50,35km – 6h40′
7h30 ce matin. La voiture décolle, laissant sur place le dernier œstrogène de la bande.
Et oui, Monika nous quitte. Elle rentre en France après pratiquement deux semaines passées à nos côtés. On lui souhaite un bon retour, et surtout bon courage pour toutes ces heures de vol.
C’est donc toute la féminité de ces derniers jours qui s’envole, laissant place à de prochaines étapes plus « familiales ». Je ne suis pas adepte de déballer ma vie sur internet, mais c’est la première fois que je me retrouve seul avec mon père pendant plusieurs jours d’affilés.
Et pour une première fois, peut-on faire mieux que la Nouvelle-Zélande ?
C’est donc un moment assez privilégié que nous apprêtons à vivre, un moment qui nous tient tous les deux à cœur.
Dans le registre des « premières », c’est aussi la première fois que je suis seul suiveur sur une course. A l’heure où je vous parle il n’est que 9h du matin, alors je n’ai pas encore d’avis définitif sur la question, mais assurément les journées vont être bien différentes de ce que j’ai connu jusqu’à présent.
En attendant, je n’irais pas jusqu’à dire que c’est le saut dans l’inconnu, mais au moins dans le grand bain. Je vais devoir mettre en exergue toutes mes années d’études à la René Business School, afin d’assurer au mieux cette première journée de ravitaillement.
Le soleil a décidé d’attendre le départ de notre camerawoman pour pointer le bout de son nez. Enfin quand je dis le « bout », c’est vraiment le bout du bout. Quelques rayons tout au plus. Mais assez pour nous faire plaisir.
Notre étape du jour consiste à contourner par le nord ces montagnes que nous remontons depuis hier. Nous bifurquons très rapidement sur une route plus calme, à l’abri de la circulation et des camions. Serge et moi serpentons à travers forêts et champs. L’île du nord est très rurale, et semble vivre en grande partie de l’agriculture. En attestent les fermiers qui sont tous de sortie ce matin.
La journée n’est pas totalement plate : nous grimpons à 400 mètres de hauteur en fin de matinée. Pas grand chose comparé à ce que Serge a déjà traversé, et ce qu’il lui reste encore à parcourir, mais je ne pense pas que nous remontrons aussi haut jusqu’à Wellington. Alors ça méritait d’être dit.
Il est midi et comme tout marin qui voyage sans équipage, la solitude peut parfois poser problème. 7 heures par jour tout seul dans la voiture peut paraître un poil long, mais pour le moment j’avoue prendre du plaisir à mener ma propre barque. D’autant que nous avons mis en place les « repas binômes ». Serge et moi mangeons tous les deux ensembles pendant le ravito de midi. Une sorte de synchronisation mentale entre le père et sa progéniture.
Depuis que nous avons basculé de l’autre côté des montagnes, le vent du ch’nord s’est levé. Heureusement il pousse Serge bien fort dans le dos, et le fait avancer tout schuss en direction de Wellington.
J’aime à penser qu’ici, lorsque les gens partent en vacances ils disent « moi cet été j’ai prévu d’aller dans le nord », ou « quelles superbes vacances j’ai passé dans le nord, il a fait tellement chaud ». En tant que Normand, je ne peux qu’éprouver beaucoup de sympathie pour un pays qui réhabilite l’image du nord.
La fin d’étape nous voit légèrement dépasser Palmerston North, où nous retournerons dormir ce soir. En fin de compte, je trouve que cette limitation à 100km/h c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Les gens semblent frustrés par celle-ci, et roulent sacrément vite. Serge ne peut qu’approuver, lui qui a trouvé cette fin d’étape « dangereuse ».
15h30, nous y voilà. Fin de la première étape « solo ». Pas d’erreur de parcours, aucune course-poursuite engagée avec la police, pas de purée trop liquide où de jambon mal découpé. J’aurai presque envie de parler d’un « sans-faute ». Mais le seul à pouvoir juger est Serge, et le problème c’est qu’il manque cruellement d’objectivité en ce qui me concerne.
Je vous souhaite donc une bonne nuit, et vous dit à demain.
Données de la montre Epix: Garmin Connect
Parcours du mercredi 28 septembre: Etape 242



