{"id":9940,"date":"2016-10-12T06:49:13","date_gmt":"2016-10-12T05:49:13","guid":{"rendered":"http:\/\/sergegirard.fr\/fr\/?p=9940"},"modified":"2016-10-13T09:37:20","modified_gmt":"2016-10-13T08:37:20","slug":"e256-mercredi-12-octobre-karangarua-haast","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sergegirard.fr\/fr\/2016\/10\/12\/e256-mercredi-12-octobre-karangarua-haast\/","title":{"rendered":"E256: Mercredi 12 Octobre \/\/ Karangarua &#8211; Haast"},"content":{"rendered":"<p>70,28km &#8211; 9H34&prime;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a des jours comme \u00e7a, o\u00f9 l\u2019on devine d\u00e8s le r\u00e9veil qu\u2019il va falloir prendre son mal en patience. Cette nuit la pluie n\u2019a pas arr\u00eat\u00e9 de battre les carreaux de la chambre. Au r\u00e9veil pas de miracle, elle tombe toujours abondamment. L\u2019\u00e9tape du jour\u00a0? Aucune ville, aucun village, aucun magasin, aucune station essence\u00a0: rien. De la route et des for\u00eats.<\/p>\n<p>Je ne vais donc pas m\u2019\u00e9vertuer \u00e0 vous raconter une journ\u00e9e qui s\u2019annonce assez morne sur le papier. Parlons plut\u00f4t de l\u2019endroit o\u00f9 nous allons dormir ce soir. Ou plut\u00f4t de son nom\u00a0: <em>Haast<\/em>. Pour ceux qui s\u2019en souviennent, Serge a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 par le biais d\u2019une vid\u00e9o l\u2019existence d\u2019un oiseau appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019aigle d\u2019<em>Haast<\/em>\u00a0\u00bb.<br \/>\nCet immense aigle, maintenant disparu, a r\u00e9gn\u00e9 pendant un long moment tout en haut de la cha\u00eene alimentaire n\u00e9oz\u00e9landaise. Mais pour bien comprendre cette domination, il faut tout d\u2019abord s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la cha\u00eene en elle-m\u00eame.<br \/>\nLa Nouvelle-Z\u00e9lande est l\u2019endroit sur Terre ayant \u00e9t\u00e9 le plus tardivement colonis\u00e9 par l\u2019homme. De ce fait, une faune et une flore extr\u00eamement riches s\u2019y sont d\u00e9velopp\u00e9s. Il est important de noter qu\u2019avant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019humain, aucun mammif\u00e8re pr\u00e9dateur n\u2019existait sur l\u2019\u00eele. Et lorsque dans un environnement restreint (en l\u2019occurrence une \u00eele), des organismes ne subissent pas ou peu de pr\u00e9dation, leur taille augmente. En effet, rien ne sert de se dissimuler si personne ne vous mange. C\u2019est ainsi qu\u2019un insecte comme le <em>Weta<\/em>, end\u00e9mique \u00e0 la Nouvelle-Z\u00e9lande, fait partie des plus gros et lourds insectes au monde (atteignant jusqu\u2019\u00e0 10cm sans les pattes et les antennes\u00a0!).<br \/>\nMais revenons \u00e0 notre aigle. En l\u2019absence de mammif\u00e8res pr\u00e9dateurs, il \u00e9tait donc le danger public num\u00e9ro un. On suppose qu\u2019il pouvait soulever des proies pesant jusqu\u2019\u00e0 200 kilogrammes. C\u2019est dire la puissance de l\u2019animal.<br \/>\nEt justement, en parlant de proies, sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e9tait le <em>moa<\/em>.<br \/>\nLe <em>moa <\/em>est elle aussi une esp\u00e8ce \u00e9teinte. Une sorte d\u2019autruche avec un long cou pouvant atteindre jusqu\u2019\u00e0 3,60m, et dont la particularit\u00e9 est d\u2019\u00eatre le seul oiseau connu \u00e0 ce jour d\u00e9pourvu d\u2019ailes. Pour les amateurs de films <em>Pixar<\/em>, le \u00ab\u00a0dabou\u00a0\u00bb du dessin anim\u00e9 <em>L\u00e0-Haut<\/em> est tr\u00e8s clairement inspir\u00e9 du <em>moa<\/em>.<br \/>\nEt au risque d\u2019en faire r\u00eaver plus d\u2019un, oui l\u2019humain a bel et bien c\u00f4toy\u00e9 cet animal. Lorsque les maoris arrivent sur l\u2019\u00eele entre 1200 et 1300, le <em>moa<\/em> existe sous la forme de 9 esp\u00e8ces diff\u00e9rentes. Mais la chasse intensive des nouveaux arrivants va tr\u00e8s vite r\u00e9duire leur nombre. Selon les r\u00e9cits, bien qu\u2019impressionnants et puissants, les <em>moa <\/em>\u00e9taient des animaux faciles \u00e0 pi\u00e9ger car ils ne savaient ni nager, ni voler. On estime leur disparition \u00e0 un si\u00e8cle apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des maoris.<br \/>\nEt fait assez notable, l\u2019aigle d\u2019<em>Haast <\/em>s\u2019est co-\u00e9teint en m\u00eame temps que le <em>moa<\/em>. Pourtant les humains ne le chassaient pas, mais d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de ses proies et de son habitat naturel (les maoris cultivaient en d\u00e9frichant avec l\u2019aide du feu), celui-ci a lui aussi disparu tr\u00e8s rapidement.<br \/>\nLa chasse a outrance du <em>moa <\/em>a donc entra\u00een\u00e9 l\u2019an\u00e9antissement d\u2019un animal bien plus gros et coriace. Comme quoi la cha\u00eene alimentaire est sans piti\u00e9, et que lorsqu\u2019un maillon saute, des r\u00e9percussions sont forc\u00e9ment \u00e0 pr\u00e9voir.<\/p>\n<p>L\u2019aigle d\u2019<em>Haast<\/em> a donc d\u00e9finitivement disparu au\u00a0 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Pas de doute l\u00e0-dessus, d\u2019autant plus qu\u2019un oiseau aussi gros ne passe pas inaper\u00e7u.<br \/>\nLorsque les Europ\u00e9ens arrivent sur l\u2019\u00eele quelques centaines d\u2019ann\u00e9es plus tard, tr\u00e8s vite ils entendent parler d\u2019un oiseau terrifiant, mais d\u00e9pourvu d\u2019ailes. Si au d\u00e9but ces r\u00e9cits sont rang\u00e9s dans la cat\u00e9gorie des l\u00e9gendes, les scientifiques ne tardent pas \u00e0 trouver des ossements de <em>moa<\/em>, et m\u00eame des fragments d\u2019\u0153ufs. Devant ces d\u00e9couvertes ils comprennent alors que cet animal \u00e0 bel et bien exist\u00e9. Et r\u00e9cemment.<br \/>\nMais une question br\u00fble alors toutes les l\u00e8vres\u00a0: et s\u2019il en existait encore\u00a0?<br \/>\nLe vieux continent ne tarde pas \u00e0 \u00eatre pris d\u2019une nouvelle lubie\u00a0: qui sera le premier explorateur \u00e0 voir un <em>moa <\/em>en chair et en os\u00a0?<\/p>\n<p>De nombreuses exp\u00e9ditions se mettent en place, et m\u00eame si les t\u00e9moignages fusent, personne ne ram\u00e8nera la preuve irr\u00e9futable de la survie du <em>moa<\/em>. Certains maoris disent avoir aper\u00e7u l\u2019animal jusque dans la fin des ann\u00e9es 1700.<br \/>\nEn 1950 des am\u00e9ricains et des n\u00e9oz\u00e9landais tentent une exp\u00e9dition dans les for\u00eats imp\u00e9n\u00e9trables de l\u2019\u00eele du sud\u00a0: sans succ\u00e8s.<br \/>\nEn 1978, des japonais num\u00e9risent le cri du <em>moa <\/em>\u00e0 l\u2019aide d\u2019un fossile de sa gorge. Puis ils se rendent dans les <em>Fjorlands<\/em>, et \u00e9mettent le son en attendant une r\u00e9ponse. Toujours rien.<br \/>\nEn 1993 un patron d\u2019h\u00f4tel, <em>Paddy Freaney<\/em>, pense avoir immortalis\u00e9 l\u2019animal. Mais la photo n\u2019est pas assez nette pour \u00eatre une preuve irr\u00e9futable, et beaucoup l\u2019accusent d\u2019avoir voulu se faire un coup de publicit\u00e9 gratuite.<br \/>\nMais le t\u00e9moignage le plus int\u00e9ressant reste celui de <em>Alice McKenzie<\/em>, qui en 1880, alors qu\u2019elle n\u2019avait que 7 ans, raconte \u00eatre tomb\u00e9e nez \u00e0 nez avec un oiseau de grande taille sur la plage. Sa description ressemble trait pour trait \u00e0 celle d\u2019un <em>moa<\/em>, et laissera la communaut\u00e9 scientifique perplexe.<\/p>\n<p>Au final, m\u00eame s\u2019il est probable que le moa ait disparu, les for\u00eats imp\u00e9n\u00e9trables de Nouvelle-Z\u00e9lande sont nombreuses, et en particulier sur l\u2019\u00eele du sud. Voyant son nombre d\u00e9cro\u00eetre, notre oiseau aurait tr\u00e8s bien pu s\u2019y retrancher et totalement changer de mode de vie. Qui sait, peut-\u00eatre que dans un futur proche un sp\u00e9cimen fera son apparition\u2026<\/p>\n<p>Mais je m\u2019\u00e9gare dans toutes ces histoires. Car pour en revenir \u00e0 notre course, il se pourrait que nous ayons parl\u00e9 trop vite. Au 15<sup>\u00e8me<\/sup> kilom\u00e8tre nous retrouvons enfin la mer, et une l\u00e9g\u00e8re \u00e9claircie se distingue au large. Les montagnes commencent \u00e0 appara\u00eetre sur notre gauche. La pluie s\u2019arr\u00eate et nous permet d\u2019appr\u00e9cier comme il se doit la <em>Bruce Bay Beach<\/em>, plage class\u00e9e comme une des 10 plus belles du pays. C\u2019est vrai que les rouleaux allant pratiquement se jeter dans la for\u00eat, charriant troncs et v\u00e9g\u00e9tation au passage, sont superbes \u00e0 regarder.<br \/>\nLe seul b\u00e9mol c\u2019est le nombre incalculable de <em>sandflies<\/em> qui grouillent autour de nous. Et ils sont toujours aussi carnassiers. Etant donn\u00e9 qu\u2019ils aiment les points d\u2019eau et mar\u00e9cages en tout genre, j\u2019ai l\u2019impression que \u00e7a ne va pas aller en s\u2019arrangeant. Car nous nous dirigeons tout droit vers les <em>Fjordland<\/em>, r\u00e9gion connue pour \u00eatre assez aquatique.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tape se d\u00e9roule comme pr\u00e9vue\u00a0: calmement. Mais sous un beau ciel bleu, ce qui \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre gagn\u00e9 au r\u00e9veil. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi nous croisons la <em>Monroe Beach<\/em>. Surement la plus belle plage qui m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir en Nouvelle-Z\u00e9lande. Cerise sur la g\u00e2teau\u00a0: un pingouin se laisse porter par une vague pour finir \u00e0 plat ventre sur le sable, se rel\u00e8ve et part en se dandinant se r\u00e9fugier derri\u00e8re les rochers.<\/p>\n<p>A noter qu\u2019aujourd\u2019hui nous aurons vu des montagnes, la mer, des lacs, des for\u00eats. Le tout en 70 kilom\u00e8tres. Connaissez-vous un pays qui propose une aussi belle diversit\u00e9\u00a0? Personnellement non, et je compte bien en profiter. Je vous laisse donc, et vous dit \u00e0 demain pour la derni\u00e8re journ\u00e9e de course n\u00e9oz\u00e9landaise.<\/p>\n<p>Donn\u00e9es de la montre Epix :\u00a0<a href=\"https:\/\/connect.garmin.com\/modern\/activity\/embed\/1401726909\" target=\"_blank\">Garmin Connect<\/a><\/p>\n<p>Parcours du Jeudi 13 Otobre :\u00a0<a href=\"http:\/\/www.openrunner.com\/index.php?id=6653442\" target=\"_blank\">Etape 257<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>70,28km &#8211; 9H34&prime; Il y a des jours comme \u00e7a, o\u00f9 l\u2019on devine d\u00e8s le r\u00e9veil qu\u2019il va falloir prendre son mal en patience. Cette nuit la pluie n\u2019a pas arr\u00eat\u00e9 de battre les carreaux de la chambre. Au r\u00e9veil pas de miracle, elle tombe toujours abondamment. L\u2019\u00e9tape du jour\u00a0? 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