76,07km – 10h29′
Réveil à 5h. De l’autre côté de la fenêtre la Copper River défile toujours aussi rapidement. Je me demande combien d’hectolitres ont pu couler durant la nuit… Sur le chemin du départ, je m’interroge aussi sur le nombre de sapins croisés depuis notre arrivée ? Des millions ? Des milliards ? Au moins.
De toutes les matinées alaskaines, celle-ci est de loin la plus belle. La brume est omniprésente et voile le soleil tout en finesse. On se croirait dans un film de science-fiction, dont E.T. et le père noël seraient les protagonistes.
Deux ombres découpent le brouillard au loin. Serait-ce… non, fausse alerte. Ce ne sont que Serge et Philippe…
Au loin, le mont Sanford trône fièrement au milieu de ce superbe tableau.
Les rayons du soleil font dans un premier temps s’épaissir la brume. Nos deux coureurs doivent se méfier car on ne les distingue plus vraiment, et même si la circulation est faible, le risque est toujours présent. Finalement la température augmente rapidement et cela a pour conséquence de chasser le brouillard aussi vite qu’il est venu. Les gilets réfléchissants sont rangés une heure seulement après avoir été appelés au front.
Au 25ème kilomètre, Philippe égale son précédent record personnel qui était de 359 kilomètres parcourus en une semaine. Et d’ici à Anchorage il aura tout le loisir d’augmenter son kilométrage et ainsi d’établir sa nouvelle distance record sur 10 jours de course.
Serge et Philippe se connaissent depuis plusieurs années maintenant. Leur première rencontre remonte à l’édition 2008 de la Badwater. Cette mythique course qui se déroule dans la Death Valley, en Californie. Philippe est ce que les jeunes appellent « un mec déter ». Comprendre par là quelqu’un de déterminé. Le genre de personne qui croque la vie à pleine dent, saisi toutes les opportunités qui se présentent à lui, et savoure pleinement le fait d’exister. Déjà présent en Utah pour courir 3 étapes d’affilée avec Serge, il a mis la barre un peu plus haute en venant dix jours en Alaska, et sera présent pour une partie encore plus longue, la traversée de la Namibie en janvier prochain. D’un point de vue de suiveur, la présence de Philippe est un réel plaisir car c’est quelqu’un qui vient pour vivre la course. Pour la partager avec Serge bien sur, mais avec l’ensemble de l’équipe.
Sur l’heure du midi nous repassons devant notre hôtel d’hier soir. La première fois je n’avais pas remarqué le drapeau alaskain qui flottant devant l’entrée. Je découvre son visuel pour la première fois. La constellation de la Grande Ourse y est représentée sur un fond bleu, ainsi qu’une étoile légèrement plus grande dans le coin supérieur droit. Sa signification ? Tout d’abord il faut savoir que ce visuel fut choisi en 1927 par le biais d’un concours de dessin organisé entre les écoliers d’Alaska. Et c’est l’oeuvre de Benny Benson, alors âgé de 13 ans, qui l’emporta parmi plus de 700 réalisations. Selon ses dires, le fond bleu représente à la fois le ciel alaskain et le myosotis, fleur emblématique de l’état. L’étoile dans le coin désigne le futur état de l’Alaska (qui n’en était pas encore un à l’époque) et sa position sur le drapeau indique que c’est l’état américain situé le plus au nord. Tandis que la Grande Ourse symbolise la force. Voilà pour la minute culture générale.
Nous reprenons notre route, et restons stupéfaits devant le nombre d’endroits abandonnés ! C’est un véritable défilé aujourd’hui. Tout y passe : habitations, magasins, bars, voitures… même des camions de pompier ! Il est intriguant de voir à quel point certains coins de l’Alaska ont été désertés. Comme si les gens avaient pris la décision de partir en l’espace de quelques minutes, abandonnant tout sur place…
En milieu d’après-midi, alors que nous stationnons devant l’entrée d’une décharge, un camion-poubelle en sort. Son chauffeur nous explique qu’il vient d’y déposer des d’ordures, et que les grizzlys ne vont pas tarder à venir fouiller les détritus. Ni une, ni deux, nous sortons les appareils photos et restons à l’affût du moindre mouvement, tout en gardant une distance plus que raisonnable.
Finalement aucun ursidé ne pointera le bout de son museau… mais nous ne perdons pas espoir.
Philippe est de nouveau en difficulté pendant les dix derniers kilomètres de l’étape. Rien de dramatique, mais il se fait distancer d’un petit kilomètre par Serge. Néanmoins là encore, la « solidarité du runner » refait des siennes, et ils finiront l’étape ensemble. En se retournant dans la dernière ligne droite de la journée, on mesure le chemin parcouru. Le mont Sanford est bien là, mais commence sérieusement à s’éloigner. Serge et Philippe s’arrêtent là pour aujourd’hui (après 76 kilomètres parcourus, s’il vous plait !). Direction le Caribou Hôtel quelques kilomètres en arrière.
Demain et après demain, nous séjournerons dans des hôtels sans connexion internet. Je vous retrouve donc jeudi prochain (ou plutôt vendredi matin heure française), pour de nouvelles aventures. A tchao tchao.
Données de la montre Epix: Garmin Connect
Parcours du mardi 16 août: Etape 199



