55,64km – 9h26′ – 1384 m de D+

2 heures de route hier soir pour rejoindre l’hôtel, et donc à nouveau 2 heures dans le sens opposé ce matin. Heureusement la circulation est quasi inexistante. Serge a retardé son début d’étape d’une heure afin que l’on ne se lève pas trop tôt.
Passage à la station essence pour faire le plein, ainsi que quelques courses d’appoint. Check.
L’organisation est rodée maintenant, et tout le monde sait ce qu’il à faire.

Notre route reprend à Barotu. Serge continue sa campagne électorale en saluant tous les gens qu’il croise. Il a calculé qu’en moyenne, sur 10 personnes en voiture, 7 lui répondent d’un signe de la main. Suffisant pour brider un mandat présidentiel ?
Dès le premier ravitaillement, nous bifurquons sur une piste. Ce sera notre unique route de la journée. Nous traversons quelques villages. Les enfants ne sont pas à l’école le samedi, alors la journée est clairement orientée sport. Au programme : du foot, du volley et bien évidemment du rugby.

Les premiers villages traversés nous intriguent : de nombreuses habitations sont en très mauvais état, et tout le monde semble s’activer à la construction de nouvelles maisons à l’aide de briques, ciment et morceaux de tôles. Comme si quelque chose avait ravagé les environs. Un ouragan ? Cyclone ? Tremblement de terre ?

Très vite nous quittons la civilisation et nous retrouvons seuls sur notre piste qui n’a de cesse de monter en altitude. Une pente en particulier est extrêmement raide, et j’en viens à me demander si ce n’est pas la plus inclinée jamais grimpée par Serge depuis son départ. Après quelques vérifications, il se trouve que la plus pentue se situait dans les Pyrénées, mais celle d’aujourd’hui figure dans le top 3.

Serge marche bien plus qu’il ne court en ce début d’étape. Alors que d’habitude il met 40 minutes pour rejoindre le prochain ravitaillement, aujourd’hui il en met 50, puis 55, allant même jusqu’à 1 heure pour faire 5 kilomètres. On avance lentement, et de plus, rouler sur cette piste accidentée est tout sauf reposant.

Mais toute cette ascension en vaut la peine. Les points de vue se succèdent et Monika ne s’arrête plus de filmer. Le drone est rentabilisé au maximum, si bien que sur l’heure du midi, il va nous fausser compagnie. Alors qu’il revenait se poser à nos côtés, celui-ci heurte un palmier et tombe une cinquantaine de mètres au loin dans la jungle, en contrebas de la corniche où nous sommes. Un ange passe. Monika est prête à descendre, mais avec toute cette végétation difficile d’évaluer l’inclinaison du sol, les éventuels animaux qui pourraient y trainer, bref la dangerosité d’une telle escapade. On a déjà perdu le drone, alors on ne va pas perdre un membre de l’équipe !
Nous partons donc à la recherche d’un habitant susceptible de nous aider. Et le premier sera le bon. Nathan n’hésite pas une seule seconde, prend son cheval et sa machette et nous suit jusqu’au lieu du drame. Après quelques minutes de réflexion, il juge l’expédition possible et part ouvrir un chemin dans la végétation à grand coups de machette. La classe.
Une dizaine de minutes plus tard le drone est récupéré, et l’homme nous lâche un « merci » sans rien attendre en retour,  et part détacher son cheval. De nouveau la classe.
Je pense que je vais demander la nationalité Fidjienne.

Une fois cette frayeur passée, nous rejoignons Serge et Ludovic. Notre coureur, qui vient de discuter avec deux locaux, tiens enfin son explication. Il y a un bien un cyclone qui est passé en février dernier sur l’île, et plus particulièrement ici sur la côte est. Il paraitrait même que l’œil du cyclone a touché cet endroit très précisément, détruisant tout sur son passage.
Chaque village arbore un panneau expliquant qui finance les réparations. Ainsi des Japonais ont distribué des tentes Unicef et reconstruit des écoles, tandis que l’Australie, la Corée mais aussi la Nouvelle-Zélande ont aussi participé à la reconstruction de cette zone particulièrement touchée. En même temps, qui ne voudrait pas aider des gens aussi sympathiques ?

Signe que les dégâts devaient être énormes, les travaux pour reconstruire les maisons ne semblent commencer que depuis peu, alors que le cyclone est passé il y a plus de 6 mois. C’est dire à quel point les routes devaient être impraticables.
Serge semble pris d’affection pour les gens d’ici et cette terrible catastrophe qui leur est arrivé, si bien qu’il ne parle que de ça.

Au 42ème kilomètre, nous passons de la région occidentale à la région centrale. Les Fidji sont divisés en quatre régions administratives, deux découpant la grande île en son centre, une autre concernant la deuxième plus grande île (région septentrionale) et une dernière le reste des îles et îlots (région orientale).

De grands feux sont allumés dans les champs en ce début d’après-midi. Certes tout cela est nécessaire pour pouvoir replanter la canne à sucre par-dessus, mais nous avons du mal à comprendre comme ils les contrôlent, avec le peu de moyens à leur disposition, toute cette chaleur et ce vent. Et n’espérez pas faire venir les pompiers ici, sur cette piste coupée du monde…

L’étape se termine à quelques kilomètres de la fin de la piste. Etant donné le départ tardif de Serge, sa lente progression d’aujourd’hui et la nuit qui tombe vite ici, il préfère arrêter après 55 kilomètres parcourus.
Malgré tout il ne rentre à l’hôtel qu’à 19h.
Encore une grosse journée pour toute l’équipe, qui vous dit à demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect