{"id":8091,"date":"2016-08-12T21:34:13","date_gmt":"2016-08-12T20:34:13","guid":{"rendered":"http:\/\/sergegirard.fr\/fr\/?p=8091"},"modified":"2016-08-22T08:04:23","modified_gmt":"2016-08-22T07:04:23","slug":"e195-vendredi-12-aout-northway-junction-tok","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sergegirard.fr\/fr\/2016\/08\/12\/e195-vendredi-12-aout-northway-junction-tok\/","title":{"rendered":"E195: Vendredi 12 ao\u00fbt \/\/ Northway Junction &#8211; Tok"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">74,42km &#8211; 10h21&prime;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9part sous une m\u00e9t\u00e9o bien plus capricieuse qu&rsquo;hier. Un \u00e9pais voile nuageux bouche l&rsquo;horizon et une fine pluie tombe d\u00e9j\u00e0. Au loin, de sombres nuages n&rsquo;annoncent rien de bon concernant le reste de l&rsquo;\u00e9tape.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8me journ\u00e9e de course pour Philippe. Pas \u00e9vident pour lui de se caler sur le rythme de Serge, qui est rod\u00e9 depuis plusieurs mois maintenant.<br \/>\nLe temps de rallier notre point de d\u00e9part aux alentours de 6h30, et nous apercevons sur le bord de la route trois \u00e9lans, tranquillement en train de brouter de l&rsquo;herbe. Des \u00e9lans, des caribous\u00a0ou bien des orignals\u00a0? Les avis divergent au sein du v\u00e9hicule. Alors c&rsquo;est l&rsquo;occasion de mettre tout le monde d&rsquo;accord\u00a0: dans cette grande famille des cervid\u00e9s, l&rsquo;orignal et l&rsquo;\u00e9lan sont sensiblement les m\u00eames animaux, mais vivants \u00e0 diff\u00e9rents endroits de la plan\u00e8te. L&rsquo;\u00e9lan est bien plus connu de par chez nous car originaire d&rsquo;Europe et d&rsquo;Asie, tandis que l&rsquo;orignal est son homologue nord-am\u00e9ricain. Concernant les caribous, ce sont les m\u00eames animaux que&#8230; les rennes. M\u00eame principe, ces derniers vivent dans les r\u00e9gions arctiques d&rsquo;Europe et d&rsquo;Asie (comme par exemple la Scandinavie), et les caribous dans le grand nord am\u00e9ricain. A noter que les rennes et caribous sont les seuls cervid\u00e9s que l\u2019homme ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 domestiquer.<br \/>\nEt puisqu&rsquo;on parle d&rsquo;animaux, pourquoi ne pas continuer sur notre lanc\u00e9e\u00a0? Vous n&rsquo;\u00eates pas sans savoir que le championnat de football anglais a son <em>Big Four<\/em>. Et bien les Alaskains ont d\u00e9cid\u00e9 de voir plus loin, avec un <em>Big Five<\/em>. Une <em>dream team<\/em> de cinq animaux embl\u00e9matiques qui sont repr\u00e9sent\u00e9s un peu partout dans cet \u00e9tat. Tout le tourisme tourne autour d&rsquo;eux, et si vous arrivez \u00e0 passer une journ\u00e9e sans voir quelque chose \u00e0 leur effigie, c&rsquo;est que vous \u00eates peut-\u00eatre atteints de myopie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Il y a tout d&rsquo;abord le grizzly. Tout l&rsquo;\u00e9quipe esp\u00e8re en apercevoir un d&rsquo;ici l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Anchorage. A condition qu&rsquo;il soit \u00e0 une distance raisonnable bien sur. Car contrairement aux ours noirs aper\u00e7us par Serge le mois dernier, les grizzlys sont r\u00e9put\u00e9s pour avoir un sale caract\u00e8re et \u00eatre bien moins sociables que leurs cong\u00e9n\u00e8res canadiens. Et bien plus gros&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ensuite vous avez le loup gris, un classique. J&rsquo;irai m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 dire un ind\u00e9modable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Moins connu en Europe, le mouflon de Dall est aussi de la partie. M\u00eame corpulence que notre mouton caucasien, mais avec une fourrure rase et deux grandes cornes qui s&rsquo;enroulent sur elles-m\u00eames.