60,19km – 9h36′

La nuit fut assez agitée, avec de violentes averses ponctuées de pas mal d’éclairs.
Mais lorsque le réveil sonne à 5h ce matin, la tempête s’est quelque peu estompée. De toute façon, averses ou pas, avec le taux d’humidité qui règne ici ça m’est complètement égal.
Une bonne heure plus tard et tout le monde est prêt à partir. Il fait déjà jour. Nous rejoignons notre point de départ en un peu plus de temps que prévu. Que de bouchons ! A en juger par la circulation, les hawaiiens semblent être des gens très matinaux.
Au premier ravitaillement, pas loin de nous, un groupe de personnes prie sous un préau. Une femme tient un micro, et harangue les autres en leur récitant des prières. Puis elle termine en allumant son poste radio, qui se met à diffuser une espèce d’ode à la vie à consonances religieuses, ma foi plutôt enjouée et diablement efficace. La scène durera un bon quart d’heure, et tout du long les gens resteront les mains levées en tanguant de gauche à droite très doucement.
Le soleil se cache de temps à autres derrière de gros nuages qui n’hésitent pas à nous arroser. Pas de soucis, tout liquide plus frais que ma température corporelle est le bienvenu…
Serge a repris sa progression sur la Farrington Highway, route qui longe pratiquement toute la moitié ouest de l’île. Pas super glamour, mais il n’y pas vraiment d’autres possibilités. En atteste la circulation et les bouchons qui sont toujours aussi importants depuis maintenant deux heures. Les gens qui s’en vont travailler à Honolulu n’ont pas d’autre choix que d’emprunter cette voie.
Car Oahu semble à la fois bloquée par son relief volcanique, qui empêche les routes de traverser l’île en son centre, et la puissante houle de l’océan (les surfeurs ne viennent pas ici pour rien), qui empêche d’établir des liaison maritime entre les différentes villes côtières.
Dans ces cas-là, difficile de désengorger les rues lorsqu’il est l’heure d’aller au boulot.
La pauvreté est très présente ici. Beaucoup de gens vivent en bord de plage sous des tentes.
Cela me rappelle la Réunion, lors du départ du précédent défi. L’envers de la carte postale est bien présent.

Serge transpire beaucoup. Ici le taux d’humidité est très elevé et le corps de notre coureur n’y est pas indifférent. Il va avoir besoin de plusieurs jours pour s’adapter à ces nouvelles conditions de course. Serge avance péniblement, et semble prendre son mal en patience.
Au 30ème kilomètre la Farrington Highway s’arrête net. Pas de mauvaise surprise, nous étions au courant de cette interruption. Un chemin en terre se présente alors, longeant les côtes escarpées et retrouvant le bitume 8 kilomètres plus loin. Quelques bouteilles d’eau dans le sac à dos, des madeleines, une banane et du coca. Me voilà de retour avec le père à travers la pampa. Laure quant à elle doit rouler une heure et demie pour pouvoir nous retrouver de l’autre côté.
L’expédition commence alors. Première contrainte : nous qui pensions courir, il n’en sera rien. Les pluies de la nuit dernière ont formé d’énormes flaques d’eau qui sont autant d’obstacles à franchir. Une sorte de mélange entre Intervilles et Koh-Lanta. Sauf que Denis Brogniart n’est pas là pour lâcher la vachette.
C’est donc en marchant que nous progressons sous un soleil de plomb. Pas un seul coin d’ombre où s’abriter. Lors de très brefs moment nous trottinons un peu. Mais sur ce chemin escarpé il y a bien souvent plus de rochers que d’endroits où poser le pied. Néanmoins, pendant quelques secondes j’ai l’impression d’être Kílian Jornet en pleine ascension de l’Etna. Pendant quelques secondes.
Cependant, les paysages sont magnifiques. On se croirait en plein Jurassic Park. Sur le haut des reliefs, on aperçoit de grosses géodes blanches opaques. Sans doute des stations météorologiques dirigées par l’armée.
Une fois arrivés au bout de la pointe rocheuse –et non sans quelques prises d’escalade bien senties-, nous traversons une zone protégée où le sentier de randonnée est très précisément balisé, afin de ne pas déranger les albatros qui viennent nicher ici. Les quatre kilomètres restants de l’autre côté ne seront pas une partie de plaisir. Beaucoup de boue et de rochers. Heureusement aucune chute n’est à signaler dans le groupe d’échappés.
Après une pause ravitaillement, nous voilà de retour sur ce bon vieux bitume. Laure nous y attend, et la véritable course peut reprendre !

Il est maintenant 13h et la tempête de cette nuit n’est plus qu’un lointain souvenir. Le soleil tape vraiment fort, et la température ne cesse d’augmenter. Serge est en souffrance. Un gros coup de chaud lui fait prendre la décision d’arrêter l’étape aux alentours de 60 kilomètres. Le temps pour nous de traverser Haleiwa et ses nombreuses échoppes touristiques, avant de finalement rejoindre la Kamehameha Highway.
Vous avez dit « Kamehameha » ? Ce nom n’est pas forcément connu de tous, moi-même n’étant pas un inconditionnel, mais le héros du célèbre manga japonais Dragon Ball Z, a en effet tiré sa réplique la plus connue (« Kamehameaaaaahhhh !!! ») du nom du premier roi ayant régné sur Hawaii. Il est le premier a avoir réuni les différentes îles de l’archipel sous un même commandement, et ainsi fondé le royaume d’Hawaii.
Nous aurons l’occasion de revenir sur la vie politique de ces îles, en attendant sachez juste que le nom complet de ce roi est Kalani Paiʻea Wohi o Kaleikini Kealiʻikui Kamehameha o ʻIolani i Kaiwikapu kauʻi Ka Liholiho Kūnuiākea.
A vos souhaits.

Serge termine son étape tout juste après 60 kilomètres, et sur le chemin du retour il « s’amuse » à chercher les traversées de pays où le combo chaleur/humidité aura été le plus fort. Résultat des courses : Hawaii est sur le podium avec la Chine et le Japon.
En attendant je vous laisse, tout le monde est lessivé de cette première journée et il nous faut récupérer pour la suivante. A demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du jeudi 25 août: Etape 208