70,09 km – 9h54′

Ce matin le jour ne se lève pas vraiment. Serge et Laure partent faire les 10 premiers kilomètres tandis que je reste à classer les albums photos depuis la chambre d’hôtel.
Je retrouve avec grand plaisir les clichés de notre traversée de la Death Valley, il y a 4 mois de cela. Il est vrai que le souvenir de ces températures extrêmes contraste forcément avec le temps d’aujourd’hui…
Laure repasse me récupérer une bonne heure plus tard. Cette fois-ci il pleut pour de bon. La vallée que nous traversons depuis deux jours n’arrive pas à évacuer la brume dans laquelle elle baigne. Serge continue de parader avec sa cape de super-héros. Hier j’évoquais son étanchéité. C’est vrai que rien n’y rentre, mais l’inverse est aussi valable : toute la chaleur que notre coureur dégage reste autour de lui. Bien pratique lorsque l’on s’aperçoit ô combien la pluie de ce matin est glaciale…

Il y a quelques jours je vous expliquais à quel point la Nouvelle-Zélande était située au sud du globe. Après réflexion je tiens à relativiser mes propos, car le point antipodal touché à Wellington étant l’exact opposé de Valladolid, cela signifie que si la Nouvelle-Zélande se trouvait dans l’hémisphère nord, elle se situerait à la hauteur de l’Espagne en ce qui concerne l’île du nord, et au niveau de la France voir de la Belgique pour l’île du sud. Vous me suivez ? Là où je veux en venir, c’est que par rapport à l’équateur, la Scandinavie en est beaucoup plus éloignée par exemple.

Là matinée se résume donc à regarder la pluie s’écraser sur le pare-brise au chaud dans la voiture, en attendant de sortir chacun son tour ravitailler Serge. Mais ce pays est décidément plein de surprises : au 20ème kilomètre, sans prévenir, le temps s’éclaircit soudainement et la pluie s’estompe. Tant mieux puisque c’est exactement ici que nous fêtons le passage des 16 000 kilomètres. En 248 jours, 11 heures et 48 minutes.
Ces 1000 nouveaux kilomètres auront été parcourus en grande partie sur l’île Viti Levu des Fidji, puis en Nouvelle-Zélande sur l’île du nord (de Castlepoint à Wellington) et enfin sur celle du sud (de Nelson à aujourd’hui). Serge est ravi.

Aussitôt nous reprenons notre route que la pluie recommence à tomber. Je ne sais pas quelle force mystique veille sur les suiveurs mais elle fait bien son boulot.
Excepté la traversée de Murchison ce matin, le seul village que nous croiserons de la journée est un village… qui n’existe plus. Seulement un point sur la carte. Pire encore, cela fait deux jours que nous n’avons aperçu aucun commerce. Sur une distance de 110 kilomètres à l’heure où je vous parle, cela en dit long sur l’aspect « reculé » de cet endroit.

Il faut dire qu’à la base, si des gens sont venus s’installer ici, c’est à cause des gisements d’or qui y ont été découverts. Et oui la Nouvelle-Zélande a aussi eu droit à sa ruée vers l’or. Néanmoins, même si toute l’île du sud fut concernée par cette découverte, le centre de toutes les attentions s’est surtout porté sur le sud-est, et plus particulièrement la ville de Dunedin.
De nos jours il était encore possible pour n’importe qui de trouver de l’or dans les rivières, mais la plupart du temps sous la forme de paillettes. Les plus gros gisements ayant bien évidemment été privatisés.

Au détour d’un virage un panneau nous intrigue : « UPTHRUST ON FAULTLINE EARTHQUAKE 17-6-29  ». Ce message fait référence au séisme qui a touché Murchison en 1929. De magnitude 7,3, cette secousse aurait provoqué des grondements dans la montagne ayant résonné jusqu’à New Plymouth 250 kilomètres plus loin. La faille est d’ailleurs observable non loin d’ici. D’une profondeur de plus de 4 mètres, elle est tellement grande qu’on peut s’y promener à l’intérieur.

L’après-midi est encore le théâtre d’importantes démonstrations de fatigue de la part de la team suiveuse. Heureusement que nous suivons le même schéma de ravitaillement depuis plusieurs mois, car on n’est jamais trop de deux pour se le remémorer. A un moment donné, Laure part même ravitailler dans le mauvais sens.

Nous ne comptons plus le nombre de cours d’eau franchis aujourd’hui. Les rivières sont en grande nombre ici, et notre route aura passé toute l’étape à flirter avec la plus grosse : la Buller River.
Les 10 derniers kilomètres essaient coûte que coûte de rattraper cette sinistre journée. Le soleil refait surface, le village de Inangahua s’offre à nous, on aperçoit des gens, des animaux. De la civilisation, oui !

Ce soir nous allons dormir à Westport et nous spoilons par la même occasion les 40 premiers kilomètres de demain. Au final un moindre car certaines parties risquent d’être rocambolesques. Bonne nuit tout le monde.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du vendredi 7 Octobre: Etape 251