71,12km – 10h18′

Départ à l’américaine ce matin. Il est 6h25 et le ramassage scolaire a déjà commencé. C’est impressionnant de voir à quel point tous les véhicules sont très respectueux de ces bus qui viennent chercher les enfants devant leur maison. Personne ne roule vite, ne double ou ne klaxonne. Il y a même des panneaux qui se mettent à flasher spécialement pour l’occasion, indiquant de ne pas rouler à plus de 25 miles à l’heure. Pendant ce temps là, les journaux sont balancés devant les allées de chaque lotissement. Il ne manque plus qu’un petit Elvis à la radio et on croirait au summum du cliché.

Fait notable de la matinée, c’est bien la première fois que j’aperçois la fin d’étape depuis le point de départ. Pour bien comprendre, imaginez que vue du ciel, l’île de Maui ait la forme du chiffre 8. Avec deux imposants reliefs dans chacun des O. Les deux premières journées nous ont pratiquement permis de faire le tour du plus grand O, celui à droite, et aujourd’hui nous entamons le deuxième. Mais pour cela, il faut d’abord traverser ce no man’s land qui sépare les deux massifs, et où la température risque d’être plus élevée. Car pour le moment nous sommes toujours à plus de 700 mètres d’altitude et je dois avouer que la matinée est plutôt fraîche.

L’impression de progression est vraiment différente sur une île. Les décors changent très souvent et Serge doit avoir la sensation d’avancer à pas de géant. Il me précise quand même que, surtout en fin de journée lorsqu’il regarde le chemin parcouru, il préfère « progresser au maximum dans une direction, plutôt que de tourner en rond ». C’est un avis qui se défend…

Comme à chaque matin, Serge a regardé la météo avant de partir. Et il semblerait que la pluie annoncée à 14h soit en avance. D’immenses nuages opaques venant du nord foncent sur nous à une altitude si basse qu’on se croirait à la montagne. En quelques minutes nous voilà dans le brouillard, et un léger crachin tombe.

Big brother is watching you. Au 20ème kilomètre Serge est au téléphone avec Laure qui vient de regarder la balise sur internet, et lui explique que nous nous sommes trompés de chemin. Nous ne nous en étions même pas rendu compte…
Il était en effet prévu que l’on bifurque quelques kilomètres avant, sur une route parallèle et bien plus tranquille que l’highway où nous sommes. Par chance cela ne rallonge Serge que de deux ou trois kilomètres. Heureusement qu’on veille sur nous depuis la France…
Enfin bon, dans quelques années on guidera les coureurs depuis son canapé par téléphone satellite et tablette tactile et on enverra les ravitaillements par drone, comme ça tout sera réglé.

Pas le temps de digérer notre pause-déjeuner que la cavalerie déboule à toute blinde ! Mais alors que l’on s’apprête à sortir les cartes postales à l’effigie de Serge, et expliquer le pourquoi du comment nous sommes arrêtés sur le bord de la route, les policiers nous ignorent totalement et partent sirènes hurlantes au loin. Surement une course-poursuite.
« Imagine s’il se passe quelque chose pile au prochain ravitaillement » me dit Ludo.

Ravitaillement suivant : personne. Nous sommes arrêtés devant l’entrée d’un champ, toujours le long de la highway. Le combo banane / chocolat est prêt et nous attendons tranquillement notre coureur. Quand tout à coup, plusieurs voitures de polices réapparaissent à toute blinde, passent juste derrière notre véhicule, ouvrent la barrière et partent à travers champ. S’en suit un véritable ballet de voitures estampillées « MAUI STATE POLICE », et qui semblent très clairement à la recherche de quelqu’un. Gyrophares allumés, gilets pare-balles, fusils mitraillette à la main, tout y passe et nous sommes aux premières loges de cette chasse à l’homme. Le spectacle dure une vingtaine de minutes, puis Serge arrive. Je sors le ravitailler sous les yeux des policiers et sans être forcément très rassuré, puis nous repartons aussi sec. Sur les kilomètres suivants, on remarquera plusieurs voitures en embuscade, laissant penser que le fugitif court toujours !

La fin d’étape sera très fatigante pour toute l’équipe. Notre route à bifurqué sur la highway 30, qui est tout simplement la seule route à longer la côte ouest de l’île. Une seule voie de chaque côté avec une circulation très intense. Il m’aura fallu cinq bonnes minutes pour réussir à traverser et ravitailler notre coureur de l’autre côté de la route. Pas facile du tout, il est temps que cela se termine.

Ce soir nous dormons au même hôtel qu’hier soir, et demain rebelote. Quel luxe de pouvoir laisser ses valises dans la chambre et ainsi voyager léger…
Je vous dis à demain, pour la dernière journée de course sur Maui ! Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du mercredi 31 août: Etape 214