<br \/>\n&#8211; Et reste bien \u00e9videmment l&rsquo;\u00e9lan et le caribou, dont vous connaissez maintenant les plus grands secrets.<br \/>\nCes cinq animaux sont pr\u00e9sents sur \u00e0 peu pr\u00e8s 90% des cartes postales, et souvent empaill\u00e9s au milieu des r\u00e9ceptions d&rsquo;h\u00f4tels. M\u00eame l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Anchorage les fait fi\u00e8rement tr\u00f4ner au beau milieu du hall principal, comme pour montrer \u00e0 tous les voyageurs qu&rsquo;ici on est plut\u00f4t fier de la faune locale.<br \/>\nD&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on estime \u00e0 un millier le nombre d&rsquo;esp\u00e8ces animales en Alaska (dont 115 mammif\u00e8res et 400 oiseaux, rien que \u00e7a).<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 jardin, la flore n&rsquo;est pas en reste. Le nord de l&rsquo;\u00e9tat est bien \u00e9videmment recouvert de toundra (un ensemble de v\u00e9g\u00e9taux r\u00e9sistants aux temp\u00e9ratures les plus basses), tandis que les c\u00f4tes sont bord\u00e9es d&rsquo;humides for\u00eats temp\u00e9r\u00e9es, et que l&rsquo;int\u00e9rieur des terres jouit plut\u00f4t d&rsquo;un climat continental. Rajoutez \u00e0 cela des diff\u00e9rences d&rsquo;altitude tr\u00e8s importantes (du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 6190m d&rsquo;altitude pour le mont Denali) et vous obtenez une flore tr\u00e8s vari\u00e9e !<br \/>\nJe dois avouer que l&rsquo;Alaska me surprend par sa diversit\u00e9. Moi qui imaginais un endroit isol\u00e9, d\u00e9sertique et finalement assez lin\u00e9aire, il n&rsquo;en est rien\u00a0!<br \/>\nLa journ\u00e9e suit son cours sur la tr\u00e8s tranquille <em>Alaska Highway 2<\/em>, toujours en direction de <em>Tok <\/em>o\u00f9 nous s\u00e9journerons de nouveau ce soir. Par cons\u00e9quent nous y avons laiss\u00e9 nos affaires ce matin, et voyageons l\u00e9ger.<br \/>\n<em>Tok <\/em>est en quelque sorte le centre n\u00e9vralgique de la <em>Tanana Valley<\/em>. L&rsquo;endroit o\u00f9 tout se passe. \u00ab\u00a0<em>The place to be<\/em>\u00a0\u00bb si je puis me permettre. Fort de ses 1258 habitants, de son \u00e9cole et du pipeline qui la traverse directement (station de pompage incluse), l&rsquo;activit\u00e9 premi\u00e8re de cette ville est li\u00e9e au tourisme et celle-ci se pr\u00e9sente comme une halte bienvenue pour les touristes en d\u00e9placement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est tout juste 10h, et le soleil n&rsquo;arrive toujours pas \u00e0 percer la grisaille ambiante. Cela donne un c\u00f4t\u00e9 quelque peu \u00ab\u00a0film d&rsquo;horreur\u00a0\u00bb au paysage. Au d\u00e9tour d&rsquo;un virage, nous d\u00e9couvrons de nouveaux panneaux explicatifs sur les environs. Leur pr\u00e9sence t\u00e9moigne de l&rsquo;importance accord\u00e9e au tourisme, qui fait partie des trois principaux axes \u00e9conomiques de l&rsquo;Alaska, avec la p\u00eache et la production d&rsquo;hydrocarbures. Nous aurons l&rsquo;occasion de reparler de ces deux derniers un peu plus tard, mais pour l&rsquo;instant revenons \u00e0 nos panneaux. On nous y explique que les animaux ne g\u00e8rent pas tous de la m\u00eame mani\u00e8re l&rsquo;arriv\u00e9e du rude hiver Alaskain.