sa montre et sa balise. Pratiquement 68 kilomètres aujourd’hui. A demain.
Données de la montre Epix: Garmin Connect



