75,23 km – 10h31′

Bonjour à toutes et à tous ! Ici Thomas.
C’est avec grand plaisir que je reprends l’écriture des compte-rendu quotidiens.
Nous nous étions quittés début juin aux Etats-Unis, et plus précisément en Californie, et voilà que je vous retrouve… encore et toujours aux Etats-Unis ! C’est à en croire que Serge a fait du sur place. Et pourtant la traversée du Canada aura duré 42 jours et cumulé pas moins de 3080 kilomètres au compteur ! Pas mal, non ?
Mais nous revoilà donc au pays de l’Oncle Sam, afin de terminer pour de bon cette traversée du continent nord-américain. Plus qu’une dizaine de jours seulement et Serge atteindra Anchorage. La symbolique est forte pour lui qui, après avoir traversé plusieurs fois les Etats-Unis, a cette fois rallié le continent nord-américain dans sa totalité.
C’est d’ailleurs à Anchorage que nous avons atterris avant-hier avec l’ensemble des nouveaux arrivants. Philippe, Victor, Jean-Michel et moi-même. Le fait d’avoir remonté la « Alaska Highway » jusqu’à la frontière canadienne m’a donné la sensation d’avoir commencé ce nouvel épisode par la fin, en observant les différentes étapes à venir. Mais promis je vous laisse le suspense et ne vous dévoile rien. Sachez juste qu’il me tarde de retourner à certains endroits que j’ai pu apercevoir.

Mais revenons à nos moutons. Ce matin donc, petit imbroglio pour démarrer la journée. Heure officielle du lever prévue : 5h. Heure officieuse : 4h. L’un de nos portables n’a pas digéré le très court passage dans le fuseau horaire du Yukon hier après-midi, et nous a joué un sale coup en sonnant une heure trop tôt. Dans un esprit de solidarité, nous ne dévoilerons pas le nom de son propriétaire (un indice quand même, pour vous qui êtes chez vous : il court avec Serge jusqu’à Anchorage).
L’équipe est donc prête à partir sur le coup de 6h. Les voitures sont chargées et nos deux coureurs fins prêts. Concernant les dix prochains jours, la répartition des tâches va quelque peu changer. René s’assurera du ravitaillement de Serge, tandis que Victor gèrera celui de Philippe, son père. Christophe est donc transféré dans la deuxième voiture conduite par Jean-Michel, et peut maintenant jouir d’une plus grande autonomie pour filmer.
Début d’étape assez tranquille. Nous ne sommes pas trop de sept pour ambiancer cette fraiche matinée.
Professeur René explique un à un les différents ravitaillements à Victor. Au niveau du 10ème kilomètre, nous arrivons à Sweetwater Creak, où l’eau aux teintes rouges semble bien chargée en fer. De plus, une large partie de la forêt semble avoir oublié d’éteindre la gazinière. Et oui, même aussi proche du cercle polaire les feux de forêt sont à craindre. Quelques kilomètres plus loin, un panneau nous explique qu’en moyenne, 2 éclairs sur 10 touchent le sol, et que durant l’été, le centre de l’Alaska peut être frappé jusqu’à 6000 fois par jour par la foudre, provoquant ainsi des feux de forêts destructeurs. Les ours, les loups, le feu, quoi d’autre encore ?
Les moustiques. Pas la peine de vous préciser qu’ils sont là, fidèles au poste. Surentraînés et ultra-agressifs. Ils se pressent par dizaines contre les vitres des voitures, comme si notre véhicule était le club le plus hype du coin. Désolé les gars, mais on est complet. Durant l’été en Alaska, les glaciers fondent et laissent place à un nombre impressionnant de lacs, accompagnés de l’armada de moustiques règlementaire qui va avec. Heureusement que le virus Zika n’a pas encore atteint cette partie du globe, car la contamination s’y ferait à vitesse grand V…
Le soleil est levé depuis un bon moment maintenant. Ici, étant donné notre proximité avec le cercle polaire, les nuits sont courtes. Le jour tombe aux alentours de 23h, pour ensuite se lever vers 4h.
Notre route continue sur la Alaska Highway (ayant échangé son numéro 1 contre le 2 depuis notre passage de frontière hier), en direction de Tok. Les forêts s’étendent à perte de vue. Au loin, une immense chaîne de montagnes traverse l’horizon d’est en ouest. Si l’Alaska est souvent associé au froid, à la banquise et à ses populations amérindiennes, ses caractéristiques géologiques en font aussi un endroit très prisé par les scientifiques.
En effet, c’est ici que la plaque Nord-Américaine et la plaque Pacifique se livrent une lutte sans merci, ayant notamment donné naissance à cette chaîne de 300 îles volcaniques appelées les îles Aléoutiennes.
L’Alaska compte donc de nombreux volcans en activité, 11 sommets à plus de 4500 mètres d’altitude, bon nombre de glaciers l’hiver et des millions de lacs l’été (oui oui, des millions), ainsi que la fosse des Kouriles bordant le sud de l’état au fin fond du Pacifique, et descendant à plus de 10 000 mètres de profondeur. Autant vous dire que l’activité sismique, tectonique et volcanique est très intense dans les environs. C’est d’ailleurs en Alaska que deux des trois plus forts séismes etats-uniens ont jamais été enregistrés (magnitude de 9,2 à Prince William Sound et 9,1 aux îles Andreanof).
Mais revenons à notre étape du jour. Nos deux coureurs avalent les kilomètres avec appétit. Serge et Philippe semblent concentrés et avance d’un bon pas. Eux aussi subissent le flot incessant de moustiques, surtout lors des ravitaillements. Pas facile.
Sur l’heure du midi nous nous arrêtons près d’une station service gérée par des amérindiens. Nous y retrouvons « Smokey », le castor-pompier que nous avons déjà croisé plusieurs fois aux Etats-Unis (vous vous souvenez ? allez faire un tour dans la galerie photo du jour si ce n’est pas le cas…). C’est bien la première fois que je le vois nous prévenir d’un risque d’incendie « modéré ».
Le thermomètre grimpe tranquillement jusqu’à atteindre une vingtaine de degrés en début d’après-midi.
Au loin, de gros nuages arrosent abondamment les montagnes. Au final, pas trop d’inquiétude à avoir concernant un départ de feu aujourd’hui.

Au 60ème kilomètre un panneau nous indique la présence d’une ville : Chisana. Son nom signifie « rivière de cuivre », mais elle figure maintenant sur la liste des villes fantômes d’Alaska. Cet endroit est aussi appelé « the last great rush » (comprendre « la dernière grande ruée ») car de l’or y fut découvert en 1913, attirant bon nombre de pionniers décidés à braver les conditions climatiques pour faire fortune. Mais l’embellie prit vite fin dès le milieu des années 1920, et depuis plus personne ne vit là-bas. Les quelques installations de l’époque furent complètement laissées à l’abandon.
Etant donné notre départ matinal, cette 194ème étape se terminera assez tôt, aux alentours de 16h30. Une soixantaine de kilomètres en voiture et nous voilà à Tok où nous séjournerons à la fois ce soir, mais aussi demain.
Tok n’est pas une ville à proprement parler, mais l’intersection entre les deux seules vraies routes du coin, où des pompes à essence, hôtels et supermarchés hors de prix ont décidé de s’installer. Ce soir tout le monde s’active pour terminer ses missions, tandis que nos deux coureurs sont déjà en train de récupérer. Bonne nuit, et à demain.

Données de la montre Epix: Garmin Connect

Parcours du Vendredi 12 août : Etape 195