61,86 km – 9h23′
Après une journée d’hier marquée par la chaleur et l’humidité, Serge a finalement décidé de ne courir qu’entre 60 et 65 kilomètres par jour sur les trois îles Hawaiiennes. Lui qui évoque toujours le fait de « prendre du plaisir » a bien compris que s’il ne réduisait pas son kilométrage quotidien, du plaisir il n’y en aurait pas. Et ce serait bien dommage vu le décor…
Ce matin il fait bon. Mais comme tous les matins, c’est un peu le calme avant la tempête. Avant la canicule plutôt. Le vent souffle assez fort et nous apporte des instants de fraîcheur que nous apprécions à leurs justes valeurs. Sur les 40 premiers kilomètres notre route est très souvent au bord de la mer. Ravitaillements exotiques, à quelques mètres de superbes plages. Entre l’Alaska et ici, c’est vraiment le jour est la nuit.
Nous avons déjà pratiquement réaliser les trois quarts du tour de l’île, et en regardant l’océan j’aime imaginer à quel point cet archipel est perdu au beau milieu de rien. La Californie est à 4000 km d’ici, le Japon à 6600km et la Nouvelle-Zélande à 7400km…
Les premiers explorateurs à avoir mis le pied sur l’archipel d’Hawaii semblent être arrivés des Marquises vers 600-700 après J.-C. Des migrants tahitiens les rejoignirent peu de temps après, mais ensuite, pendant un long moment les îles Hawaiiennes et ses habitants vécurent complètement coupés du monde.
James Cook est connu pour être le premier Européen à avoir découvert l’archipel, en 1778. En tout cas c’est le premier dont il nous reste des traces écrites, car il semblerait que les Espagnols et les Portugais, qui sillonnaient le Pacifique bien avant Cook, soient arrivés dès 1527.
Quoiqu’il en soit, imaginez la tête du peuple Hawaiien, qui venait de passer plusieurs centaines d’années seul au beau milieu de l’océan, et qui du jour au lendemain a vu arriver ces européens, avec leur peau blanche et leur technologie bien plus avancée. Rendez-vous compte, lorsque James Cook est arrivé ici à la fin du XIIIème siècle, les Hawaiiens ne connaissaient ni l’écriture, ni les métaux, ni la poterie, ni la roue. Un sacré choc des cultures.
Et pourtant, après cette arrivée assez tardive des peuples d’europe, Hawaii n’est pas devenu une colonie à l’inverse de beaucoup d’autres endroits du Pacifique. A l’époque les différentes îles de l’archipel étaient gérées par des royaumes rivaux. Et c’est là que Kamehameha, dont je vous parlais hier, entra en jeu.
En 1782 il n’a que 24 ans, et vit sur l’île d’Hawaii. Il possède le district de la vallée de Waipi’o, et est accessoirement le gardien du dieu hawaiien de la guerre.
Son cousin, qu’il n’apprécie pas, est lui roi d’Hawaii. Kamehameha va alors rejoindre une coalition ayant pour but de renverser le souverain de son trône. Après de nombreuses batailles remportées, Kamehameha se voit attribué la direction de plusieurs autres districts d’Hawaii. Cette histoire à tout du film hollywoodien. Il s’entoure alors de deux européens vivant ici, Isaac Davis et John Young, qui deviennent ses conseillers et apprennent à ses hommes à manier les armes à feu. En 1795, Kamehameha possède enfin l’île d’Hawaii tout entière et met sur pied une flotte de 960 bateaux, ainsi que de 10 000 hommes. Peu à peu, il va renverser tous les autres dirigeants de l’archipel, au terme de grands coups stratégiques et de batailles épiques. Pour preuve ce volcan qui explosa soudainement et terrassa une grande partie de l’armée de Keōua lors d’un affrontement. De nos jours, les traces fossilisées des troupes dans la roche volcanique sont encore visibles.
Tout juste à la tête de l’archipel, Kamehameha tient à ne pas être en conflit avec les populations nouvellement conquises. Il ordonne alors de soigner les guerriers adverses, réparer les dégâts causés par les affrontements et faire installer des plantations de patate douce un peu partout. Gentleman.
Il devient alors le premier roi d’Hawaii le 1er janvier 1810, et tout au long de son règne il n’aura eu de cesse d’œuvré pour l’unité et l’indépendance de cet archipel. Là où de nombreuses îles du pacifiques se sont vues complètement dépassées par la situation, il a su nouer des alliances avec les grandes puissances coloniales de l’époque, sans jamais désavantager les hawaiiens.
Et pourtant me direz-vous, Hawaii est aujourd’hui le cinquième état des Etats-Unis…
Pour un royaume qui avait si bien démarré sa « non-colonisation », cela peut paraître étrange non ?
On en reparlera.
Retour à notre journée d’aujourd’hui qui est SU-BLI-ME. Des paysages à couper le souffle. Mais ce qui m’impressionne le plus, c’est l’omniprésence de la flore. Et sa grande diversité. Chaque jardin abrite tellement d’arbres et de plantes différentes ! Les rues sont verdoyantes au possible. Vous savez, c’est le genre de moment où vous ne savez plus trop où donner de la tête, où vous essayer de prendre en photo tout ce que vous pouvez, tout en sachant que de toute façon ça ne rendra pas aussi bien que ce que vous voyez sur le moment même… Même les montagnes Koolau qui dominent en arrière-plan, sont complètement recouvertes de verdure. A bien des égards cette île me rappelle encore une fois la Réunion, et cette imposante végétation n’y est pas pour rien.
Au 40ème kilomètre notre route croise celle du Kuola Ranch, véritable attraction touristique de l’île car cet hôtel propose d’aller visiter la vallée juste derrière, endroit connu pour avoir été le lieu de tournage de films comme les Jurassic Park ou bien encore de la série Lost.
Une fois l’heure du midi passée, la chaleur arrive pour de bon. Serge est encore en souffrance. On enroule son foulard autour de glaçons, de manière à ce que la nuque puisse refroidir. Mais le contact chaud/froid est trop douloureux pour notre coureur et il faudra enrouler le foulard d’une serviette supplémentaire pour que le tout soit supportable.
Notre route n’aura cessé de longer la mer aujourd’hui, sauf sur cette toute fin d’étape où nous entamons la traversée de Kaneohe. Serge terminera son étape ici, au beau milieu du trafic.
Reprise des débats demain, même endroit, pour une dernière journée sur l’île d’Oah’u.
Bonne nuit.
Données de la montre Epix: Garmin Connect
Parcours du Vendredi 26 août: Etape 209



