68,14km – 10h27′

Passera, passera pas ? J’en viens à penser que cette histoire de cyclone n’est qu’une vaste supercherie. Peut-être même un complot de grande envergure. Mais alors cela voudrait dire que tout était faux. Les messages d’avertissement à la radio, les habitants et leurs prévisions météorologiques, les images satellites sur les unes des journaux.. mais pourquoi ? Pourquoi tous ces mensonges ?
Cette course est-elle vraie ? L’archipel d’Hawaii existe-t-il vraiment ou sommes-nous coincés dans un épisode bonus de Lost ? Ludovic, mon compagnon de ravitaillement, n’est-il qu’un simple cyborg envoyé pour vérifier que la salade de fruit est préparée avec sérieux et application ? Les questions s’agitent dans ma tête alors que cette deuxième étape sur l’île d’Hawaii débute.
Quoiqu’il en soit, la météo de ces derniers jours est procrastinatrice au possible et repousse sans cesse l’arrivée des intempéries. Tant mieux pour nous me direz-vous…

Serge reprend la course depuis Hawi. Le village est encore endormi, et son côté touristico-huppé de la veille a disparu. A peine 30 mètres de course que notre coureur bifurque déjà, et s’embarque pour une ascension digne du mont Ventoux. La route est certes pentue, mais aussi très calme, pas de vent, juste le bruit d’une faune très matinale. Deux inséparables vêtus d’un joli pelage jaune-orangé sont tranquillement posés sur une branche. Première fois que je vois ces animaux en dehors d’une animalerie.
Le nombre d’espèces animales et florales est très important ici, et parmi ces espèces une bonne partie d’entre elles sont endémiques. C’est-à-dire qu’elles sont propres à une région donnée. Hawaii en l’occurrence. Au même titre que d’autres archipels perdus au milieu de l’océan, cet endroit est une région très propice à l’endémie car coupée de tout.
D’ailleurs les bagages entrant et sortant d’Hawaii sont scannés aux aéroports par le ministère de l’agriculture. Tout ça dans le but de garder cet écosystème intact.
A noter qu’en plus des animaux et des plantes, certaines maladies peuvent aussi être endémiques.

Le temps se gâte à mesure que l’on gagne en altitude. Et si le cyclone arrivait enfin ? Serge, notre maillot jaune, alterne marche et course pour ne pas trop subir ces dix premiers kilomètres de montée. Arrivé à plus de 1000 mètres d’altitude, celui-ci enfile un pull. C’est bien la première fois que notre coureur se couvre depuis son arrivée sur l’archipel. Mais Hawaii, avec ses différences d’altitude non négligeables, est peut-être le seul endroit sur Terre qui peut se vanter d’abriter tous les climats possibles : tropical, désertique, montagneux, maritime…

Vous l’aurez peut-être remarqué en suivant la balise, mais notre étape du jour ne longe pas tout à fait la côte. Nous avons en effet dû bifurquer vers le sud, et passer par les terres, car il n’existe tout simplement pas de chemin bordant le littoral nord. Seulement des forêts extrêmement denses bordant d’immenses falaises. De plus, ce lieu appelé Waipi’o est sacré pour les natifs de l’île, qui voient d’un très mauvais œil les touristes s’y aventurant.

Néanmoins notre route d’aujourd’hui est bien plus jolie et variée que celle d’hier, nous offrant même une vue panoramique sur la côte ouest de l’île en milieu de matinée. Sur l’heure du midi nous traversons Waimea. C’est ici, dans les alentours, que le plus grand ranch de l’île d’Hawaii se trouve : le Parker Ranch dont la superficie mesure environ 100 km2. Pas mal non ? Pour information il fait partie des plus grands ranchs étatsuniens, mais ce n’est pas LE plus grand. Et contrairement aux idées reçues, le number one du classement ne se trouve pas au Texas, mais bien en Floride, et appartient à l’église mormone. Si vous avez envie de briller en diner mondain, vous tenez l’anecdote tendance du moment…

Waimea traversée, nous voilà maintenant en direction de l’ouest. Cet après-midi aurait pu être superbe, mais une armada de nuages est complètement venue assombrir le paysage. Et pourtant nous avons quand même traversé des endroits pas banals du tout, comme cette forêt constituée d’arbres hauts d’une bonne vingtaine de mètres ! Impressionnant…

Il est 16h et c’est Ludovic qui a la lourde tâche de clôturer la farandole de saveurs. Une tartine de confiture. Pas de grandes envolées culinaires, juste du pain et de la gelée de myrtilles. Un classique, simple et efficace. De quoi donner des ailes à Serge jusqu’à Paauilo où il arrêtera sa montre.
Reprise des débats demain, même heure, même endroit.
Bonne nuit.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du dimanche 04 septembre: Etape 218