70,11km – 10h52′

Ce matin, c’est au tour du Mauna Kea d’être parfaitement visible. Sa lointaine silhouette domine l’île tout entière. Et pour cause, son sommet est le point le plus haut de tout l’archipel. Culminant à 4207 mètres, il lui arrive même d’être enneigé plusieurs jours dans l’année. D’où son nom qui signifie « montagne blanche » en hawaiien.
Mais l’imposante domination du Mauna Kea, et son âge plutôt avancé (environ un million d’années), ne font pas de lui la terreur du quartier. Loin de là. Sa dernière éruption date d’il y a 4500 ans, et il est depuis rangé dans la catégorie des volcans endormis, avec un risque de réveil assez faible.

Et pourtant le Mauna Kea continue de faire parler de lui, surtout auprès de la communauté scientifique et notamment des astrologues, car il est l’un des meilleurs endroits au monde pour observer les confins de l’espace : son sommet s’élève au-dessus de la couche d’inversion (sorte de palier que la pollution et la plupart des nuages ne franchissent pas), l’atmosphère y est extrêmement sèche et la pollution lumineuse très faible. Des conditions idéales donc, et c’est pourquoi de très puissants télescopes y ont été installés à partir de 1970.

Mais avant de penser à conquérir l’univers, il faudrait déjà peut-être terminer ce tour du monde. L’étape reprend là où elle a s’est arrêtée hier : c’est-à-dire au milieu de pas grand chose. Très vite Serge va dévier de la highway 11 comme James nous l’a conseillé. Une longue descente nous emmène tout près de la mer, sur une route certes plus tranquille, mais où le soleil tape très fort. Les coins d’ombre se font rares. Ludovic, qui n’en est pas à son premier enfonçage de porte ouverte, m’explique que s’il y a descente… alors il y a montée.
Mais avant de vérifier cela, nous faisons halte sur une petite plage de roche volcanique, qui fait face à la baie de Kealakekua. C’est ici, quelques centaines de mètres de l’autre côté de l’eau, en contre-bas des falaises, qu’est érigé le monument en mémoire de James Cook.

Le capitaine James Cook, navigateur, explorateur et cartographe britannique à la Royal Navy a été le premier Européen à réellement explorer le Pacifique. A la base envoyé pour découvrir un immense continent austral, qui s’avèrera n’exister que dans les rêves des occidentaux, il est le premier Européen à amarrer en Australie, en Nouvelle-Calédonie ainsi qu’à Hawaï (selon les écrits). Et pour parfaire ce CV déjà bien pimpant, il fut aussi le premier navigateur à faire le tour de l’Antarctique et à cartographier Terre-Neuve et la Nouvelle-Zélande. Pas mal non ? Il était connu pour être un capitaine exemplaire, bienveillant avec son équipage et dont la soif de découverte se faisait toujours dans les règles de l’art, en essayant de ne jamais perturber les populations locales et d’éviter au maximum le conflit.

A son arrivée sur Big Island, les Hawaiiens (alors en pleine période des célébrations religieuses en l’honneur du dieu de la paix Lono), assimilèrent James Cook ni plus ni moins à une divinité, lui offrant parures et petits cochons normalement réservés aux cérémonies religieuses. Sauf que débarquer sur une île ayant été aussi longtemps coupée du monde, avec des coutumes, des règles et des codes sociaux si différents de ceux que l’Europe possédait à l’époque, était forcément risqué. Je ne vais pas vous retracer en détail les derniers jours de cette expédition, mais si cela vous intéresse je ne peux que vous conseiller de lire les écrits de James King -facilement trouvables sur internet-, alors adjoint de James Cook et qui raconte de façon très intéressante et détaillée leur arrivée sur l’île, l’accueil des locaux et les quiproquos qui n’ont fait qu’augmenter la méfiance et la tension entre les deux camps, jusqu’à cette bataille du 14 février 1779, où James Cook fut tué (et paraîtrait-il même dévoré).
Un obélisque a été construit dans la baie où a eu lieu cet affrontement, afin de lui rendre hommage, et l’endroit a même été cédé au Royaume-Uni, faisant donc maintenant officiellement partie de son territoire.

On peut donc dire que ce matin, de l’autre côté de l’eau se trouvent les côtes anglaises. Avec les falaises et les gros rochers qui constituent la plage, tout ça me donne l’illusion d’être revenu au Havre…sauf qu’il fait 30°C alors la magie a un peu du mal à prendre.

Mais revenons à notre course. Serge s’engage dans la fameuse montée prédite par Ludovic. Et quelle montée ! La pente est raide et les virages serrés, mais l’imposante végétation qui délimite les jardins offre des passages ombragés que Serge traverse avec le plus grand plaisir. Une fois arrivé en haut nous retournons sur la highway 11 l’espace de quelques kilomètres, puis nous repartons sans plus attendre pour une autre descente ! Et oui, éviter les routes principales n’est pas sans repos ici. Notre route longe le bord de mer pendant environ 5 kilomètres, où les plages, restaurants et boutiques se succèdent au milieu du plus gros flot de touristes que nous ayons vu depuis notre arrivé sur Big Island. Pas de doute : nous sommes arrivés à Kona qui, bien qu’elle ne soit pas la capitale administrative, est assurément la ville la plus importante de l’île.

Vite fait bien fait, Serge la traverse et s’engage sur la dernière et surement la plus dure montée de la journée, avec des pentes allant jusqu’à 13% et certains passages très très chauds où bon nombre de voitures frôlent notre coureur qui doit bien souvent se résoudre à marcher.
Notre parcours devait initialement s’arrêter à Kona, mais Serge avait depuis quelques jours envie de passer les 15 000 kilomètres ici, à Hawaii. Alors en cette fin d’étape nous continuons à serpenter vers le centre de l’île, mais il est vrai que dès que l’on sort de la route principale, celle qui fait le tour de Big Island, les routes sont tout de suite bien plus pentues.

Nous terminons notre étape à très exactement 20,2 kilomètres du passage des 15 000.
Sur la route du retour, Serge explique à Ludovic que son tendon d’Achille lui fait mal, et qu’il s’est fait un léger torticolis cette nuit. Ludo les bons tuyaux, kinésithérapeute de formation, a donc une mission : essayer de réparer tout ça dans les jours qui viennent.
En attendant on se retrouve demain, pour les dernières foulées en terre hawaiienne.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect