66,00km – 10h24′
Nous accusons bonne réception de David et Bertrand, qui après deux jours de conduite effrénée sont arrivés aux alentours de 2 heures cette nuit. Nous les attendions plus tôt mais un égarement dans les montagnes bulgares et un contrôle plus compliqué que prévu à la frontière turque auront eu raison de leur timing. La police des frontières leur a demandé de décharger entièrement le 4×4 pour le faire passer aux rayons X. Et vu la charge du véhicule, ce ne fut pas une mince affaire.
Nous les retrouvons donc au petit déjeuner ce matin, sans surprise fatigués de leur courte nuit, mais fidèles au poste.
La nuit aura été le théâtre de règlements de compte entre chiens juste sous la fenêtre de notre chambre. Les chiens errants sont la grande hantise de Serge lorsqu’il court, et il appréhende d’en croiser dans les jours qui viennent. Il avait déjà rencontré ce problème en Grèce lors de Paris-Tokyo et quelques années plus tard sur le tour d’Europe. Même si sur le papier cela peut lui donner des ailes et le faire arriver plus vite à Paris, on aimerait quand même lui éviter une course poursuite avec une meute de chiens.
Le départ s’effectue depuis le bord de la mer de Marmara. Il est 7h du matin et le jour n’est pas encore levé. Le temps de repasser devant notre hôtel (dont le nom « Rodosto » était en fait l’ancienne appellation de Tekirdag sous l’empire Ottoman) et Serge part s’enfiler dans les rues de la cité. Pour une reprise, le premier kilomètre est raide au possible. Car Tekirdag, coincée entre la mer et un haut plateau, est une ville qui s’est construite toute en inclinaison. De notre côté, nous nous faufilons à travers les nombreuses rues à sens unique et retrouvons notre coureur comme prévu au lycée local.
Aujourd’hui nous célébrons le retour du 4×4 sur le tour du monde. Lui qui avait eu le privilège de commencer l’aventure, va aussi avoir celui de la clore. Spécialement affrété depuis la Normandie, il est chargé à ras-bord de tous les ravitaillements imaginables. Tellement de petites gourmandises réunies dans le coffre d’une seule voiture… j’en salive rien que de l’écrire…
Comme dirait Bertrand, nos stocks sont tellement énormes qu’on va pouvoir organiser une purée géante le jour de l’arrivée place du Trocadéro.
Notre sérotonine-addict est, lui, heureux de courir à nouveau. De retrouver les routes. Quoique celle de ce matin n’est pas des plus glamour. Une 2×2 voies avec un terre-plein central qui nous oblige à faire des demi-tours pour venir se garer de l’autre côté, là où Serge court. D’ailleurs notre coureur est particulièrement déstabilisé en ce début de journée : il a la sensation que toutes les voitures vont lui arriver dans le dos, alors que pourtant il continue de courir face à la circulation. La raison ? Depuis le mois de septembre il n’a traversé que des pays où la circulation s’effectuait à gauche : îles Fidji, Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud et Namibie. Il va falloir se réhabituer.
Même tarif pour nous la team conducteur, qui s’échappe de temps en temps sur la voie de gauche…
En milieu de matinée nous arrivons à Muratli. Une bifurcation sur la gauche plus tard et nous voilà sur une petite route de campagne bien plus tranquille que la D565. S’en suit alors une traversée de villages tous plus ruraux les uns que les autres. C’est bien simple, on se croirait dans le pays de Caux. Le pays de Caux avec plein de minarets partout.
Mais au-delà de ce mélange arabo-cauchois, ce qui nous marque le plus est malheureusement la présence d’innombrables déchets sur le bord des routes. Nous en discutions l’autre jour, pour le moment sur ce tour du monde nous n’avons traversé aucun pays dont les bords de route étaient réellement propres. Mais la Turquie vient en une seule journée de remporter la palme de la plus sale. Tout le monde laisse ses poubelles en pleine nature, et le vent s’occupe de tout disperser. Les métaux, trop lourds, restent sur place tandis que le plastique, présent sous toutes les formes possibles, s’envole dans tous les sens. Le tri sélectif à la turque.
A 13h30 l’appel à la prière fait s’envoler les corbeaux des alentours. L’enregistrement audio résonne dans toute la campagne. Les habitants du coin nous épient tous avec interrogation : il est clair qu’avec la départementale et même l’autoroute juste à côté, ils ne doivent pas avoir beaucoup de visite.
Le vent redouble d’intensité durant l’après-midi, charriant avec lui autant de déchets, d’odeurs et de poussière que possible. Tout le monde reste bien sagement enfermé dans les voitures en pensant à Serge qui doit bien plus en pâtir.
En fin d’étape nous atteignons Lüleburgaz. En ce vendredi après-midi cette ville grouille de monde. Mais qu’à cela ne tienne, ce n’est pas 100 000 habitants qui vont arrêter la caravane du tour. Les deux véhicules guident Serge à travers les intersections, le ravitaillent une dernière fois avant de retourner sur une 2×2 voies sobrement appelée « D100 ». Et pourtant c’est bien vers la Bulgarie que nous continuons de monter.
Demain Bertrand repartira du côté de chez nous, emmenant avec lui la voiture de location et nous laissant seuls avec le 4×4. La fin de journée est donc consacrée à l’aménagement du véhicule afin qu’il soit le plus fonctionnel possible, et ce jusqu’à la fin de la course. Autant vous dire que la journée est loin d’être terminée. A demain.
Donnée de la montre Epix: Garmin Connect



