74,41km – 10h23′

Dimanche matin. Comme à l’accoutumée nous décollons de notre hôtel aux alentours de 6h.
Je resterai persuadé que la gérante de ce lieu est une hippie de la première heure, ayant vécu à fond les woodstock, summer of love et autres évènements visant à mettre l’humanité de bonne humeur.
Les drapeaux remplis de cœurs multicolores accrochés tout autour de son établissement ne sont pas là par hasard…
Philippe a entouré son genou droit d’une sorte de coque depuis hier. Son ligament extérieur est quelque peu échauffé, et s’il ne veut pas que cela empire il est impératif qu’il empêche son genou de se tordre à chaque foulée.
Mais ce n’est pas un ligament capricieux qui va atteindre l’inébranlable moral de notre philou…

Le mont Sandford s’offre à nous dès les premiers kilomètres. Fort de ses 4 949 mètres de hauteur, son sommet est encore dissimulé derrière l’épaisse brume matinale. Cette montagne fait partie de la chaîne des Wrangell, qui totalise 4 autres sommets de plus de 4 200 mètres. Mais le mont Sandford est aussi le troisième plus haut volcan Alaskain. La chaîne des Wrangell dans lequel il se trouve, est elle-même située dans le parc national de Wrangell-St. Elias.
Il y a quelques mois de cela, je vous avais longuement parlé des parcs nationaux américains. De ces lieux tous plus magiques les uns des autres, qui font du patrimoine naturel de ce pays l’un des plus riches au monde. Et bien sachez que sur les 59 parcs que totalise les USA, 8 sont situés en Alaska. On estime même qu’avec toutes les réserves et forêts, 65% de la surface de l’Alaska est la propriété du gouvernement fédéral.

Notre route a maintenant bifurqué vers l’est et nous avançons parallèlement à la chaîne des Wrangell. Entre elle et nous, une immensité de sapins et de marécages se dresse dans un silence absolu.
Difficile de deviner la longueur de ce no man’s land de conifères. Alors tout le monde y va de son estimation, de 10 kilomètres pour les plus frileux jusqu’à 25 pour les plus audacieux. Le GPS mettra tout le monde d’accord : 38 kilomètres. Ah oui, quand même. Et le sommet du mont Sandford ? Encore une fois selon le GPS, il serait situé à plus de 100 kilomètres de nous. C’est vous dire la taille de la bête, et la visibilité qu’offre le paysage.

La journée est somme toute assez tranquille. Selon les locaux, il n’est pas étonnant de voir aussi peu de monde sur les routes, car la véritable période touristique est en réalité l’hiver. Les paysages y prennent une tout autre tournure, et surtout, c’est la période pour observer les si célèbres aurores boréales !

En début d’après-midi l’équipe se sépare en deux. René et Victor continuent les ravitaillements, tandis que la voiture « papillon » part vérifier la bonne réservation de l’hôtel du jour. Un léger doute subsiste quand au bon nombre de couchages. Après avoir rencontré le gérant, tout rentre dans l’ordre et nous pouvons retourner sur la course l’esprit tranquille.
Nous y retrouvons un Philippe en difficulté, plusieurs centaines de mètres derrière Serge. Et oui, encore une bonne nuit de repos qui s’annonce. Les deux compères termineront néanmoins l’étape ensemble. La « solidarité du runner » qu’on appelle ça.

Ce soir nous dormons au Lodge de Ganoka, célèbre point de passage des indigènes lorsqu’ils étaient encore les seuls habitants de la région.
Le commerce de bois et de poissons était alors le gagne-pain des habitants de Ganoka, notamment grâce aux abondantes forêts des environs, et à la rivière Copper, qui passe à quelques mètres de l’hôtel, et dont la vitesse du courant est réellement impressionnante.

Le temps de s’installer dans la chambre et nous découvrons le nom du vainqueur de la finale olympique du 100m hommes. Assurément pas le même genre de course que la notre. Alors que Serge vient de passer 10 heures sur la route, Usain Bolt et ses adversaires ont réglé leurs comptes en moins de 10 secondes. Gagner une médaille olympique doit certainement être un immense bonheur, mais une course de 10 secondes peut-elle procurer autant de plaisir qu’une de 10 mois ? Chacun aura son avis sur la question, mais je pense connaître celui de Serge.
Bonne nuit et à demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du lundi 15 août: Etape 198