70,50km – 9h39′

« A la recherche de la fougère argentée »

Ainsi aurait pu s’intituler le compte-rendu d’aujourd’hui.
Le synopsis : « Serge et son équipe, après avoir crié sur tous les toits qu’ils avaient vu des fougères argentées, s’aperçoivent que même en plissant au maximum les yeux , aucune n’a le moindre reflet de la couleur tant désirée. Sonnés par cette découverte, ils se lancent alors à sa recherche. »

Il est vrai que nous avons peut-être été un peu vite en besogne. Oui il y a bien des fougères en Nouvelle-Zélande. Partout même. Des grandes, des petites, des rampantes et j’en passe. Mais au fur et à mesure du voyage, notre scepticisme concernant leur supposée couleur n’a cessé de croître. Si bien qu’hier, en regardant un peu sur internet, nous nous sommes aperçus que de fougères argentées nous n’avions finalement jamais vu. Car les « vraies » ne laissent aucun doute quand a leur appellation : leur couleur argentée est évidente.

Pour notre défense, il existe quand même plus de 1200 espèces de fougères en Nouvelle-Zélande. Et la teinte argentée se situant au dessous des feuilles, cela nous oblige à les soulever unes par unes si l’on veut dénicher le jackpot. Pas si facile que ça donc.

Ce matin Laure et Serge démarrent tous les deux, après m’avoir préalablement déposé au Franz Josef Glacier. Si notre coureur n’ira pas courir dessus (soyons raisonnables), je tenais absolument à y faire un saut. J’ai donc obtenu une dérogation pour faire la randonnée d’une heure et demie emmenant au pied de l’animal. De nombreux panneaux explicatifs sont disposés tout au long du parcours. Je vous en fais donc un petit résumé pêle-mêle :

Appelé Ka Roimata o Hine Hukatere en maori et signifiant « les larmes de Hine Hukatere » (assurément un peuple qui a le sens de la poésie), le Franz Josef Glacier fait partie de l’une des chaînes de montagnes les plus actives au monde : les « Alpes du Sud ». L’activité qui a lieu sous terre fait gagner entre 10 et 20 mm de hauteur à cette chaîne par an. Sur les deux derniers millions d’années, c’est donc plus de 20 kilomètres d’épaisseur de roches qui ont été créées !
Mais je vous voir venir avec vos gros sabots: où est donc passée cette roche ?
C’est là que la glace et l’eau entrent en jeu. Les précipitations étant de l’ordre de 16 mètres par an en haut du glacier, tout cette eau se charge d’infiltrer les roches, finissant par les fragiliser et les faire se détacher. C’est un peu comme s’il existait une sorte de frontière invisible, qui s’occupe de désosser la montagne au fur et à mesure qu’elle gagne en altitude. Des éboulements arrivent donc couramment et le paysage est en constante évolution. Il est même dit que le lit de la rivière découlant du glacier se serait surélevé de 60 mètres durant ces cinquante dernières années, à cause de toutes les roches charriées par l’eau.
Pour terminer, quelques chiffres : la vallée du glacier, située à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, est encerclée par 6 montagnes à plus de 2400 mètres de hauteur. C’est dire comme on se sent petit au milieu de tout ça.
Le « névé » (partie entièrement recouverte de neige trônant tout en haut) mesure 29km2 et la langue du glacier approximativement 4km.
Malheureusement, et même si la Nouvelle-Zélande n’est pas le pays le plus affecté par cela, ces chiffres sont en constante décroissance à cause des problèmes de réchauffement climatique.

Voilà ce que l’on pouvait dire sur ce lieu assez particulier. Et même si –fin de printemps dans l’hémisphère du sud oblige- le glacier n’est pas à sa taille maximale, le spectacle est impressionnant et vaut le coup d’œil. Laure vient me chercher vers 10 heures. Nous retrouvons Serge quelques minutes plus tard, qui après une légère hypoglycémie en est à son 15ème kilomètre. Il passe alors par Franz Josef, ville éponyme du glacier où nous avons dormi hier soir. C’est toujours étrange de faire halte dans des endroits reculés et pourtant aussi touristiques. Cela me rappelle Furnace Creek en Californie. C’était exactement la même situation : une région inhospitalière où à part un hôtel personne ne vit. Et par conséquent, les seuls gens que vous croisez sont des vacanciers. Des gens qui sont là pour prendre leur temps. Ce qui ne manque pas de créer un certain décalage entre notre périple et l’ambiance générale.
Et Franz Josef étant constitué à 95% de bâtiments liés au tourisme, j’ai pour ma part retrouvé ce décalage hier soir.

D’ailleurs l’un de ces bâtiments, le « Wildlife Center », possède son propre kiwi en captivité. Il propose aux touristes de l’observer, dans un habitacle recréé, pour la modique somme de 45$. J’espère qu’à ce prix là leur kiwi a la climatisation et le jacuzzi intégré…

Après le contre-la-montre d’hier brillamment remporté par Serge, notre étape du jour à des airs de montagne. La mer et le remous des vagues sont bien loin maintenant, et Serge n’est pas gâté par le relief.
Aussi redescendu que nous voilà à Fox Glacier, où trône le second glacier local. Cette fois-ci pas le temps pour une randonnée, et nous traversons cette ville assez similaire à Franz Josef.

Le reste de l’étape est sauvage à souhait. Des montagnes, des forêts ainsi que des ponts. Le tarif habituel. Serge passe encore la barre des 70 kilomètres en moins de 10 heures de course. Ce soir nous dormons à Pine Grove, un lieu-dit où le wifi n’est pas disponible. Ce qui explique l’arrivée tardive de ce compte-rendu.

Bonne nuit et à demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect