70,21km – 9h52′

Il est 5h30 et le juge arbitre lève son pistolet. La détonation résonne dans tout le stade.
« C’est parti pour le 251ème grand prix de préparation matinale ! »
Casaque Laure bondit hors du lit. Réputée pour ses bonnes entames de courses, elle s’élance sans plus attendre et commence à faire chauffer la bouilloire. Casaque Serge, plus connu sous le nom de « cavalier des continents » n’est pas loin derrière. Il débranche sa multiprise, range ses nombreux appareils électroniques (il possède le seul cheval au monde à se déplacer avec une balise) et fonce sous la douche. Le petit-déjeuner commence mais il semble y avoir un problème : casaque Thomas est toujours coincé sur la ligne de départ. Peut-être un réveil défectueux. Dans un soucis d’équité, ses adversaires lui font signe que la course à déjà commencé. Quel fair-play.
Une fois le petit-déjeuner avalé, la compétition reprend de plus belle. Casaque Thomas rattrape son retard en empaquetant ses affaires avec dextérité. La fougue de sa jeunesse est l’un de ses meilleurs atouts, mais il est vrai qu’il est toujours un peu lent au démarrage. Casaque Laure semble avoir de l’avance. Elle déjà en train de charger le véhicule. L’arrivée est proche. Mais casaque Serge n’est pas en reste, quoiqu’il perd un peu de temps sur la préparation de son sac. Pourtant c’est un mouvement qu’il travaille à l’entraînement depuis maintenant plus de 8 mois.
La tension est à son comble, et aucun des participants ne semblent vouloir lâcher l’affaire.
Rappelons que le gagnant se verra remettre le « réveil d’or » par René en personne, actuel recordman du plus grand nombre de victoires dans l’épreuve.

Les spécialistes sont formels. Pour remporter ce grand prix il est essentiel de :

  • Faire un bon départ. Et même ne pas hésiter à se lever plus tôt que l’heure prévue, histoire de bien distancer la concurrence. C’est d’ailleurs une technique qu’avait beaucoup utilisé René lors de ses mythiques 60 victoires d’affilées.
  • Ne pas oublier d’affaires dans sa chambre. Quitte à perdre du temps, mieux vaut partir avec toutes sa besace, car le jury se réserve le droit d’attribuer des pénalités selon le nombre d’objets égarés.
  • Toujours concourir dans les règles de l’art. Pas de croche-pieds, queues de poisson et subterfuges en tout genre.

Mais malgré toutes ces recommandations, la photo finish ne départage personne. Tout le monde a sauté dans la voiture en même temps.
C’est donc une team ex-aequo qui s’en va retrouver le Buller River et ses gorges embrumées. Quoique ce matin la météo semble plus clémente. Même au fond de la montagne le ciel bleu est au rendez-vous.

Notre route reprend dans une petite vallée perdue au milieu de la forêt. Quelques pukekos sont de sortie et scrutent minutieusement l’herbe à la recherche d’insectes. Très vite nous retrouvons des routes plus étroites, au beau milieu des gorges. Nous continuons sur la même cadence de ponts traversés qu’hier. Bien souvent les bas-côtés disparaissent et Serge doit se méfier. Les voitures et camions sont peu nombreux, mais roulent sacrément vite.

Notre route devient même un étroit chemin l’espace de quelques dizaines de mètres, s’enfonçant dans la montagne et laissant passer les voitures de façon alternée, à l’aide d’un feu tricolore. Mais Serge vous l’expliquera mieux que moi dans sa vidéo du jour.
Hier au lobby de l’hôtel étaient affichées des photos de cette même route. Une lors de sa construction, et plusieurs autres pendant la crue de la Buller River. La Buller River qui, pour décrire un peu la bête, doit faire 40 mètres de large. Et la route se situant plusieurs mètres au-dessus, je vous laisse imaginer les hectolitres nécessaires pour une telle crue. Impressionnant.

En fin de matinée, nous sortons définitivement de ces montagnes, alors que le temps commençait à se gâter. Serge avait l’impression de courir avec la pluie à ses trousses. C’était moins une.

Dès lors, le bruit des vagues se fait entendre. La mer n’est plus très loin, mais nous ne la distinguons pas encore. Une dizaine de kilomètres plus tard, les remous apparaissent et l’on comprend mieux pourquoi le bruit se propageait d’aussi loin. D’immenses rouleaux déferlent de partout sur la côte. Et pourtant, pas un poil de vent. Assurément le peu de profondeur et les récifs en sont la cause. Le spectacle est magnifique.

Jusqu’à la fin d’étape nous longerons la côte, par endroit s’approchant même très près du bord de mer. La force des vagues est impressionnante. Ici pas de surfeurs, et l’on comprend pourquoi. Le paysage est extrêmement sauvage, et surtout très escarpé. On se croirait un peu revenu à Hawaii, sur l’île d’Oahu, où les décors étaient dignes de films d’aventures tel que Jurassic Park.

Serge termine ses 70 kilomètres encore plus tôt que les jours précédents. La cadence s’accélère et notre coureur est dans une forme olympique. Ce soir nous dormons à Punakaiki, toujours en bord de mer, et l’océan est toujours aussi déchaîné. A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du samedi 08 octobre : Etape 252