70,14km – 10h28′

Depuis que nous sommes arrivés sur Hawaii, c’est le même scénario à chaque début d’étape. Jusqu’en milieu de matinée le ciel nous offre un aperçu de ce que pourrait être le paysage si le temps ne se dégradait pas. Mais malgré toutes nos prières, danses et hectolitres de crème solaire sacrifiée en l’honneur du dieu soleil, rien n’y fait. Les nuages finissent toujours par gagner.

Sauf peut-être ce matin, où le beau temps semble faire de la résistance. Et ça tombe plutôt bien, car aujourd’hui nous traversons la partie la plus volcanique de l’île. Serge entame dès les premiers kilomètres l’ascension du volcan Kīlauea. Mais pour le moment le paysage n’est pas encore celui que l’on imaginait voir. La végétation est toujours aussi abondante, et les moustiques fidèles au rendez-vous. D’autant que maintenant les mouches se mettent aussi à piquer. Je ne compte plus les boutons sur mes jambes. Mais mentalement tout va bien. J’ai l’impression d’être devenu un moine bouddhiste ayant totalement vaincu l’envie de se gratter.

Il est 11h et le combat était perdu d’avance : le temps est en train de virer au gris. J’espère juste pouvoir au moins observer le volcan Kīlauea, car en ce qui concerne le Mauna Kea que nous avons longé pendant deux jours, je n’ai jamais réussi à l’apercevoir. Et pourtant il mesure plus de 4000 mètres.
Serge est concentré sur sa course. Sur l’heure du midi il atteint le « sommet » de la journée : 1203 mètres d’altitude. Peu après je découvre avec une certaine déception que notre route ne traverse pas à proprement parler le Hawaii Volcanoes National Park (comme nous avions pu le faire à Grand Canyon, ou dans la Death Valley), mais en fait plutôt le tour. Le paysage risque donc de ne pas être celui attendu. Mais ça, ce n’est pas la priorité de notre coureur, qui lui court plutôt après les kilomètres. En effet il aimerait franchir la barre des 15 000 avant notre départ de l’archipel, et je suis persuadé qu’en ce moment-même ont lieu dans sa tête d’innombrables calculs afin de lui permettre d’arriver à ses fins.

En attendant, nous sommes toujours sur la route longeant le Kīlauea. La végétation ne désemplie pas, et je réalise que ce volcan est en fait beaucoup plus grand que je ne le pensais. L’un des plus grands au monde même ! Plus de 1 430 km2 de superficie ! Etant donné qu’il est le dernier à avoir pris forme sur l’archipel (si l’on met de côté le petit nouveau au fond de l’eau), le point chaud ne s’est pas encore trop éloigné, ce qui rend l’activité du volcan toujours aussi importante. Là encore il est un des plus tourmentés au monde, avec pas moins de 52 éruptions durant le 20ème siècle. Mais le volcanisme hawaiien est tout sauf explosif, car la grande fluidité de la lave favorise l’écoulement de cette dernière et évite ainsi que le cratère n’explose tel une cocotte-minute. D’ailleurs en parlant de cratère, le principal (qui aujourd’hui est caché dans les nuages) ne crache plus de lave depuis bien longtemps. Ce qui explique toutes ces forêts le long de la route, qui semblent complètement vierges de tout volcanisme. Et quand je dis « depuis longtemps », ce n’est pas parce que ce volcan est le dernier de la famille qu’il n’est pas vieux : ses premières apparitions sous-marines datent d’il y a entre 300 000 et 600 000 ans !
Néanmoins il existe un cratère annexe, appelé Puʻu ʻŌʻō et accessible seulement à pied, qui est en éruption continue depuis 1983 ! La lave se déverse tout en douceur sur plusieurs dizaines de kilomètres, jusqu’à rejoindre l’océan Pacifique et se solidifier au contact de l’eau, augmentant la superficie de l’île de jour en jour.

Quelques panneaux sur le bord de route expliquent que ce parc est une véritable réserve naturelle car 90% des espèces florales et animales qui se trouvent à l’intérieur sont endémiques !
Les pancartes expliquent aussi que le lien unissant les Hawaiiens et le Kīlauea est comparables à ceux unissant les Népalais et le Tibet, les Masai et le Kilimandjaro ou bien encore les Aborigènes et le Eyer’s Rock.
C’est dire la dimension spirituelle de cet endroit, qui selon les légendes hawaiiennes était le repère de Pélé, la déesse des volcans et du feu. Cette dernière fût chassée de Tahiti par Nāmaka, la déesse de l’eau (et accessoirement sa sœur), et serait alors venue se réfugier ici. Tous ses accès de rage seraient alors la cause de ces éruptions.

C’est sur cette note mythologique que se termine la journée. Enfin la journée de course, car une fois à l’hôtel du soir, la gérante nous explique qu’une caldera est observable quelques miles plus loin. Après que la nuit soit tombée, Ludovic et moi prenons donc la voiture pour aller regarder tout ça de plus près. Nous rentrons les yeux encore écarquillés, après avoir observé un superbe spectacle où les effusions de lave se mêlaient à un magnifique ciel étoilé. Voilà qui clôture comme il se doit cette 219ème étape.
A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mardi 06 septembre: Etape 120