70,47km – 10h32′
Petite remontée dans le temps : l’étape d’hier terminée, nous prenons nos quartiers dans ce charmant petit hôtel d’Honokaa. Les geckos sont encore au rendez-vous, arpentant les murs de la chambre à la recherche du moindre insecte à gober. Le couple de gérants et leur fille nous accueillent à bras ouvert. On leur explique le pourquoi du comment nous sommes à Hawaii, et ils nous invitent à signer leur livre d’or. Puis ils nous mettent l’eau à la bouche en nous expliquant que le petit-déjeuner du matin est préparé avec des fruits frais provenant directement de leur jardin. Intéressant….
Sauf que nous partons bien trop tôt le matin pour pouvoir y goûter. Qu’à cela ne tienne, ils nous offrent un panier repas avec des muffins faits maison, des bananes et du raisin. Parfait.
Ils en profitent aussi pour nous expliquer que les nuits ne sont pas très silencieuses ici. Une espèce de grenouille, très petite, a été importée par inadvertance de Puerto Rico. Depuis elles ont complètement colonisé cette partie de l’île et se comptent par milliers. Une fois la nuit tombée elles se mettent toutes à croasser d’une manière très courte et aigue. Comme un bip électronique. Les cinq premières minutes sont très déroutantes tellement le bruit est fort et présent partout autour de nous. Comme si des centaines de R2D2 venaient d’atterrir sur la planète Hawaii. Et cela durera toute la nuit, sans une seule seconde de pause.
Avant de m’endormir un gros cafard passe dans le coin de la chambre. Bon allez, on mets ça sur le compte de « l’aventure » et on ferme les yeux.
Au réveil le charme tombe quelque peu. Une colonie de toutes petites fourmis s’est invitée dans notre réserve de nourriture. Les cafards courent un peu partout sur la moquette et la bouilloire fait sauter les plombs. Comme début de journée j’ai connu mieux.
Serge lui dort dans la chambre à côté, et ne connaît ni de problème avec les insectes, ni avec l’électricité. Après je ne veux pas balancer, mais lui à un totem hawaiien au-dessus de son lit, et nous non. J’ai l’impression que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne sur ce tour du monde…
Heureusement, les muffins offerts par la maison sont eux parfaitement emballés dans un sachet hermétique. Mon cœur est partagé entre le fait que les gérants aient pensé à les protéger, mais qu’ils aient omis de nous parler des fourmis.
Une fois sur la route on prend enfin le temps de déjeuner. Après vérification du stock de nourriture, il s’avère que les fourmis ont surtout jeté leur dévolu sur les muffins à la myrtille. En même temps je les comprends. Le reste des aliments est sain et sauf. Le passage à Hilo aujourd’hui va de toute façon permettre de renflouer les stocks.
La journée commence sous une jolie lumière. Hier la télévision dans le lobby de l’hôtel expliquait que l’ouragan Lester était maintenant à plus de 100 kilomètres au nord de l’archipel, et qu’il était redescendu à une force de niveau 1 sur 5. On l’a échappé belle.
Néanmoins, même si le vent est maintenant complètement retombé, j’ai surement parlé un peu trop vite. Car la pluie fait son retour tôt dans la matinée, aux alentours de 9h. Les averses semblent sans fin, mais ont l’air de convenir à notre forrest gump normand, qui court aussi bien dans l’eau qu’un poisson y nage.
Nous longeons la côte ouest de l’île. Le ciel et la mer sont indissociables tellement leurs teintes grisâtres sont similaires. Un peu tristounet comme tableau.
Nous route de la matinée passe son temps à enjamber des cours d’eau : 77 pour être précis !
Aujourd’hui je me suis fixé une mission : photographier un caméléon. Mais sciemment cette fois. Hier ce n’est qu’une fois à l’hôtel que je me suis aperçu que l’un d’eux avait pris la pose devant l’objectif. Après plusieurs escapades entre deux ravitaillements, j’ai bien l’impression qu’il va me falloir être patient avant d’en retrouver un. Ce ne sont pas les rois du camouflage pour rien…
Peu avant 15h nous arrivons sur Hilo, la ville la plus peuplée de l’île mais aussi le siège du comté. A première vue, elle ne remportera pas le prix de la zone urbaine la plus glamour de l’année. Mais le mauvais temps y est pour beaucoup. Une longue rangée de palmiers borde le bord de mer. Ici pas de plage de sable blanc, juste de gros blocs de pierre sur lesquels d’énormes crabes noirs se déplacent à toute vitesse. Je ne sais pas ce qui baigne dans l’eau, mais cela lui confère une couleur très foncée et pas forcément aguicheuse.
Depuis notre arrive sur l’île d’Hawaii, je n’arrête pas de voir des panneaux « vous entrez dans une zone d’évacuation de tsunami ». Déjà je ne savais pas que l’île d’Hawaii en était souvent la cible (même si avec toute cette activité sismique on aurait pu s’en douter), mais ce que j’ignorais encore moins, c’est qu’Hilo s’était autoproclamée « ville ayant le plus grand nombre de tsunamis au monde ». Il y a même un musée du tsunami. Comme destination touristique, vous avouerez qu’il y a mieux. ( « Tiens chérie ça te dit de partir en vacances dans la ville où il y a le plus de tsunamis au monde ? »)
Mais d’une manière générale, c’est l’île d’Hawaii qui est beaucoup moins orientée tourisme. En premier lieu car elle est beaucoup plus instable que les autres. O’ahu par exemple, n’a plus subi d’éruptions et d’activités sismiques depuis bien longtemps, alors que sur l’île d’Hawaii la lave coule encore, et que d’autres éruptions sont à redouter ! La plupart des chaînes hôtelières préfèrent donc la sureté des îles voisines.
En tout cas, touristique ou pas, s’il y en a bien un qui avance toujours, c’est Serge. Encore 70 kilomètres aujourd’hui. Les grosses chaleur n’étant pas revenues, notre coureur continue sur sa lancée. Ce soir nous revenons dormir à Hilo et demain nous attaquerons la partie volcanique de l’île, où le magma illumine encore les nuits étoilées…
Bonne nuit.
Données de la montre Epix: Garmin Connect
Parcours du lundi 05 septembre: Etape 219