<br \/>\nCertains comme les ours noirs, ou bien les campagnols restent au chaud dans des abris construits en amont, mais sans pour autant hiberner \u00e0 proprement parler. Les femelles ours continuent \u00e0 mettre au monde par exemple. D\u2019autres comme les belettes changent la couleur de leur fourrure afin de se camoufler dans la neige. Elles profitent de leur nouvelle toison\u00a0pour chasser le jour et reviennent\u00a0se mettre \u00e0 l\u2019abri la nuit. Les caribous, eux, doivent migrer pendant l&rsquo;hiver. Le <em>lichen <\/em>dont ils raffolent \u00e9tant immangeable une fois recouvert de neige, ils sont oblig\u00e9s d&rsquo;entreprendre des d\u00e9placements de plusieurs centaines de kilom\u00e8tres dans le but de trouver des zones plus hospitali\u00e8res et abondantes en nourriture.\u00a0Ce qui am\u00e8ne une autre difficult\u00e9\u00a0: les loups,\u00a0qui profitent de tout ce cort\u00e8ge migratoire, pour changer leurs habitudes et partir \u00e0 la chasse au caribou.<br \/>\nIl est vraiment int\u00e9ressant de voir comment cette nature rest\u00e9e intacte voit son comportement et ses m\u00e9canismes \u00e9voluer au fil des saisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est maintenant midi. Le soleil illumine timidement un coin de ciel, l&rsquo;air de dire \u00ab\u00a0d\u00e9sol\u00e9 mais en ce moment je ne peux pas faire beaucoup mieux\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors il amorce sa longue descente vers l&rsquo;horizon. J&rsquo;ai bien observ\u00e9 le ciel durant la nuit derni\u00e8re, et celui-ci n&rsquo;est jamais d&rsquo;un noir obscur, m\u00eame \u00e0 une heure tr\u00e8s tardive. Le soleil ne se l\u00e8ve jamais tr\u00e8s loin de l\u00e0 o\u00f9 il se couche, fait un timide arc de cercle entre les nuages et redescend tout en douceur. Cercle polaire oblige.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis le d\u00e9but de la journ\u00e9e, la cadence impos\u00e9e par les moustiques est IN-FER-NALE. Je n&rsquo;en ai jamais vu d&rsquo;aussi voraces, surentra\u00een\u00e9s et nombreux. Philippe \u00e0 les jambes cribl\u00e9es de piq\u00fbres. Chaque porte ou fen\u00eatre du v\u00e9hicule \u00e0 peine ouverte en laisse rentrer un nombre incalculable \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Difficile de garder son calme, et pourtant s&rsquo;\u00e9nerver ne sert strictement \u00e0 rien tellement il en arrive sans cesse. Surtout qu&rsquo;en y r\u00e9fl\u00e9chissant, eux-m\u00eames ne doivent pas se rendre compte de ce qu\u2019il leur arrive. Ils naissent avec une trompe et une irr\u00e9pressible obsession pour le sang. D\u00e8s lors, dans un coin aussi perdu que celui-ci, voir sept blancs-becs venus d&rsquo;Europe se balader en manche courte doit ressembler \u00e0 une sorte de cadeau divin. Je me surprends m\u00eame \u00e0 avoir de la peine pour eux. Les pauvres ne doivent m\u00eame pas comprendre toute cette haine que nous avons pour eux. Apr\u00e8s tout il n&rsquo;y a pas mort d&rsquo;homme. Juste un l\u00e9ger manque de courtoisie de leur part, mais m\u00e9ritent-ils de se faire violement \u00e9craser contre les vitres ?\u2028 Voil\u00e0 que je divague et me mets \u00e0 fraterniser avec l&rsquo;ennemi&#8230; s\u00fbrement l&rsquo;air du grand nord&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tout cas tout cela n&rsquo;atteint pas le moral de Serge. Il plaisante et avance bien. Assur\u00e9ment, il a h\u00e2te d&rsquo;en terminer avec le continent nord-am\u00e9ricain. De passer \u00e0 autre chose. Plus de 5 mois maintenant qu&rsquo;il est parti de Miami. Et Anchorage commence \u00e0 pointer le bout de son nez. Les panneaux indiquant le nombre de miles restants ont fait leur apparition, comme si le compte \u00e0 rebours \u00e9tait enfin lanc\u00e9. 328 miles aux derni\u00e8res nouvelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi je change de place avec celle de Victor, et int\u00e8gre la voiture suiveuse. Me revoil\u00e0 au c\u00f4t\u00e9 de mon Ren\u00e9. Le duo est reform\u00e9. Le Laurel a retrouv\u00e9 son Hardy. C&rsquo;est comme si nous nous \u00e9tions attendus durant tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Que d&rsquo;\u00e9motion en le voyant regarder au loin et l\u2019entendre me dire \u00ab\u00a0Ah, les voil\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu de temps avant de rentrer dans <em>Tok<\/em> nous traversons la <em>Tenana River<\/em>. Couleur chocolat au lait. Cela me rappelle que lorsque nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Anchorage, en regardant depuis le hublot de l&rsquo;avion, je n&rsquo;avais jamais vu une mer d&rsquo;un gris aussi fonc\u00e9. La Manche paraissait tropicale \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nos deux coureurs sont maintenant sur une longue ligne droite les menant tout droit \u00e0 <em>Tok<\/em>. Serge appr\u00e9cie. Philippe un peu moins. Les go\u00fbts et les couleurs. La cha\u00eene de montagnes que nous apercevons depuis notre entr\u00e9e en Alaska s&rsquo;est nettement rapproch\u00e9e. Une fois dans <em>Tok,<\/em> nous effectuons notre premi\u00e8re bifurcation de la journ\u00e9e, vers la gauche et plus pr\u00e9cis\u00e9ment vers cette fameuse rang\u00e9e de massifs. Demain sera une \u00e9tape montagneuse, mais pas de contre-la-montre au programme, nos deux coureurs continueront de d\u2019avancer en symbiose.\u2028Derni\u00e8re pr\u00e9cision de la journ\u00e9e, aujourd&rsquo;hui nous avons atteins le point le plus au nord de tout le \u00ab\u00a0<em>Run Around the Planet<\/em>\u00a0\u00bb. Mais Serge vous en parlera mieux que moi dans sa vid\u00e9o.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dor\u00e9navant, et ce jusqu&rsquo;\u00e0 Anchorage, nous allons s\u00e9journer dans des h\u00f4tels en pleine cambrousse, et le wifi risque d&rsquo;\u00eatre une denr\u00e9e rare. Ne soyez donc pas \u00e9tonn\u00e9s si les compte-rendus, photos et vid\u00e9os ne sont pas en ligne. Mais soyez certains que la balise continuera d&rsquo;afficher notre progression. Bonne nuit.<\/p>\n<p>Donn\u00e9es de la montre Epix: <a href=\"https:\/\/connect.garmin.com\/modern\/activity\/embed\/1300894518\" target=\"_blank\">Garmin Connect<\/a><\/p>\n<p>Parcours du samedi 13 ao\u00fbt: <a href=\"http:\/\/www.openrunner.com\/index.php?id=6207847\" target=\"_blank\">Etape 196<\/a><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/besfAkMdQdU?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>74,42km &#8211; 10h21&prime; D\u00e9part sous une m\u00e9t\u00e9o bien plus capricieuse qu&rsquo;hier. Un \u00e9pais voile nuageux bouche l&rsquo;horizon et une fine pluie tombe d\u00e9j\u00e0. Au loin, de sombres nuages n&rsquo;annoncent rien de bon concernant le reste de l&rsquo;\u00e9tape. Deuxi\u00e8me journ\u00e9e de course pour Philippe. 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