69,39km – 10h28′

La nuit aura été marquée par les cris si particuliers des geckos, rampant sur les murs de nos chambres, mais aussi par l’arrivée si soudaine et impressionnante du vent. Tout le monde avait laissé sa fenêtre ouverte pour évacuer la chaleur, ce qui n’a pas manqué de faire claquer les portes de l’appartement au beau milieu de la nuit.
Ce matin le vent est donc au rendez-vous, bizarrement accompagné d’un beau ciel bleu. Mais l’arrivée du mauvais temps n’est plus qu’une question d’heures.

Hawaii est la plus grande de toutes les îles de l’archipel, plus grande même que toutes les autres réunies, et c’est aussi celle située le plus au sud et le plus à l’ouest. De ce fait, cela fait de l’extrême sud de l’île le point le plus méridional des Etats-Unis, plus bas encore que Key West en Floride. Hawaii est aussi beaucoup plus déserte et sauvage que Maui, et surtout qu’O’ahu. 200 000 habitants selon le dernier recensement, et croyez-moi, cela saute aux yeux une fois la nuit tombée. La pollution lumineuse y est extrêmement faible, voir inexistante, et je n’avais jamais vu de ciel aussi étoilé. En assistant à ce spectacle j’en viens à comprendre pourquoi toutes ces anciennes civilisations accordaient autant d’importance aux constellations.
D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si c’est ici (et au Chili) que les plus grands et les plus performants télescopes de la planète se trouvent.

Il est 6h15 et nous arrivons à notre point de départ : le Kekaha Kai State Park. De cet endroit on peut admirer une plage entièrement formée de lave solidifiée. Sauf que nous sommes bien trop matinaux et l’entrée est encore fermée. Tant pis, Serge part sans plus attendre car il sait que la chaleur va vite arriver.
L’étape commence donc au beau milieu de la roche volcanique, et ne la quittera pas pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Le Hualālai domine les alentours de ses 2 512 mètres de hauteur. Il fait partie des cinq volcans de l’île. Nous aurons l’occasion de parler de chacun d’eux lorsque nous les croiserons, mais pour vous faire une idée assez globale, l’île d’Hawaii est une sorte d’assemblage de cinq volcans, ayant vu le jour les uns après les autres, et qui par conséquent en sont à des stades de développement différents. L’un est définitivement éteint, deux sont en sommeil tandis que les deux plus jeunes sont toujours actifs.

Notre Hualālai fait parti de la catégorie des volcans endormis. Sa dernière éruption date de 1801, et vu l’impressionnante coulée de lave séchée que nous traversons depuis ce matin, le spectacle devait être au rendez-vous. Néanmoins son activité est minutieusement surveillée, car celui-ci présente un risque de « réveil » assez élevé. Et étant donné sa proximité avec Kona, l’une des principales villes de l’île, il serait très problématique qu’il entre en éruption.

Le vent est vraiment fort aujourd’hui, et arrive en travers de Serge. Pas forcément la pire direction car il ne l’empêche pas totalement d’avancer, mais cela demande un effort constant pour garder sa trajectoire droite. Malgré tout, le bon côté des choses c’est qu’il atténue la chaleur. Et heureusement, car il est seulement 10h et le thermomètre s’affole déjà. Assurément il fait plus chaud ici que sur les précédentes îles. Avancer sur cette immense étendue de roche volcanique avec cette chaleur donne vraiment l’impression de marcher sur un volcan en activité.

Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’Hawaii est située sur l’un des 45 points chauds recensés à ce jour sur Terre. Un point chaud, pour ceux qui ont fait bac littéraire, c’est un endroit plus chaud que la moyenne dans les profondeurs du manteau terrestre. Le pourquoi du comment est encore assez flou, car mener des études aussi en profondeur est compliqué et relève souvent de l’hypothèse, mais l’expression d’un point chaud à la surface de notre planète se traduit par une activité volcanique. Car sa température élevée fait remonter du magma et provoque ainsi la formation de volcans. Tout cela se mettant en place sur des milliers d’années bien sur.
Les points chauds sont fixes, mais là où ça devient intéressant, c’est que les plaques tectoniques ne le sont pas. Ainsi, un point chaud n’agit pas toujours au même endroit. Prenez par exemple une feuille de papier et un briquet. La feuille de papier illustre la plaque Pacifique, et le briquet le point chaud. Vous placez le briquet sous la feuille, déplacez cette dernière dans une direction fixe, et allumez le briquet de temps en temps. Et bien c’est ce qu’il s’est passé avec l’archipel d’Hawaii et son point chaud. Bien sur à la différence du briquet, le point chaud ne s’arrête jamais d’envoyer de la chaleur, mais le résultat est le même : l’archipel témoigne du déplacement de la plaque Pacifique par rapport à cette remontée de magma. Ainsi, le cratère Koko aperçu sur l’île d’Oahu a du être formé il y a bien longtemps lorsqu’il se trouvait au-dessus du point chaud, ensuite la plaque s’est déplacée et ce fut de nouveau le cas pour les deux volcans de l’île Maui, puis vint le tour d’Hawaii.
Le futur, lui, est déjà en marche puisqu’au sud-est de l’archipel un nouveau volcan, sous-marin pour le moment, est en train de prendre forme. A terme il va sortir de l’eau et même se rattacher à Hawaii. Dans quelques milliers d’années bien sur.
Bien sur je prend Hawaii comme exemple car nous y sommes, mais tous les archipels volcaniques sont des témoignages du mouvement des plaques tectoniques. La Réunion, la Guadeloupe et Tahiti sont aussi le résultats de l’activité de points chauds.
Désolé si j’ai été long, je ne sais pas vous, mais personnellement je trouve ça passionnant.

Quoiqu’il en soit, si j’ai passé autant de temps à vous raconter ça, c’est parce qu’il n’y avait pas grand chose à se mettre sous la dent aujourd’hui. 40 kilomètres de roches volcaniques ce matin, 29 kilomètres d’herbes rases cet après-midi et 1 kilomètre d’arrivée dans Hawi. Serge adore ce petit village, Ludovic et moi sommes plus réservés. J’ai plutôt l’impression de me balader dans un village pour touristes en mal de dépense, avec des chemises locales à 100$.

Quoiqu’il en soit, notre coureur est de bonne humeur ce soir. Surement soulagé de retrouver sa progression quotidienne. En attendant je vous dis à demain, et vous souhaite une bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du samedi 03 septembre: Etape 217